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©PASCAL GUYOT / AFP

Pas bien charpenté

Macron refait la façade mais ne touche pas aux murs

Candidat tout désigné de la gauche caviar, Emmanuel Macron a fait part au Nouvel Obs de ses réflexions sur un début de programme. L'élection de Donald Trump, pourtant, témoigne du danger d'être trop soutenu par l'establishment.

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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Percuté par l'élection de Trump, le message passé cette semaine dans les colonnes de l'Obs méritait qu'on y revienne quelques instants. L'intéressé a d'ailleurs obtenu qu'un article gratuit fasse la synthèse de son interview (diffusée en payant), ce qui, en soi, témoigne d'une certaine lucidité sur le poids de la presse à abonnement et sur l'indispensable adresse gratuite aux internautes. Bref…

Macron et le Nouvel Obs

On a entendu, il y a quelques jours, Claude Perdriel dire à la radio tout le bien qu'il pensait de Macron. Daniel Schenidermann a assez justement fait observer que l'Obs encore entre les mains de Perdriel a conservé, depuis 2012, trois couvertures à Macron en le présentant chaque fois de façon très favorable. Les repreneurs de l'Obs (le fameux trio Niel, Bergé, Pigasse) partagent visiblement la même idée de Macron.

Incontestablement, Macron est l'homme sur qui la gauche caviar parie, et elle ne manque pas de le faire savoir. L'élection de Trump vient de montrer que ce genre de soutien pouvait parfois se retourner contre celui qui en bénéficie.

Un programme ou une ébauche de programme

Ce que l'Obs présente comme huit propositions-choc met un peu mal à l'aise. Certes, il s'agit de propositions, et elles sont bien huit. Mais enfin, remarque n°1 : elles ne constituent quand même pas le choc du siècle. Et surtout, remarque n°2 : elles restent quand même lacunaires et très incomplètes au regard de ce qu'un citoyen peut attendre d'un candidat à une élection présidentielle. Les mauvaises langues remarqueront d'ailleurs qu'elles ne font l'objet d'aucun chiffrage, ce qui gêne un peu aux entournures lorsqu'il s'agit de retraite ou d'école.

La question de la carte scolaire

Tiens ! prenons la question scolaire. Macron propose deux mesures sur ce sujet, et on en reste un peu pantois.

Première mesure : réformer la carte scolaire.

Emmanuel Macron défend une vraie réforme de la carte scolaire. "On doit absolument la faire évoluer", affirme-t-il (…)

L'intention, tout le monde la partage et peut la comprendre. Mais ce sujet revient sur le tapis depuis 10 ans, et les multiples réformes qui interviennent régulièrement n'ont jusqu'ici rien changé à la réalité. Cet immobilisme, pour aller vite, s'explique par une raison simple : les réformes ont toujours été trop timides et la notion même de carte scolaire pose problème.

Alors quelle réforme de la carte scolaire Macron propose-t-il ? Mystère et boule de gomme. On en saura pas plus, et c'est bien ce qui crée le malaise dans cette interview : on peine à transformer les "propositions choc" en programme effectif. Macron donne le sentiment de repeindre la façade pour mieux garder les murs intacts.

Le candidat nous annonce-t-il déjà un grand immobilisme social sous le vernis du changement ?

La question de l'autonomie des établissements primaires

Parallèlement, toujours dans le domaine éducatif, Macron propose une autonomie pédagogique dans les établissements primaires.

"une vraie autonomie pédagogique pour les établissements"

Cette tarte à la crème donne là encore l'illusion du changement… pour mieux garder les meubles. Sans entrer dans la complication de la réforme éducative, on rappellera ici que Luc Ferry avait, en son temps, imaginé de réformer le système scolaire en commençant (logiquement en apparence, mais en apparence seulement), par le premier degré. Il se réservait le temps de réformer par la suite le collège, le lycée, puis l'université.

L'expérience (jamais clairement tirée de cet échec) montre pourtant que la pédagogie du premier degré est façonnée par les degrés supérieurs. On prépare les élèves à quelque chose. Tant qu'on ne réforme pas ce quelque chose, on ne change rien à l'école.

Une proposition novatrice sur l'école consisterait donc à réformer l'université et le lycée pour entraîner le reste de la machine. On sait d'ores et déjà, donc, que le projet de Macron échouera. D'autant que le sujet de fond n'est pas celui de l'autonomie pédagogique, mais bien celui de l'autonomie administrative des établissements, sujet abondamment traité par la Cour des Comptes, avec beaucoup de clairvoyance, depuis trois ans.

Bref, on peine à lire dans le programme de Macron, en l'état, le séisme que ses amis de l'Obs y voient.

Les retraites, un sujet non évalué par Macron

On dira pire encore du discours de Macron sur les retraites. L'intéressé propose en effet une formule Canada Dry qui laisse vraiment sur sa faim :

Partir à la retraite "à 60 ans, à 65 ans ou à 67 ans", en fonction des individus, des métiers exercés, des situations personnelles, pour Emmanuel Macron, tout doit être possible :

"Il faut pouvoir moduler selon les individus et les situations. Si on se contente d'appliquer des critères de pénibilité de manière arbitraire, on ne fera que recréer des régimes spéciaux."

Tout doit être possible ? soit partir à 60, 65 ou 67 ans ? Là, pour le coup, on est très loin de ce qui est possible. Dans un système de retraite par points, on peut partir avant 60 ans et ou après, à une date de son choix. Mais, dans le flou de la proposition macronienne, on ne touche pas à la technique actuelle de constitution des droits. On en reste, semble-t-il, à un système à prestation définie.

Alors, comment finance-t-il cette réformette-choc, Macron ? Probablement en pratiquant des décotes pour les salariés qui choisissent de partir plus tôt. Mais il faudra l'expliquer clairement à tout le monde, au risque de créer une forte déception. Et, pour le coup, le système existe déjà. Il n'a rien de révolutionnaire.

Un sentiment d'impréparation

Tout ça pour ça, a-t-on envie de dire ? Attendre plusieurs mois pour accoucher de solutions déjà cramées et qui sont en réalité d'être loin d'être des réformes audacieuses pour finalement lancer des idées dont on peine à voir les modes de financement ou de réalisation: c'est prendre le risque de décevoir le jour en tendant à ses adversaires des bâtons pour se faire battre.

Et c'est bien dommage pour Macron, puisqu'on sent bien qu'il existe une frange de l'opinion qui attend avec impatience ce libéralisme de gauche sur lequel le candidat joue sur du velours pour avancer.

Macron trop soutenu par la gauche caviar?

Une chose est sûre en tout cas : on sait à quoi sert aujourd'hui le rachat des grands titres nationaux par les tycoons du capitalisme français. Tous ces organes de presse sont autant de porte-avions qui servent, le jour J, à lancer des armadas de soutien à un candidat aux présidentielles, qu'on fabrique de toutes pièces de préférence pour qu'il doive tout s'il est élu, qu'il ait une dette colossale à rembourser tout le temps de son mandat. Macron est l'homme choisi par la gauche caviar pour occuper ce costume de l'obligé qu'on a aidé à devenir président de la République, et qui, en contrepartie, ne doit pas toucher aux subventions aux medias ni aux réglementations qui favorisent les petits copains.

En attendant que Macron dévoile ses propositions économiques, on restera donc sur sa faim. Avec beaucoup d'étonnement, car on découvre que la République peut propulser à des postes aussi brillants, et aussi vite, des gens qui, finalement, n'ont pas beaucoup d'idées sur ce qu'il faut faire pour relever le pays. Et qui pensent qu'une réfection de façade suffit à sauver un édifice.

Article originellement publié sur le blog d'Eric Verhaeghe

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