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Les régionales sont finies, pas les problèmes... Ce que la projection des résultats par circonscription promet pour la droite en 2017
©Philippe Wojazer / Reuters

Bérézina en vue ?

Les régionales sont finies, pas les problèmes... Ce que la projection des résultats par circonscription promet pour la droite en 2017

Ce dimanche 13 décembre marquait la fin des élections régionales de 2015. Le FN, donné en tête dans 6 régions au premier tour, n'aura pas su décrocher une seule d'entre elles. Pour autant, le vote FN traduit très clairement le rejet de l'offre politique actuelle.

Xavier  Chinaud

Xavier Chinaud

Xavier Chinaud est ancien Délégué Général de démocratie Libérale et ex-conseiller pour les études politiques à Matignon de Jean-Pierre Raffarin.

Aujourd’hui, il est associé du cabinet de stratégie ESL & Network.

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Les régionales sont finies, pas les problèmes !

Le bilan des élections régionales est sévère pour la classe politique dans la perspective de  2017, 50% électeurs inscrits n’ont pas pris part au vote au 1er tour, illustrant le rejet croissant de l’offre politique que le sursaut au 2eme tour ne peut occulter. Selon les régions, un électeur socialiste a "choisi" au 2eme tour entre voter pour le candidat de la droite (Nord Pas de Calais- Picardie, PACA), voter contre son candidat (Alsace-Lorraine-Champagne Ardennes), voter pour son candidat sans fusion avec les verts et le reste de la gauche, en Bretagne qui sera le meilleur score du PS ou au contraire voter pour son candidat allié à ceux qui critiquent chaque jour l’action du gouvernement socialiste pour au final conserver 5 régions dans l’hexagone.

A droite et au centre, ont été remportées 7 régions métropolitaines, mais avec le renfort des voix de gauche dans 3 d’entre elles, contre le PS dans d’autres, avec à la tête de LR une ligne droitière contestée et à celle de l’UDI une ligne différente dans la pensée à défaut de l’être dans l’élection.

Le FN après un 1er tour le plaçant en tête dans 6 régions et dans plus d’une commune sur deux à l’échelle du pays, n’en gagne aucune.

Si une élection régionale n’est pas prescriptrice des scrutins qui lui succèdent, elle permet cependant de planter un décor pour les 2 prochaines élections de 2017 : les élections présidentielles et les législatives.

Concernant les présidentielles :

Se confirme un score-plancher pour M.le Pen à 25% lui garantissant sa qualification pour le deuxième tour; Comme se confirme le fait que les succès des partis républicains ne se conçoivent que dans la mobilisation des abstentionnistes.

A gauche, malgré la défiance dont il est l’objet, le Président Hollande a éliminé toute candidature concurrente sérieuse, restent toutefois de petits candidats tapis dans leur faible représentativité et l’évidence que l’inaction de l’exécutif peut mener à la catastrophe.

A droite, 11 mois de primaires mortifères sont programmés. Plusieurs voix se sont exprimées pour demander une accélération du calendrier; mais les tenir de manière anticipée, donc avant novembre 2016, dans les conditions actées par les principaux candidats déclarés apparaîtra vite très difficile tant les retards se sont accumulés depuis le début du processus. Les tenir au Printemps a du sens, mais renforcerait la main mise du parti dans leur organisation ; changer le processus en privilégiant le vote numérique entraînerait désaccords et suspicions bien que cette solution soit la seule possible.

Au centre, si l’UDI est moins que jamais en situation de peser, reste F. Bayrou et ce qu’il représente encore et toujours électoralement, avec ce paradoxe : si A. Juppé sort victorieux des primaires, il le soutiendra, si c’est N. Sarkozy il sera candidat et rassemblera sur son nom des électeurs susceptibles pourtant de préférer F. Hollande au président de LR…

A 16 mois de l’échéance, l’opposition est inaudible, prisonnière de ses rivalités et fractures, elle n’aura gagné dans les scrutins intermédiaires que par défaut; Xavier Bertrand, élu face à Marine le Pen a eu le courage des mots en ce sens dans sa déclaration hier soir.

Si elle parvient à trouver un remède qui lui permette de ne pas se disqualifier dès le 1er tour de la prochaine présidentielle, reste posé un problème aujourd’hui non anticipé :

Concernant les législatives :

Dans ce paysage tripartite, les scores réalisés par l’extrême droite depuis 2012 jusqu’au 1er tour des régionales, pourraient conduire à la présence du FN au 2eme tour des législatives dans les deux tiers des circonscriptions. Avec le mode de scrutin actuel, il faut 12,5% des inscrits pour accéder au 2eme tour des législatives, sur la base d’une abstention autour de 45%, il faudra donc au moins 22% des suffrages exprimés au 1er tour pour se qualifier ; la projection des résultats du 1er tour des régionales sur les législatives montre que le FN passerait ce seuil dans près de 380 circonscriptions et serait en tête dans près de 230 ; dans près de 70 circonscriptions le FN passerait les 40% ...

S’ajoute à cette projection la loi sur le non cumul qui conduira nombre de sortants à préférer leur mandat local à une candidature devenue si incertaine dans pareille situation.

Attribuer dès 2016 les investitures législatives à droite et au centre dans ce contexte est illusoire tant seront nombreuses les incertitudes et se reposerait inévitablement la question du front républicain avec cette fois-ci une mécanique infernale non plus dans 3 régions mais sur l’ensemble du territoire.

S’aveugler sur le plafond de verre qui a encore joué aux régionales serait une grave erreur, pour le scrutin législatif sauf à assumer cet "UMPS" que dénonce le FN quant aux présidentielles, c’est la capacité à ramener les électeurs aux urnes qui fera le gagnant.

Quelque soit le vainqueur de la présidentielle, le président élu devra constituer sa majorité. F. Hollande réélu aurait besoin du centre, N. Sarkozy comme A. Juppé, B. le Maire ou F. Fillon élargirait la majorité sur la gauche modérée comme sur la droite, sans doute dans des proportions différentes… M. le Pen élargirait sur sa gauche…donc à droite.

L’offre politique partisane est dépassée, les citoyens rejettent les partis dont les lignes de fractures internes les rendent inaudibles, ils ont exprimé dans les urnes leur envie que les choses changent ; si les présidentielles de 2017 conduiront mécaniquement à une recomposition du paysage politique, il est particulièrement dommageable à ce jour, que par manque de courage aucun des candidats à la candidature ne le propose avant l’échéance…au risque de provoquer la bérézina en 2017.

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