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Bonnes feuilles

Les régimes alimentaires : beaucoup d’appelés, peu d’élus

Jean-Philippe Zermati publie "Osez manger, libérez-vous du contrôle" (ed. Odile Jacob). Nous surveillons tous notre poids. Jean-Philippe Zermati nous explique comment réduire nos envies de manger et permettre à chacun d'atteindre son poids d’équilibre. Extrait 2/2.

Jean-Philippe Zermati

Jean-Philippe Zermati

Jean-Philippe Zermati est médecin nutritionniste, thérapeute comportementaliste, spécialiste des troubles du comportement alimentaire. Précurseur dans la critique des régimes, son approche est aujourd'hui reconnue et validée, il est l'auteur de plusieurs ouvrages parmi lesquels Maigrir sans regrossir - est-ce possible ? et Maigrir sans régime.

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Les régimes amaigrissants établissent des règles dans le but d’obtenir une perte de poids, déterminée de façon subjective, arbitraire, indifférente au poids d’équilibre. Malgré tout, ils restent la principale méthode amaigrissante employée chaque année par des millions de personnes dans le monde. 231 millions d’Européens auraient essayé de maigrir en 2002, mais seul 1 % d’entre elles auraient réussi à perdre du poids de façon permanente. Estelle Masson, spécialiste de psychologie sociale, faisait remarquer en 2004 que les jeunes femmes de 18 à 24 ans avaient déjà suivi quatre régimes alors que leurs aînées de 50 à 60 ans n’en avaient suivi « que » sept au cours de toute leur vie. Aux États-Unis, dans les années 1950, 14 % des Américaines et 7 % des Américains avaient suivi un régime. Au milieu des années 2000, ils étaient respectivement 57 % et 40 %. Cette pratique des régimes amaigrissants se développe dans tous les pays et s’étend à toutes les générations, même les plus jeunes. Une enquête menée dans 33 pays du monde montrait que 37 % des filles de 11 ans avaient déjà fait un régime ou souhaitaient en faire. Elles étaient 47 % à 13 ans et 55 % à 15 ans. Le monde entier, à tout âge, semble se jeter à corps perdu dans la pratique des régimes amaigrissants.

Voici un petit résumé de ce que nous savons aujourd’hui sur les régimes amaigrissants. 

80 % de ceux qui les suivent perdent du poids dans les six premiers mois. Ça commence bien, me direzvous. Au bout de deux ans, seuls 5 % ont maintenu le poids atteint, tous les autres ont repris les kilos perdus. Ce qui est moins satisfaisant. Et 40 % ont dépassé leur poids de départ. Ce qui n’est plus du tout acceptable. On s’est alors interrogé pour savoir si certains régimes pouvaient être plus efficaces que d’autres. Quasiment tous les régimes et toutes les combinaisons possibles ont été évalués. Les sans gras et les sans sucre. Nous avons vu ce qu’il en était. Avec ou sans suivi médical. Avec pertes de poids rapides ou  progressives. Avec ou sans sport. Avec ou sans psychothérapie. Seul ou à plusieurs. Les plus restrictifs et les moins restrictifs. Les diètes protéinées et les régimes équilibrés. Tous, vous me lisez bien, ont abouti aux mêmes résultats. Les mêmes chiffres sont revenus dans pratiquement toutes les évaluations. C’était chaque fois 95 % de reprise de poids au bout de deux à trois ans ! Chaque fois qu’un régime seul était expérimenté et testé, il échouait. Chaque fois qu’on associait le régime à une deuxième méthode, celle-ci échouait. Comme si le régime contaminait tout ce qu’il touchait. Le résultat de toutes les évaluations est que les régimes sont systématiquement abandonnés à un moment ou un autre. En 2010, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, l’ANSES, a publié un rapport sur l’évaluation des régimes amaigrissants (évaluation des risques liés aux pratiques alimentaires d’amaigrissement, Paris, ANSES, 2010) qui finit par conclure que la solution diététique aggravait le plus souvent le problème pondéral. La solution devenant le problème. Et que le problème ne résidait pas dans l’une ou l’autre caractéristique des régimes, mais dans leur principe même.

Quel est le principe même du régime ? On « fait attention », on résiste, on craque 

La question mérite bien d’être posée. Car, aujourd’hui, il faut le reconnaître, les régimes ont plutôt mauvaise presse. On préfère dire qu’on mange équilibré. Mais on fait alors des « régimes équilibrés », on prescrit des programmes d’équilibre alimentaire. On dispense des conseils d’hygiène de vie. Il ne s’agit plus de faire un régime mais d’adopter un nouveau style de vie. On ne dit plus qu’on fait un régime, dorénavant on mange « sainement » et on « fait attention », on se surveille. Mais, pour autant, a-t-on abandonné le principe même de régime ? À quoi fait-on attention ? À ne pas manger trop de ceci ou à manger suffisamment de cela. En quoi est-ce tellement différent des anciens régimes ? Si ce n’est que nous sommes passés d’une pratique limitée dans le temps à une surveillance à perpétuité de notre alimentation. Kim : « Dans ma tête, j’ai l’impression d’être constamment au régime alors que je ne le suis clairement pas et que je sais que je devrais l’être. » Écoutez Mégane : « Quand je suis au régime, je me dis : “Il faut que je tienne.” Quand je ne suis pas au régime, je me dis : “Je devrais m’y mettre.” Quand je craque, je me dis : “Tu dois te reprendre.” Bref, il n’y a pas un instant où je n’y pense pas. » 

On a finalement étendu le principe même de régime à la vie entière. On a abandonné ces régimes de quelques semaines ou mois qui faisaient tant de mal pour les proposer dans leur version light tout au long de la vie. Le nouveau régime est un régime allégé. Mais il reste un régime. 

Je définirais un régime comme une intention de contrôler mentalement son comportement alimentaire dans le but de maigrir ou de ne pas grossir. Et ce qui, selon moi, caractérise le mieux le principe même de régime est cette notion de contrôle mental. 

Ce contrôle peut prendre des formes différentes, depuis des règles extrêmement précises et définies comme la prescription de menus, jour après jour, jusqu’à la simple surveillance de son alimentation comme « faire attention » à ne plus grignoter, limiter les quantités de certains aliments ou bien encore limiter ou supprimer la consommation d’une catégorie d’aliments : le pain, le fromage, les gâteaux… Dans tous les cas, il s’agit d’obtenir une perte de poids par une diminution calorique résultant d’un effort de contrôle. Pas tant pour lutter contre sa faim mais surtout contre ses envies de manger !

Extrait du livre du Dr Jean-Philippe Zermati, "Osez manger, libérez-vous du contrôle", publié aux éditions Odile Jacob

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