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Un accord prévoyant la formation d'un gouvernement d'union nationale en Libye vient d'être signé ce jeudi 17 décembre à Skhirat (Maroc) par des représentants des deux parlements libyens rivaux.

Imbroglio

Libye : cet accord en trompe-l’oeil entre factions qui révèle plus de problèmes qu’il n’en résout

Un accord prévoyant la formation d'un gouvernement d'union nationale en Libye vient d'être signé ce jeudi 17 décembre à Skhirat (Maroc) par des représentants des deux parlements libyens rivaux. Problème : les présidents respectifs de ces deux parlements désavouent l'initiative. Un imbroglio qui risque de doucher les espoirs d'une résolution imminente et pacifique du conflit.

Antoine  Basbous

Antoine Basbous

Antoine Basbous est politologue et spécialiste du monde arabe, de l'islam et du terrorisme islamiste. Il a fondé en 1992, à Paris, l'Observatoire des Pays Arabes (OPA) qu'il dirige depuis.Consulté par les plus grandes entreprises, les gouvernements et les tribunaux européens et Nord-américain dans le cadre des différentes crises secouant le Moyen-Orient, il est également l'auteur de plusieurs ouvrages, dont Le tsunami arabe (Fayard, 2011).

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Atlantico : Les deux présidents des parlements de Tobrouk et de Tripoli ont déclaré leur hostilité à la négociation de Skhirat et désavoué toute personne se réclamant de leur propre assemblée. Qui sont donc les parties présentes aux pourparlers et que représentent-elles dans le conflit libyen ?

Antoine Basbous : Il y a, à vrai dire, deux camps qui sont instrumentalisés par des puissances régionales, et parfois des puissances régionales lointaines. Le Qatar et la Turquie ont soutenu les islamistes au pouvoir à Tripoli alors que le parlement a été ressuscité après la fin de son mandat. L'autre parlement, celui de Tobrouk, légitime et reconnu par la communauté internationale, est soutenu par l’Égypte et les Émirats Arabes Unis. On peut imputer tout ce désordre à l'absence, à la démission du président américain qui aurait pu enjoindre ses alliés et protégés comme les Émirats, le Qatar et la Turquie à se tenir éloignés des affaires libyennes dans lesquelles ils sont facteurs de chaos. Cela a des conséquences jusque dans toute l'Afrique et en Europe. Malheureusement, le manque d'autorité de ce président américain fait que des petits pays nuisent à la stabilité de la Libye et de la région. C'est pourquoi Daech s'est incrusté en profitant de la querelle entre ces deux faction libyennes et leurs parrains et s'est installé au centre de la Libye, à Syrte et contrôle plus de 200km de la côte méditerranéenne. L'organisation État islamique a ainsi désormais des bases civiles et militaires qui lui permettent de lorgner sur le bassin pétrolier de cette région, le plus important de Libye. A partir de ce moment-là, la communauté internationale a intensifié ses efforts à faire bouger les lignes. Cette détermination a été concrétisée par l'envoi d'émissaires du Secrétaire général de l'ONU pour faire converger les différents acteurs libyens. Cela s'est exprimé par l'accord de Skhirat dont Bernardino Leon a ouvert les négociations mais qui se conclu sous l'autorité d'un nouvel émissaire, M. Leon ayant été discrédité par une affaire de conflit d'intérêt le liant aux Émirats Arabes Unis.

Nous assistons au choc de deux volontés : celle des présidents des deux parlements rivaux de Libye et celle de la communauté internationale réunie, y compris à travers les « parrains » des deux parties, la Turquie, le Qatar, l'Egypte et les Emirats. C'est d'ailleurs très étonnant de constater que les ministres de Affaires étrangères turcs et qataris étaient tous deux à Skhirat alors même que l'homme qu'ils soutiennent à Tripoli était à Malte et désapprouvait le processus.

S'ils jouent franc-jeu, ils vont soutenir la solution onusienne. Mais s'ils jouent double-jeu, leurs hommes risquent de torpiller l'accord alors qu'eux-mêmes se seront montrés irréprochables aux yeux de la communauté internationale.

Pourquoi les deux présidents de parlement sont-ils opposés à une résolution politique du conflit sous patronage onusien ?

Parce que si la paix se réalise de cette manière, le processus leur échappera. Il y aura un nouveau gouvernement, une nouvelle structure, le gouvernement sera assisté dans ses fonctions par une force internationale pour le protéger. Par ailleurs, il y aura un certain contrôle des finances, autant à travers la banque centrale qu'à travers la National Oil Company (NOC), la société qui exporte l'hydrocarbure libyen. De ce fait la communauté internationale surveillera de très près ce qui se passe et certains hommes perdront demain leur pouvoir si les choses avancent.

Que vaut donc cet accord si les deux présidents des deux parlements en conflit ne reconnaissent pas ceux qui négocient à Skhirat ?

Les deux présidents du parlement ne représentent pas leurs troupes. Les parlementaires s'étaient en majorité prononcés pour l'accord. C'est aussi une affaire de rapport de force.

Une rencontre « concurrente » a été organisée à Malte entre les présidents du parlement de Tobrouk et le parlement de Tripoli, sans la communauté internationale. Peuvent-ils torpiller l'accord et si oui comment pourraient-ils faire ?

A vrai dire ils peuvent utiliser les milices à Tripoli et l'armée à Tobrouk. Si demain la situation devient explosive, le gouvernement issu du processus onusien ne pourra pas siéger, ni être en sécurité, ni prendre des décisions etc. Cela signerait la fin de l'unité de la Libye et le début de la partition du pays avec Daech au milieu.

La communauté internationale a surtout besoin de ce gouvernement pour réduire le sanctuaire terroriste qui risque de se métastaser en Afrique du Nord et qui risquie de menacer l'Europe voisine. Il pourra jouer un rôle majeur en prenant des décisions indispensables pour sécuriser la Libye, installer de nouvelles institutions, empêcher l'arrivée de migrants, de terroristes et combattre Daech. Le problème de la communauté internationale c'est qu'elle n'a pas d'interlocuteur valable aujourd'hui en Libye.

A part les deux présidents de l'assemblée et leurs alliés, quels sont les belligérants qui n'étaient pas représentés dans les négociations de Skhirat ?

Tous les extrémistes comme Ansar Al-Charia ou Daech. Par ailleurs, une partie des factions de Tripoli En revanche la ville de Misrata - qui pèse lourd dans les factions de Tripoli – a prouvé qu'elle œuvre pour la paix et la réconciliation. C'est une ville industrieuse, centrale dans le commerce et l'industrei substante de Libye, et qui de ce fait n'aime pas trop la guerre et l'enlisement des conflits. Située à l'Est de Tripoli, Misrata a un poids politique, militaire et économique majeur. Ses hommes ont largement contrôlé Tripoli jusqu'à Syrte.

Comment se situent-ils sur l'échiquier politico-religieux de Libye ?

Ils étaient au départ motivé par la haine de Kadhafi. Il y a également parmi eux une branche des frères musulmans. Pour le reste ce sont des musulmans modérés qui cherchent la paix pour prospérer économiquement. Ce ne sont pas des guerriers dans l'âme même s'ils ont joué un rôle militaire à un moment donné.

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