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couple amour désir passion conseils sensualité Caroline Kruse - Le savoir-vivre amoureux : Les secrets des couples qui durent
©LUCAS BARIOULET / AFP

Bonnes feuilles

Les secrets des couples qui durent : entretenir le désir

Caroline Kruse publie "Le savoir-vivre amoureux : Les secrets des couples qui durent" aux éditions du Rocher. L'harmonie d'un couple est faite d'idéaux et d'habitudes, ancrés dans l'histoire de chacun, et pas toujours faciles à concilier. Ce livre propose des ressources pour se dégager des difficultés du couple. Extrait 1/2.

Caroline  Kruse

Caroline Kruse

Caroline Kruse est conseillère conjugale et familiale, thérapeute de couple. Elle collabore avec de nombreux médias et tient une chronique sur le Huffington Post. Elle a déjà publié Il faut qu'on parle aux éditions du Rocher.

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Mais l’inquiétude concernant la sexualité survient le plus souvent après un certain nombre d’années de vie commune. L’un des deux partenaires, s’il éprouve toujours de vrais sentiments pour l’autre, ne sait plus prendre l’initiative des jeux amoureux et manifeste souvent moins d’envie, moins de plaisir quand ceux-ci ont lieu. Il s’en alarme, bien sûr, mais ne sait pas bien comment aborder le sujet sans blesser encore plus son partenaire. Se sentant coupable, il se résigne parfois à faire semblant ou accepte de passer pour celui qui « a un problème » aux yeux de son partenaire. Ce dernier, qu’il se résigne aussi ou se rebelle, se sent impuissant, narcissiquement blessé. Plus le temps passe et plus les choses sont difficiles. Faire l’amour devient une épreuve où chacun épie l’autre, si bien qu’à la longue, les deux préfèrent l’éviter. Tout geste de tendresse peut même finir par devenir suspect, pris dans un système infernal d’interprétations croisées. « Je ne peux pas juste la prendre dans mes bras, elle va penser que je cherche à la forcer », se dit l’un. « Je ne peux pas le laisser faire, même si j’en ai envie, sinon il va croire que je suis prête à aller plus loin », pense l’autre.

Dédramatiser la baisse de désir

Comment sortir de ce piège? D’abord peut-être en se disant que cette baisse du désir, chez l’un ou chez l’autre – car cela alterne souvent – n’a rien que de très banal. Le tabou sur la sexualité des générations précédentes, on le sait, a été remplacé par une obligation de performance à laquelle personne ne peut satisfaire. Faire l’amour tous les jours, et même plusieurs fois par jour, pendant des années, avec des érections parfaites et des orgasmes à répétition, est une représentation folle dont le principal effet est aussi castrateur que la honte qui jadis entourait les « choses du sexe ». Dans les deux cas, celui, homme ou femme, qui y est confronté se retrouve écrasé : honte de désirer, honte de jouir, honte de ne pas y arriver. Amertume et frustration de tous les côtés. Avec cette différence quand même que l’obligation écrase le désir avec encore plus de force que l’interdit qui, lui, au moins, laisse la liberté et le plaisir de le transgresser.

Il convient donc surtout dans un premier temps de dédramatiser ces aléas du désir. Ne pas avoir d’orgasme ou d’érection à chaque fois n’a évidemment rien qui doive, en soi, inquiéter. On peut avoir du plaisir et en donner sans orgasme. Ne pas avoir envie de faire l’amour pendant un certain temps n’est pas préoccupant non plus. Il y a toutes sortes de circonstances dans la vie d’un couple qui peuvent l’expliquer : des passages difficiles sur le plan professionnel, l’arrivée d’un enfant, le décès d’un parent, autant d’événements heureux ou malheureux qui nous atteignent physiquement et psychiquement, nous obligent à nous repositionner et impactent notre sexualité.

Réinventer sa sensualité

L’essentiel dans ces cas-là est de ne pas mettre en place un système de blocage qui finit, après, par s’auto-alimenter. Plus on s’inquiète de ne pas pouvoir faire l’amour comme on le voudrait et moins on y arrive. Anticiper l’échec, surtout dans ce domaine, est le plus sûr moyen de s’y trouver confronté. Mieux vaut dans ce cas amorcer, ensemble, un pas de côté. En parler, reconnaître que ce n’est facile ni pour l’un, ni pour l’autre, mais ne pas en faire le sujet obligé des conversations d’après-dîner. Imaginer, ensemble, toutes sortes de ruses pour le contourner.

Ne pas faire l’amour, ce n’est pas renoncer à toute forme de sensualité. On peut redonner une place plus grande à ce qu’il est convenu d’appeler « les préliminaires », dont on connaît par ailleurs l’importance pour les femmes, afin que la montée du plaisir puisse s’accorder. On peut piocher dans la liste inépuisable des outils généralement proposés pour érotiser la relation : du massage aux sex-toys en passant par les bougies parfumées, les week-ends en amoureux, les restaurants en tête à tête, les films suggestifs et la lingerie coquine. Mais c’est à chaque couple d’écrire et de se raconter, dans ce domaine aussi, sa propre histoire, d’inventer, et surtout de réinventer, au fil des années, son rythme et sa manière de se donner du plaisir.

Il s’agit au fond de trouver l’équilibre entre la sécurité rassurante qu’apporte la vie ensemble et le risque qu’implique toute relation et qui sous-tend le désir. Ne pas mettre en péril les aspects heureux du quotidien, mais ne pas s’y laisser endormir.

Faire confiance à l’autre

Autre facteur, plus intérieur cette fois, qui peut impacter de manière ponctuelle la sexualité du couple : les représentations que nous avons de nous-mêmes, pour peu qu’elles aient, pour une raison ou pour une autre, changé. Se trouver à un moment trop gros, trop maigre, plus assez performant ou incapable de faire face à ses responsabilités peut avoir des conséquences sur la manière dont on s’imagine que l’autre nous voit. Comme on est atteint dans son estime propre, dans l’image que l’on se fait de soi-même, on ne comprend pas que le partenaire nous désire encore. Rien de ce qu’il dit ou fait ne peut nous rassurer. Au contraire. Tout se passe comme si on cherchait à le convaincre qu’il faut être pervers, aveugle, ou menteur pour avoir envie de faire l’amour avec nous. On finit par en vouloir à l’autre de ce que l’on s’est mis à détester en soi-même, on le lui fait payer et on achève ainsi de le déstabiliser. Là encore, sans revenir de manière obsessionnelle sur le sujet, il faut essayer d’avoir ensemble un dialogue qui puisse désintriquer ce qui bloque. Et si on n’y arrive pas, pour éviter que les blessures narcissiques ne s’enveniment, il ne faut pas hésiter à se faire aider.

Extrait du livre de Caroline Kruse, "Le savoir-vivre amoureux : Les secrets des couples qui durent", aux éditions du Rocher

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