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Green washing présidentiel

Loi sur la biodiversité : François Hollande tente de verdir son bilan mais à quel prix ?

Le Sénat a entamé, hier, l'étude du projet de loi biodiversité qui, bien que privé de certains amendements, comporte quelques avancées. Le président de la République tente, en effet, de verdir son image afin de tuer dans l'œuf une candidature Duflot. Mais ce texte ne devrait pas révolutionner un quinquennat peu axé sur les questions environnementales.

Christelle Bertrand

Christelle Bertrand

Christelle Bertrand, journaliste politique à Atlantico, suit la vie politique française depuis 1999 pour le quotidien France-Soir, puis pour le magazine VSD, participant à de nombreux déplacements avec Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Hollande, François Bayrou ou encore Ségolène Royal.

Son dernier livre, Chronique d'une revanche annoncéeraconte de quelle manière Nicolas Sarkozy prépare son retour depuis 2012 (Editions Du Moment, 2014).

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Lorsque, en février, Barbara Pompili s'installe dans son bureau de l'Hôtel de Roquelaure, Ségolène Royal ne tarde pas à venir la voir. "Je te confie la loi sur la biodiversité", lui lance celle qui ne passe pas pour être la plus confraternelle des ministres. "Franchement, elle a été un vrai soutien, m'a indiqué les articles sensibles. On a vraiment travaillé ensemble", raconte la secrétaire d'Etat à la Biodiversité qui défend depuis hier son texte devant le Sénat.  Un texte sensible et hautement politique car François Hollande pourrait l'utiliser pour sa future campagne.

Certes, l'amendement visant à interdire les néonicotinoïdes, ces insecticides qui seraient notamment à l'origine de la disparition des abeilles, n'y figurera sans doute pas. Stéphane Le Foll, le ministre de l'Agriculture, s'y est opposé lors de la lecture devant l'Assemblée Nationale. Barbara Pompili, avec l'aide de Ségolène Royal, a tenu bon et l'amendement a été voté mais il n'a, en revanche, pas franchi l'étape de l'étude en commission au Sénat. Le texte visant à taxer l'huile de palme a, lui aussi, subi le même sort. Mais peu importe.

Malgré ces reculs, le gouvernement entend faire de ce texte l'un des points forts du quinquennat. A l'heure du bilan, alors que François Hollande a commencé à remettre à plat le travail effectué depuis mai 2012, l'écologie revient au-devant de la scène. C'est toujours le cas en période pré-électorale mais cette fois de façon encore plus cruciale puisque le chef de l'Etat et futur candidat Hollande doit absolument tuer dans l'œuf toute candidature qui pourrait lui faire de l'ombre à gauche et notamment une candidature écolo qui lui barrerait la route du second tour. Le discours gouvernemental est donc extrêmement dur envers EELV.

"Je refuse que l'on parle de EELV en disant les écologistes s'insurge Barbara Pompili. L'écologie n'est plus à EELV. Ce parti est en train de devenir une coquille vide". Pour François Hollande et ceux qui le soutiennent, il s'agit de démontrer que le parti de Cécile Duflot a quitté le terrain de la lutte pour l'environnement pour rejoindre celui de la posture politique au service d'une femme : Cécile Duflot. Il s'agit aussi de rappeler à quel point EELV a renoncé à défendre l'intérêt général de la gauche pour se replier sur le sien propre notamment en décidant de présenter une liste indépendante dans le Nord Pas de Calais Picardie lors des dernières élections régionales au risque de faire gagner la droite. Discréditer EELLV va donc être l'une des priorités de cette fin de quinquennat.

Mais cette opération serait vaine si le gouvernement n'offrait pas quelques gages aux électeurs préoccupés par la défense de l'environnement. L'organisation de la COP 21 a ainsi été érigée en moment clé du quinquennat. Fin avril, le chef de l'Etat a confirmé l'une de ses promesses de campagne : la centrale nucléaire de Fessenheim, la plus ancienne centrale française, qui produit 1,5 % de l’électricité du pays, va être fermée. Le décret qui abrogera l’autorisation d’exploiter sera pris "cette année". Autre appel du pied, lundi François Hollande est allé, en personne, aux côtés de Ségolène Royal, inaugurer le pavillon bio du marché international de Rungis. Dernier étage de la fusée, la loi biodiversité discutée depuis hier au Sénat devrait venir parfaire la panoplie que prépare François Hollande en vue de 2017.

Outre l'interdiction des microbilles en plastique dans les cosmétiques et celle des cotons tiges en plastique, la notion de préjudice écologique devrait être actée par un article qui dispose que "toute personne qui cause un dommage grave et durable à l’environnement est tenue de le réparer". Et que cette réparation "s’effectue prioritairement en nature", c’est-à-dire par une remise en état du milieu aux frais de celui qui l’a dégradé. Ou, si une telle restauration est impossible, par "une compensation financière versée à l’Etat ou à un organisme désigné par lui et affecté (…) à la protection de l’environnement". La loi biodiversité devrait aussi imposer, à partir de janvier 2018, aux nouveaux centres commerciaux qui se propagent à la périphérie des villes de produire des énergies renouvelables, d'avoir des toitures végétalisées et des parkings perméables afin de pallier l'artificialisation des sols accusée notamment d'être à l'origine des inondations dans le sud-est en janvier 2014.

Voilà pour le verre à moitié plein dont Hollande pourra se servir durant la campagne. Mais même si l'on y ajoute la mise en place de la taxe carbone, on est encore loin des promesses de campagne. La loi sur la transition énergétique attend toujours ses décrets d'application. Le recul sur l'écotaxe a laissé des traces encore visibles et le débat autour de l'aéroport Notre Dame des Landes reste un symbole fort dans l'électorat. Enfin, les différentes polémiques avec la Mairie de Paris sur la mise en place de la circulation alternée lors des pics de pollution n'aident pas François Hollande à verdir son action. Si une candidature Duflot semble aujourd'hui pouvoir être fragilisée par ces quelques gages donnés aux électeurs, une candidature Hulot sera plus difficile à combattre.

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