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En berne

Les pistes pour comprendre la baisse drastique de la qualité du sperme des occidentaux

Le sperme des hommes vivants dans les pays occidentaux a perdu en qualité. Une étude réalisée par des chercheurs internationaux et publié par l'Académie d'Oxford montre que le taux de spermatozoïde a diminué de près de 60% au cours des quarante dernières années. Une tendance inquiétante mais qui n'a pas encore d'impact sur la fertilité.

Alexandra Henrion-Caude

Alexandra Henrion-Caude

Dr Alexandra Caude est directrice de recherche à l’Inserm à l’Hôpital Necker. Généticienne, elle explore les nouveaux mécanismes de  maladie, en y intégrant l’environnement. Elle enseigne, donne des conférences, est membre de conseils scientifiques.

Créatrice du site internet science-en-conscience.fr, elle est aussi l'auteur de plus de 50 publications scientifiques internationales. Elle préside l’Association des Eisenhower Fellowships en France, et est secrétaire générale adjointe de Familles de France.

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​Atlantico : Une étude réalisée sur 42 935 hommes dans 50 pays occidentaux, par l'académie d'Oxford et recoupant des données datantes de 1973 à 2011, montre que la qualité du sperme a baissé au cours de ces quarante dernières années. Le taux de spermatozoïdes a ainsi chuté de 59% depuis 1973, alors qu'il est mesuré stable dans les pays émergents. Quelles sont les hypothèses les plus crédibles permettant d'expliquer une telle chute ? L'étude émet notamment l'hypothèse que c'est l'exposition aux phtalates qui en est en partie responsable.

Alexandra Henrion-Caude De cette méta-analyse menée sur 6 continents et 50 pays, il ressort que, depuis 1973, la concentration en spermatozoïdes a diminué de 52%.

La quantité totale de sperme a chuté de 59% dans les pays occidentaux, tandis qu’aucune diminution significative n’a pu être observée dans les pays d’Amérique du Sud, d’Asie et d’Afrique.

Si l’on extrapole un peu, cette étude signifie que la concentration de spermatozoïdes a diminué de moitié entre un père d’une quarantaine d’années et son fils d’une vingtaine d’années… L’étude a le mérite d’établir la préoccupation qui devrait être la nôtre sur une baisse de plus de moitié dans nos pays.

La différence avec le groupe des pays non-occidentaux pose de vraies questions sur ces variations géographiques. Dans l’étude, la liste des pays non-occidentaux comprend des pays comme Israël, le Brésil et le Japon, qui ne permettent clairement pas d’identifier les causes tant les façons de vivre peuvent être similaires.

Parmi les causes connues affectant la concentration en spermatozoïdes, il y a l’environnement, et notamment la consommation de tabac dont l’effet est bien établi. D’autres molécules agissent soit en influençant le niveau hormonal comme les phtalates, soit en ayant uniquement un impact sur la concentration sans avoir d’effet avéré au niveau hormonal comme le plomb. Des études récentes insistent aussi sur l’influence qu’aurait l’augmentation de l’âge des mères lors de l’accouchement.

D’autres causes moins connues sont pourtant bien réelles : ce sont les causes psychologiques. Dépression et anxiété sont ainsi des facteurs émotionnels qui influencent clairement la concentration en spermatozoïdes.

Quelles sont les conséquences de cette situation sur l'évolution des naissances, et sur les techniques utilisées pour avoir un enfant ? Les fécondations in-vitro ont-elles progréssé ?

Le sperme est nécessaire pour toute fécondation. La puissance de l’éjaculation, son volume et son acidité, la concentration et la mobilité des spermatozoïdes, et leurs formes sont autant de critères qui influencent la fertilité.

Une diminution de la concentration en spermatozoïdes doit être mise en lumière des autres facteurs que je viens de citer pour en affirmer les conséquences sur l’évolution des naissances.

Les techniques utilisées pour avoir un enfant recourent toutes à une collecte de sperme. A ce propos, il est intéressant de noter que la concentration en spermatozoïdes varie selon que la collecte est issue de masturbation ou d’un préservatif. Comme je vous le disais, les causes sont donc clairement aussi d’ordre psychologique.

Quelles sont les conséquences concrètes d'un appauvrissement des spermatozoïdes dans la fertilité des femmes ? Peut-on observer des conséquences directes sur la qualité des embryons ? 

En effet, comme l’indique d’anciennes études, il y a un lien entre la fertilité et la concentration en spermatozoïdes. En revanche, je ne connais pas les études qui établissent un lien avec la qualité des embryons.

Cette chute peut elle encore se poursuivre, avec quelles conséquences ? Comment peuvent réagir les pouvoirs publics ?​

Cette diminution drastique est une tendance observée chez l’homme mais aussi, même si différemment, chez certains animaux, en particulier le taureau, qui a même été proposé comme modèle d’étude. Il est difficile d’établir si la conséquence attendue sera au niveau individuel ou démographique. La variété des causes connues et établies permettent que la prise de conscience ne réside pas qu’au niveau des pouvoir publics. Bien entendu, ils peuvent peser sur des éléments chimiques comme les phtalates ou le plomb. Mais il me semble important que la prise de conscience sur la multiplicité des causes et notamment l’influence psychologique soit assortie d’une meilleure communication. Cette transparence est totalement indispensable pour les couples en attente d’enfants.

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