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Peur du docteur

Caries : les résines dentaires à base de bisphénol-A rendraient les enfants dépressifs et anxieux

Selon une récente étude financée par l’Institut National pour la Santé, les enfants traités avec une certaine résine pour combler des caries présenteraient des troubles psychologiques.

Voilà une raison de plus d’avoir peur du dentiste. Selon une récente étude financée par l’Institut National pour la Santé, les enfants traités avec une certaine résine pour combler des caries auraient pu être empoisonnés… Des risques accrus d’anxiété et de dépression pourraient découler de ce produit, selon le site d’information américain Daily Beast.

En cause : un produit chimique dangereux, le bisphénol A. Il y a quelques jours à peine, en France, le Réseau environnement santé (RES) avait justement appelé l’Anses à accélérer ses travaux sur les risques et la substitution du Bisphénol A, et ce, à l’occasion de la publication de sa veille scientifique trimestrielle sur cette substance dangereuse.

Le Réseau environnement santé réclame que la loi visant à interdire le bisphénol A (BPA) soit adoptée rapidement. Ce composé chimique de synthèse est utilisé dans des matériaux en contact avec les aliments, dans l'ensemble des contenants alimentaires. Le gouvernement est donc invité à inscrire cette loi à l'agenda du Sénat, mais également à envisager cette interdiction à d'autres sources d'exposition, comme les cuves alimentaires, certains petits appareils électroménagers, le papier thermique, ou encore les dispositifs médicaux.

Depuis quelques dizaines d’années, parents et dentistes pensaient avoir trouvé la bonne parade pour éviter de combler les caries des enfants avec un mélange gris à base de mercure. Une pâte blanche, sans métaux, moderne et pratiquement invisible avait fait son apparition.

La demande s’était accrue considérablement depuis les années 1960, lorsque le produit a été introduit sur le marché. Aujourd’hui, plus de 10 millions d’enfants américains sont traités avec ce produit chaque année. Mais selon la nouvelle étude du journal Pediatrics, il ne serait pas sans risque, et induirait chez les enfants des risques supplémentaires d’anxiété et de dépression.

Les pâtes de remplissage sont généralement composées de verre ou de quartz mélangé avec des résines et des adhésifs. Ces matériaux ont certes été approuvés par la Food and Drug Administration (l’Administration américaine de l’alimentation et des médicaments). Mais leurs effets sanitaires à long terme n’ont jamais été étudiés réellement.

Or, une pâte assez répandue composée de bisphenol-A Méthacrylate de glycidyle (aussi connu sous le nom de Bis-GMA) provoquerait des dégâts psychologiques. Les enfants traités au Bis-GMA ont obtenu des scores inquiétants sur les tests de bien-être psychosocial cinq ans après leur traitement, comparés aux enfants ayant reçu d’autres types de pâtes.

Les enfants exposés à la pâte Bis-GMA pendant les plus longues périodes avaient deux à quatre fois plus de risques de problèmes psychologiques requérant une aide médicale. La corrélation étaient plus forte pour les enfants ayant présentant des caries dans les molaires du fond, la ou le produit peut se rompre et éventuellement pénétrer dans la circulation sanguine.

Le bisphenol-A, a attiré l’attention ces dernières années à cause de sa capacité à agir comme un estrogène dans les études en laboratoire sur les animaux. Omniprésent dans les produits en conserve, les sodas, et les plastiques, ce produit chimique est présent dans la circulation sanguine de 93% des américains testés, selon les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies. En 2010, le bisphenol-A a été décrétée sans danger à de faibles doses, mais l’agence a noté « quelques inquiétudes » quant aux effets possibles sur le cerveau et le comportement des fœtus, des nourrissons et des enfants. Certains producteurs ont ainsi retiré cet élément de leurs produits, comme les bouteilles pour bébés et les bouteilles d’eau.

Atlantico a interrogé Jean-François Narbonne, expert de l'ANSES (l'Agence nationale de sécurité sanitaire), docteur en nutrition et professeur à l'Université de Bordeaux 1.

Antlantico : Une étude met en lumière les effets de la présence de bisphénol A dans les résines dentaires utilisées pour combler les caries. Les enfants auraient tendance à être plus dépressifs. Or, le bisphénol A a été approuvé par la Food and Drug Administration aux Etats-Unis, tout comme en France. Existe-t-il vraiment un risque sanitaire ?

Jean-François Narbonne : Le bisphénol A est un plastifiant qui est utilisé depuis très longtemps.

Il a été approuvé partout. Y compris dans les biberons. Il a tout d’abord permis de remplacer les amalgames dentaire au mercure, sujet sur lequel la France était particulièrement en retard, avec un scandaleux combat d’arrière garde des autorités sanitaires, alors qu’on connaissait tous les éléments. Au contraire, pour le bisphénol A, aucun élément ne permet de dire qu’il y a un risque sanitaire. S’il y en avait un comme pour le mercure, les agences auraient recommandé son interdiction.

Au niveau épidémiologique, on constate néanmoins qu’il faut diminuer l’exposition au bisphénol A, d'autant que c’est un produit d’usage universel. D’ailleurs, les biberons, ce n’était rien : 4% de l’exposition des enfants, contre 40% pour les boîtes de conserve, le lait pour bébé, les cannettes de soda pour les adultes. Si on résout le problème des boîtes de conserve, on aura résolu 40% du problème ! Les résines dentaires sont donc marginales.

Le problème de l’exposition à long terme a été mis en évidence. Par exemple, on a démontré que lors des accouchements par césarienne, c'est-à-dire dans un environnement hospitalier, le taux de bisphénol augmente de 40% dans les urines, parce qu’il y en a partout dans les plastiques médicaux. Mais en l’occurrence, c’est une exposition ponctuelle : après l’accouchement, le niveau d’exposition revient à ce qu’il est pour l’ensemble de la population. En va-t-il de même au niveau dentaire ? Au début, le matériel est neuf, et diffuse le bisphénol. Puis l’exposition faiblit.

La dépression des enfants peut-elle vraiment avoir pour origine leurs visites chez le dentiste ?

Ce genre d’études n’est pas très sérieux scientifiquement. On peut rattacher la dépression aux autres effets du bisphénol A. Le problème des perturbateurs endocriniens, c’est qu’ils sont partout. Ce qu’on devrait démontrer, comme pour les césariennes ou pour le mercure, c’est : est-ce que la résine dentaire modifie vraiment l’exposition des gens, ou non ?

Ensuite, si l’on n’utilise pas de bisphénol A, que met-on à la place ? Du mercure ? On cherche aujourd’hui des produits de substitution… à condition qu’ils ne soient pas plus toxique que le produit qu’on enlève. Pour les biberons par exemple, on a proposé de les remplacer par des biberons en verre. Mais des débris de verre résultant du lavage en machine peuvent porter atteinte au tissu digestif de l’enfant.

Le bisphénol A est-il vraiment partout?

C’est un formidable produit. C’est bien pour cela que l’on peine à le remplacer. Je ne suis pas chimiste des matériaux, mais il protège les antioxidants dans les boîtes de conserve, il plastifie, évite d’utiliser des colles… Il faudrait le remplacer par trois ou quatre produits pour obtenir les mêmes propriétés. C’est un sujet que l’on traite depuis longtemps dans les agences sanitaires, nous l’avions placé en 27e position des substances à réguler prioritairement. Mais depuis, on n’a rien trouvé de valable pour le remplacer totalement.

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