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Renaud Muselier et Jean Castex lors d'une cérémonie officielle au début de l'année 2021.
©NICOLAS TUCAT / POOL / AFP

Je t’aime, moi non plus

LR-LREM : Mais pourquoi la droite peine-t-elle autant à savoir ce qu’elle veut ?

Après l'alliance de Renaud Muselier avec LREM, il est temps de s'interroger sur l'avenir idéologique du parti.

Maxime Tandonnet

Maxime Tandonnet

Maxime Tandonnet est essayiste et haut fonctionnaire, auteur de nombreux ouvrages dont Histoire des présidents de la République (2013) ; André Tardieu, l'incompris (2019) aux éditions Perrin ; Le Grand bazar ou l'Europe face à l'immigration (L'Harmattan, 2001) ; Migrations, la nouvelle vague (L'Harmattan, 2003) ; Le défi de l'immigration : la vérité, les solutions (François-Xavier de Guibert, 2004) ; Migration : sortir du chaos (Flammarion, 2006) ; et Géopolitique des migrations : la crise des frontières (Ellipses, 2007). 

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Atlantico : Quels sont les critères politiques objectifs qui permettent de mesurer si une alliance avec Emmanuel Macron est raccord ou non ? Et si elle est souhaitable ou non ? 

Maxime Tandonnet :  La question de fond est de savoir si le macronisme ou l’idéologie En Marche est compatible avec un projet LR et l’attente des électeurs de droite. Il y a eu quand même depuis quatre ans des prises de position et des choix politiques qui ont été effectués : la colonisation qualifiée de « crime contre l’humanité », le choix de la PMA sans père et de l’interruption médicale de grossesse à neuf mois, l’explosion des flux migratoires, l’augmentation de la dette publique, des prises de positions telles que la stigmatisation des Gaulois réfractaires ou le fait que la culture française n’existe pas ou encore qu’il faille « déconstruire l’histoire de France ». Il y a eu le choix d’une gestion de la crise sanitaire par les contraintes bureaucratiques lourdes. Et puis il faut voir les résultats d’une gestion en matière de déficits publiques et de dette, ou encore en matière de sécurité. La question qui se pose pour LR est de savoir si le mouvement se reconnaît désormais dans cette idéologie, dans cette politique et dans le bilan de quatre ans.

Pourquoi les LR sont-ils aussi divisés et aussi perdus ? 

D’abord, ils ne sont pas les seuls à paraître en perdition : le parti socialiste ne se porte guère mieux. LREM connaît aussi un effondrement de ses adhérents et le plus grand doute sur l’avenir de ses députés mais survit plus ou moins. Les partis qui s’en sortent le moins mal, LREM et RN sont ceux qui ont une tête, l’occupant de l’Elysée d’une part et Mme le Pen d’autre part. Les autres partis souffrent de l’absence de leadership. En effet, nous vivons une ère de grand nihilisme politique. De fait, les partis n’ont plus d’idées, plus de projets et disent à peu près tous la même chose sur tous les sujets avec toutes les peines pour se différencier, y compris le RN. Les convictions et les débats d’idées sont morts. Les partis tiennent par l’idolâtrie autour d’une figure dominante. Le vide sidéral des idées se traduit par le culte de la personnalité qui joue surtout chez LREM et le RN. Or les LR n’ont personne à adorer ou idolâtrer. N’ayant plus comme les autres, d’idéal commun ou de raison de fond de s’unir et d’œuvrer à un but collectif et n’ayant pas non plus de leader à magnifier, ils paraissent désemparés en plein néant. La politique actuelle se limite à des postures, les jeux de combinaisons politiciennes, les polémiques, effets de manches et petites phrases. La politique est privée d’un sens et d’un idéal. Un tel marécage profite aux plus opportunistes et aux plus cyniques. 

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Faut-il que le parti se divise encore pour clarifier les choses ou est-ce vain dans la mesure où le parti n’a pas d’unité idéologique, étant condamné à être ballotté au gré de circonstances et / ou des tempéraments et des enjeux personnels des uns et des autres ?  

L’idéologie, le contenu, n’est plus vraiment un sujet qui préoccupe les uns et les autres. Même sur l’immigration ou sur l’Europe on avait jadis l’opposition entre la ligne centriste Juppé et la ligne souverainiste Pasqua Séguin. Aujourd’hui quelques nuances subsistent mais dans l’ensemble, les divergences de fond ne paraissent pas être la question essentielle.  On est beaucoup plus dans une logique de tactique politicienne : faut-il considérer que l’élection présidentielle est pliée et s’allier à Macron pour former avec lui une majorité présidentielle et conserver ou gagner une forte influence à l’Assemblée ? Le problème c’est que dans le régime actuel, une majorité qui doit son élection au président de la République est placée dans une situation d’asservissement et de soumission à l’Elysée déshonorante. Ou bien faut-il garder l’espoir dans les aléas d’une élection présidentielle par-delà les sondages maussades et  espérer gagner et provoquer une véritable alternance de droite ? En gros faut-il se soumettre à la macronisation de la France ou faut-il lui résister ? C’est toute la question aujourd’hui. Comme le disait un membre éminent du RPR jadis, dans un tout autre contexte, « mieux vaut perdre une élection que perdre son âme ». On peut jouer petit bras pour tenter de gagner ou préserver quelques sièges. Mais à long terme, comme souvent dans l’histoire, l’avenir appartient à ceux qui ne cèdent pas et n’écoutent que leur honneur.

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