Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Politique
LREM : mais que voulait vraiment dire Stanislas Guérini sur le groupe auxquels appartiendront les élus En Marche au Parlement européen ?
©STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

C'est leur projet

LREM : mais que voulait vraiment dire Stanislas Guérini sur le groupe auxquels appartiendront les élus En Marche au Parlement européen ?

La République en Marche souhaite créer un nouveau groupe au Parlement européen. Est-il en mesure de réussir ?

Sylvain Kahn

Sylvain Kahn

Sylvain Kahn est historien et géographe, professeur à Sciences Po. Il a publié  Histoire de la construction de l’Europe depuis 1945 (PUF, 2018) et a co-écrit Le pays des Européens avec Jacques Lévy (Odile Jacob, 2019).

Voir la bio »

Atlantico : Le délégué général de la République en Marche, Stanislas Guérini, déclarait dimanche dernier au micro de France Inter, que son parti entendait créer un nouveau groupe au Parlement européen. Si LREM compte s'appuyer sur la base de l'Alliance des démocrates et libéraux en Europe, un certain nombre de conditions sont nécessaires à la création d'un groupe (minimum de 25 eurodéputés représentant 7 états européens au minimum), le parti est-il en mesure de les réunir ? LREM peut-elle fédérer à l'échelle européenne ? 

Sylvain Kahn : Le Parlement européen élu au suffrage universel existe depuis 1979. Les fédérations de partis européens comme l'ALDE, le PPE ou encore le S&D existent depuis plusieurs décennies. Il est toujours possible de créer un nouveau groupe parlementaire au Parlement européen mais le Parlement européen a déjà une vie politique très structurée. On ne peut donc pas créer un groupe parlementaire au Parlement européen en claquant des doigts.
 
Deuxièmement il faut prendre en compte les enquêtes d'opinion actuelles et les intentions de vote. Par exemple, la coalition au pouvoir en Italie devrait faire 53% des voix, en Pologne le parti actuellement au pouvoir est donné à environ 45%, en Espagne le parti au pouvoir bien que minoritaire est donné à environ 30%, en Hongrie le parti de Viktor Orban bien que décrié est donné à 48% des voix. En revanche, en France LREM devrait obtenir 22% à 23% des voix et il n'est pas non plus certain qu'elle arrive en tête. De ce fait, LREM ne sera pas en position de force au Parlement européen. Elle n'apparaîtra pas comme un parti ayant un poids déterminant. Stanislas Guérini s'il n'ignore pas ce facteur semble le minorer. S'il imagine que LREM, du fait de ses positions assez modernes sur l'Europe et parce que le parti a réussi à renverser les clivages gauche/ droite en France, va s'imposer facilement au Parlement européen ; il se leurre où alors il s'agit uniquement d'une technique de séduction de l'électorat français. Quoiqu'il en soit créer un groupe seul paraît assez invraisemblable.
 
Cependant, il est vrai que la famille libérale de centre-droite -l'ALDE qui correspond aux positionnement d'En Marche en France- a pour caractéristique, comparé aux autres groupes parlementaires, d'être un rassemblement de petites délégations nationales. Ainsi, au sein du Parlement européen En Marche n'aura guère de poids seul ; en revanche le parti disposera d'un poids non négligeable au sein de l'ALDE s'il rejoint le groupe et ne se contente pas d'en créer un nouveau "à partir de rien". Au sein de l'ALDE, LREM serait la principale force et pourrait donc peser fortement dans la balance.
 
Ainsi, sans rejoindre l'ALDE et élargir ce groupe, LREM ne parviendra pas à fédérer ni à créer son propre groupe. D'ailleurs, ils ont d’ores et déjà du mal à convaincre d'autres groupes de les rejoindre, s'ils font cavalier seul, les Verts allemands soit la principale force au sein du groupe Vert au Parlement européen -par exemple- auraient déjà refusé de les rejoindre. 

D'après Stanislas Guérini, LREM ouvrira son groupe à tous progressistes européens intéressés. LREM s'est alliée avec les libéraux et démocrates de l'ADLE comment gère-t-elle sa dissension avec l'un de leur membre les plus proéminent Mark Rutte, depuis le camouflet de KLM ?   

La vie politique se fait sur plusieurs registres et à plusieurs échelles. Les affaires bilatérales sont une chose, les stratégies pluripartites au sein du Parlement européen -pour faire avancer un agenda européen- en sont une autre. Ce n'est pas parce que les gouvernements français et hollandais étaient à couteaux tirés parce que les opérateurs aériens historiques français et hollandais étaient dans une alliance qui a connu des hauts et bas qu'ils n'arriveront pas à se mettre d'accord en terme d'agenda politique européen. 
 
Le Parlement européen comme son nom l'indique est transnational, donc bien souvent les éventuels problèmes qui peuvent exister dans les relations bilatérales ont une influence très limitée dans le cadre des enjeux au Parlement européen. Cette situation ne devrait donc pas poser problème, si jamais cela le devenait alors ce serait le signe que la délégation française au Parlement européen est trop influencée par l'Elysée ce qui impacterait négativement son rôle et son poids au sein du Parlement. 

Hormis l'ADLE avec qui les eurodéputés de LREM peuvent-ils s'allier? Alors que la gauche européenne est déjà membre du parti social démocrate européen LREM ne va-t-elle pas être amenée à s'allier majoritairement avec des libéraux de droite ?  

Personnellement, j'ai l'impression que Stanislas Guérini plaque sur le paysage européen ce que LREM est parvenu à faire en France. C'est-à-dire que parce que LREM a réussi à se détacher du clivage gauche/ droite en France, à s'allier avec le MODEM et à détourner un certain nombre d'électeurs de la gauche ou de la droite française, le délégué général de la République en Marche imagine que le parti pourrait en faire de même au Parlement européen. Or, la scène politique européenne est bien différente. 
 
En général, au Parlement européen chaque délégation nationale essaye de bien rester dans son couloir. C'est-à-dire que lorsque vous avez une coalition gouvernementale dans un gouvernement national européen, en général les membres de cette coalition essayent de ne pas intégrer le même groupe parlementaire au Parlement européen. Quand deux groupes s'allient chacun garde son identité. Il a quelques cas particuliers, mais en règle général les partis qui sont membres d'une coalition sur le plan nationale prennent soin de s'en distancer lorsqu'ils sont au Parlement européen. Aujourd'hui lorsqu'il y a des délégations de centre droit ou de centre gauche qui ne sont pas dans l'ALDE c'est justement parce qu'ils tiennent à se distinguer sur la scène européenne et par extension nationale. 
 
La tactique de LREM risque donc principalement de se traduire par des débauchages individuels. Ils vont peut être réussir à détacher quelques députés du PPE, quelques députés du S&D mais il serait assez surprenant qu'ils parviennent à rallier une délégation nationale entière.

En ce sens, les élections européennes ne signent-elles pas la fin du "et de gauche, et de droite" pour LREM ? Finalement, ne vont-elles pas révéler concrètement l'ADN de LREM ? 

Encore une fois, il faut distinguer la scène européenne de la scène française. Les deux ne se superposent pas. A l'échelle européenne il n'y a que LREM qui se dit "et de gauche, et de droite", les seuls qui se prétendent de cette ligne sont des populistes de droite, ils ne pourront donc pas faire d'alliance avec des groupes similaires outre rejoindre l'ALDE qui est le groupe le plus proche de leur ADN politique. 

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !