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Les places intérieures de la compagnie Easyjet.

Collé-serré

Low cost, sécurité en solde ? Pourquoi diminuer l'espace par siège dans les avions pourrait finir par nous coûter cher

Théoriquement, même avec des sièges resserrés, la sécurité à bord des avions low cost restera assurée. Mais cette démarche commerciale pourrait poser problème avec la présence de personnes non-valides et augmenter le niveau d'anxiété des passagers.

Xavier Tytelman

Xavier Tytelman

Formateur en aéronautique, spécialiste de la sécurité aérienne et président du Centre de Traitement de la Peur de l'Avion (www.peuravion.fr), Xavier Tytelman est également chargé d'étude Veille Analyse Anticipation au profit du Bureau Opérations et Gestion Interministérielle des Crises (Ministère de l'Intérieur / DGSCGC).
 
 
Voir la bio »Xavier  Mouren

Xavier Mouren

Médecin angiologue et spécialiste de la médecine vasculaire

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Les compagnies aériennes misent sur la réduction de l'espace disponible entre les sièges, la diminution de la taille des sièges ou encore l'augmentation du nombre de sièges par rangée afin d'accroître leurs bénéfices. Dans quelle mesure ces évolutions peuvent-elles avoir des impacts sur la sécurité des passagers dans les avions en cas d'évacuation ?

Xavier Tytelman : On a aujourd'hui des nouvelles rangées de sièges plus solides, tout en étant plus fines. Par conséquent, au crash, ils résistent de la même manière. Le fait de resserrer certaines parois, voire même des toilettes ou retirer la cuisine, permet aussi une évacuation plus rapide. Dans tous les cas la règle reste la même : il faut évacuer sur la moitié des issues de secours en moins de 90 secondes. Les avions ont une capacité maximale, mais pour une question de confort les avions sont conçus avec moins de passagers.

Finalement, le fait que l'on resserre les sièges où l'on mette plus de passagers dans l'avion ne remet pas en cause les 90 secondes. Cette règle est calculée pour un avion au-delà de sa capacité maximale.

Evidemment, moins on est nombreux, plus on sort vite. En outre, les tests sont réalisés avec des personnes valides. Par conséquent, il y aura des situations dans lesquelles les compagnies vont refuser du monde. C'est déjà arrivé chez Ryanair : le fait d'avoir des personnes non-voyantes nécessite d'avoir plus de personnel d'encadrement. Si l'on a des personnes non-valides, notamment des non-voyants, cela va poser un problème notamment en cas d'évacuation.

Il y a déjà eu des cas où le nombre de personnes invalides dans l'avion faisait que le personnel n'était pas suffisant pour évacuer l'avion. Ce resserrement des sièges va donc poser problème pour certaines catégories de personnes, les passagers avec des enfants, en surpoids, à mobilité réduite… Dans la mesure où les espacements actuels sont calculés pour des personnes valides.

Officiellement, il n'y aura pas de discrimination. Mais officieusement, avoir une personne invalide dans l'avion suppose de mettre une hôtesse supplémentaire, ce qui risque de poser problème aux compagnies.

La réduction de la place disponible pour les passagers n'est-elle pas également préjudiciable à toutes les manœuvres de sécurité qui peuvent avoir lieu dans l'avion ?

Xavier Tytelman : Evidemment, la position crash qui consiste à se rouler en boule sous les sièges va être de plus en plus difficile dès lors que l'on resserre les sièges. Cela dit il est également possible de s'appuyer sur le siège devant soi.

Par contre, d'autres problèmes vont apparaître qui sont liés aux disruptive passengers. Moins l'on a de confort, plus les gens sont anxieux, consomment de l'alcool et sont agressifs dans l'avion. Le contrecoup, c'est le fait d'avoir des personnes qui vont devenir agressives.

Or toutes les grandes compagnies doivent se poser au moins une fois par an à cause de l'agressivité d'un de leurs passagers. Tout cela va être renforcé par le resserrement des sièges. Dans ce cas, ce n'est pas directement un problème de sécurité, c'est un problème de sûreté. On pourrait arriver à des problèmes de sûreté liés à une sur-densification des cabines.

Cette tendance à la réduction de la place disponible est-elle susceptible d'être inversée ?

Xavier Tytelman : Ce qui pourrait inverser la tendance, c'est le public, dont le seul facteur de choix est le prix. Tant que les passagers souhaiteront des prix moins chers, les sièges resteront serrés. Jusqu'au jour où les autorités pour des questions de sécurité, mettront des limites. Ou que les constructeurs aériens estimeront qu'il n'était pas possible d'aller plus loin dans le resserrement des sièges. Tout dépend donc de la disposition à payer des passagers.

Quels sont les conditions pour que cette tendance ne porte pas préjudice à la sécurité des passagers ?

Xavier Tytelman : Aujourd'hui, il faut avoir des portes en nombre suffisant. La deuxième condition, c'est d'avoir plus d'hôtesses, de personnel de cabine, notamment pour les personnes qui nécessitent une assistance particulière.

Dans quelle mesure la réduction de la place disponible entre les sièges et la taille des sièges eux-mêmes va-t-elle impacter la santé des passagers ? 

Xavier Mouren : Il est clair que de réduire l'espace dans les avions ne va pas améliorer les choses, mais cela ne fera pas une grosse différence avec les risques existants à voyager en classe économique. Ce que l'on appelle le syndrome de la classe économique : plus on est tassé, moins on a d'espace et plus on augmente les risques de phlébite. Mais pour que les risques soient accrus relativement aux classes économiques, il faudrait considérablement réduire l'espace, ce qui n'est pas le cas. 

Pour ce qui est des risques vasculaires, ils ne sont pas liés à l'espace dont on dispose mais au vol en avion lui-même. 

Quelles sont les catégories de personnes à risque ? Les personnes de grande taille doivent-elles se faire davantage de souci ? 

Xavier Mouren : Non, les personnes de grandes tailles ne présentent pas plus de risques que les autres. En revanche, les personnes ayant déjà fait des phlébites sont plus vulnérables. 

Quelles solutions pour les passagers pour limiter les risques ? 

Xavier Mouren : Les personnes ayant déjà fait des phlébites prennent des traitements spécifiques. Pour les autres, on préconise de bouger, même si ce n'est que les pieds. Lorsque cela est possible, il faut essayer de marcher un peu dans l'avion et pour les personnes ayant des varices, on leur fait porter des chaussettes de contentions.

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