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Les funérailles en l'honneur de Vittorio Casamonica.
Les funérailles en l'honneur de Vittorio Casamonica.
©Reuters

Bang Bang

Mafia : pourquoi le méga enterrement qui a bloqué Rome n’est pas du tout ce qu’on a dit qu’il était

Le 21 août dernier à Rome, un carrosse funéraire de style gothique a surpris les habitants de la ville italienne. Ces funérailles en l'honneur de Vittorio Casamonica, impliqué dans des affaires de racket, de trafic de drogue et de prostitution, ne sont pas passées inaperçues.

Xavier Raufer

Xavier Raufer

Xavier Raufer est un criminologue français, directeur des études au Département de recherches sur les menaces criminelles contemporaines à l'Université Paris II, et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet. Dernier en date:  La criminalité organisée dans le chaos mondial : mafias, triades, cartels, clans. Il est directeur d'études, pôle sécurité-défense-criminologie du Conservatoire National des Arts et Métiers. 

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Rome, ce 21 août : des passants et touristes ébahis voient parader dans la ville un étrange cortège funéraire : carrosse doré tiré par six chevaux, cortège de Rolls-Royce, pleureuses éperdues. Un hélicoptère largue des pétales de roses sur des proches endeuillés, tandis qu'une sono tonitrue l'air du "Parrain". Sur l'église, un portrait géant du défunt le proclame "roi de Rome".

Sur le champ, divers magistrats et politiciens avides d'attention médiatique hurlent à l'intolérable  "provocation mafieuse". L'orchestre journalistique embraye, dénonçant les obsèques-scandales d'un "parrain de la mafia italienne", sans rien vérifier ni même s'intéresser vraiment au défunt.

Capo mafioso, vraiment ?

Pas du tout : le défunt est en fait Vittorio Casamonica, criminel notoire et chef d'un clan Sinti (variante des Roms, d'usage sédentarisés) de la ville de Pescara, dans les Abruzzes, implantés depuis trente ans autour de Rome. Clan familial certes criminalisé mais ressemblant autant à la vraie mafia qu'une troupe de majorettes à la division SS Das Reich.

Peu après cet exubérant (et indécent) enterrement tzigane, la militante-bienséante radio France-Info claironne encore que "des milliers de Romains manifestent contre la mafia" et refait le coup du "journaliste-menacé-de-mort", pourtant usé jusqu'à la corde par l'increvable Roberto Saviano, ludion qui est à l'antimafia ce que Bernard-Henri Lévy est à la métaphysique.

L'affaire relèverait du haussement d'épaules, si elle n'exposait pas l'effrayant dédain du réel manifesté par certains médias. Car en effet :

- Ce qu'est vraiment le clan Casamonica se vérifiait en dix minutes sur Internet, par usage de tout moteur de recherche,

- Tout le monde devrait savoir, journalistes et magistrats en premier, que les mafias d'Italie, les vraies, maintiennent une absolue discrétion ; prônent l'invisibilité sous formelle peine capitale et ont l'omertà (loi du silence) pour irréfragable vertu cardinale.

Qu'un mafieux se déclare comme tel devant tout "civil" non initié dans l'Honorable Société et c'est la mort immédiate. Alors, des obsèques Hollywood-Don Corleone... Dans les Familles de Palerme, Reggio de Calabre et Naples, on doit encore s'en tenir (discrètement) les côtes...

Mais il y a pire encore que l'ignorance des médias-show-business : le fait que la nomination juste et précise du phénomène criminel permet seule le diagnostic exact, unique base sérieuse de toute lutte antimafia efficace.

Que deviendrait un médecin qualifiant de panaris une leucémie (ou l'inverse) ? Sa carrière sombrerait. C'est pourtant ce qu'on fait d'aveugles journalistes dans cette grotesque affaire de faux-mafieux vrais-Sinti - peut-être même sont-ils content d'eux.

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