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Crédits Photo: ERIC FEFERBERG / AFP

Retour aux sources

LR : retour aux fondamentaux en économie... et aux mêmes contraintes macro

Passage aux 39 heures pour les fonctionnaires, suppression de 400 000 emplois dans la fonction publique, rationalisation du parc immobilier et automobile, suppression des régimes spéciaux des retraites etc. Ce mardi 9 octobre, Laurent Wauquiez a présenté les propositions des Républicains pour baisser les dépenses publiques, avec un objectif de réduction de ces dépenses de 25 milliards en deux ou 3 ans.

Michel Ruimy

Michel Ruimy

Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.

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Atlantico : Derrière la rationalité de cette proposition, ce programme économique ne fait-il pas trop vite l’impasse sur la nécessité de soutenir la croissance - notamment au niveau macroéconomique- en période de réduction des dépenses ?

Michel Ruimy : La croissance avait permis à la France d’améliorer ses comptes et de faire passer son déficit budgétaire sous la barre des 3% du PIB, en l’occurrence à 2,6%. Malgré tout, la Cour des Comptes a constaté que l’effort en dépenses l’an passé a été nul. Pis encore, que le bilan de l’année s’est même traduit par un dérapage des dépenses ! Cette tendance se poursuit : + 20 milliards d’euros cette année et + 25 milliards d’euros l’année prochaine alors que le moindre dynamisme de l’économiedevrait obliger l’exécutif à accélérer la réduction des dépenses.Le gouvernement, comme beaucoup de ses prédécesseurs, se retrouve ainsi au pied du mur. S’il veut respecter ses engagements européens, il n’aura d’autre choix que de tailler franchement dans les dépenses publiques.

Les propositions de Laurent Wauquiez participent au débat. Pour inverser la tendance sur les dépenses, il propose des efforts essentiellement portés par la fonction publique, les bénéficiaires de régimes spéciaux de retraite ou les résidents étrangers pour parvenir à économiser, par an, 20 à 30 milliards d’économies et ainsi rentrer dans un cercle vertueux : moins de fiscalité - moins de dette - plus de croissance. Ces mesures devraient représenter 4 points de PIB en 5 ans. Cet objectif rejoint, dans une certaine mesure, celui d’Emmanuel Macron. Le programme de stabilité 2018 - 2022 indique que la stratégie du gouvernement pour cette période est de maintenir l’effort de réduction du déficit public par le biais d’une maîtrise de la dépense publique. Lors de sa campagne présidentielle, il avait promis d’abaisser celle-ci de 60 milliards d’euros d’ici à 2022, ce qui correspondait à environ trois points de PIB.

Pour autant, les propositions faites par Laurent Wauquiez sont-elles crédibles et réalisables ? En fait, au travers de ces propositions, un constat est sous-entendu : on ne peut plus compter, dans un avenir proche, sur le fait que la France soit en capacité de créer de la croissance pour réduire le déficit budgétaire. Il faut bien comprendre ce qu’un déficit budgétaire signifie : la France vit au-dessus de ses moyens et ce, depuis pas mal de temps. Si les rentrées ne sont là, il faut alors, comme toute gestion de « bon père de famille », revenir sur certaines dépenses pour viser l’équilibre. En d’autres termes, comme les recettes fiscales sont aléatoires, il faut minimiser les dépenses. On reste dans une perspective comptable et financière, bien « terre à terre ».

Reste que maintenant il faut passer à l’acte ! L’histoire politique nous démontre que la posture de candidat est différente de celle de ministre et/ou de président. La réalité politique dicte malheureusement les choix.

Quels sont les enjeux de long terme à prendre en compte afin de réussir une réelle ambition des dépenses publiques ?

Réduire en profondeur les dépenses publiques revient essentiellement à réformer l’Etat c’est-à-dire à revoir son rôle dans la vie économique et sociale. C’est un sujet extrêmement sérieux et complexe.

Sérieux car il faut prendre son temps pour mettre en place des réformes structurelles et non des « coups de rabot ». Or, la vie électorale incite plus à raboter qu’à réformer d’autant que la durée de la mandature présidentielle est relativement brève au regard des réformes à engager et des résultats à obtenir pour être réélu. Cette réforme nécessiterait un nouveau contrat social.

Complexe car si le gouvernement s’engage dans cette voie, il faut revoir ce qui relève de l’assurance et ce qui relève de la solidarité c’est-à-dire tracer une ligne et dire ce qui revient à l’Etat et ce qui revient à d’autres. C’est le partage des responsabilités.

Mais la réforme de l’État est loin d’être une aspiration nouvelle. En effet, les premiers débats à son sujet remontent à l’Ancien Régime.Ce qui faut bien saisir est qu’avec la diminution des dépenses publiques, il s’agit de la question de la crédibilité de la France à l’égard de ses partenaires européens. Ils n’attendront pas indéfiniment que notre pays se plie aux exigences qu’il s’est lui-même fixé. C’est pourquoi, réduire ces dépenses est aussi la meilleure occasion de les analyser en profondeur, de les repenser et d’améliorer leur efficacité.

Dès lors, quels seraient les orientations complémentaires à prendre en compte pour les LR pour présenter un projet cohérent de réduction des dépenses publiques ?

A mon sens, il y a deux facteurs importants à prendre en compte.

Tout d’abord, c’est une erreur de se fixer des objectifs de dépenses publiques en rapport avec la croissance potentielle. Il faut plutôt tout envisager pour faire baisser le déficit structurel c’est à dire le déficit budgétaire hors remboursement des intérêts de la dette. Autrement dit, réduire son train de vie, indépendamment des aléas de la conjoncture. Car un alourdissement du déficit structurel induit d’une part, une hausse des impôts qui va perturber l’activité économique et qui risque de peser sur la croissance et d’autre part, une élévation du niveau des taux d’intérêt du fait de l’alourdissement de l’endettement public.

Aujourd’hui, ce déficit structurel est élevé et ne se réduit que lentement au regard des règles européennes et la France n’a pas encore amorcéla réduction de son ratio de dette publique à la différence de la quasi-totalité des pays européens.

Ensuite, il faut s’attaquer au déficit chronique du solde commercial de la balance des paiements. Ce solde illustre, dans une certaine mesure, la compétitivité de notre appareil productif. Son déficit signifie que la France perd, depuis bien longtemps, des parts de marchés dans le commerce mondial. Mais surtout, son excédent signifie une entrée immédiate de liquidités, prête à être injecter dans la vie des entreprises et des ménages.

Dans l’environnement économique actuel, tant qu’un gouvernement, quel qu’il soit, n’aura pas résolu ces questions, il n’y a aura pas de créations d’emplois qui pourrait initier un cercle vertueux.

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