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Dur dur d’être un garçon

Les jeunes hommes sous la pression de la porno-sexualité

Aujourd'hui, les garçons, qui ont regardé de nombreux films pornographiques ont pour référence masculine physique les acteurs aux muscles bien dessinés et veulent y ressembler, pas obligatoirement pour séduire, mais bien pour avoir la reconnaissance de leurs pairs.

Sylvain Mimoun

Sylvain Mimoun

Sylvain Mimoun est gynécologue, andrologue, psychosomaticien. Il est directeur du Centre d'andrologie de l'hôpital Cochin à Paris; Il est également chroniqueur radio et TV, notamment au Journal de la santé (France 5) où il tient la rubrique "Questions sexo".

Il est l'auteur de "La masturbation rend sourd : 300 idées reçues sur la sexualité " aux éditions First.

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Atlantico. Les hommes doivent maintenant atteindre des standards de virilité. Leurs modèles, des hommes musclés mais pas trop (fini le temps des Schwarzenneger), très souvent des acteurs porno… Pourquoi aujourd'hui les jeunes hommes ont cette référence physique masculine ?

Sylvain Mimoun. Le paradoxe c'est que la pornographie sert de modèle dans beaucoup de domaines. Mais ce phénomène ne touche pas que les hommes : aujourd'hui, les femmes se refont parfois la vulve également. L'homme s'est quant à lui toujours préoccupé de la taille de sa verge, mais il n'avait jamais eu de véritable possibilité de l'allonger, or c'est le cas aujourd'hui. Et en prenant pour référence les acteurs porno, les muscles évidemment comptent aussi.

Aujourd'hui, des beaux gosses comme Gérard Philippe, peu musclés, ne sont plus vraiment dans la norme. Surtout si les dits muscles sont le résultat d'un travail qui s'apparente à de la "gonflette". Comme les acteurs porno sont nus en permanence, ils cherchent à être bien et montrables de la tête au pied. Dans ce domaine, les femmes et les hommes sont jeunes, et avec des muscles bien dessinés.

Mais il est vrai que notre société, est sexualisée et que la pornographie a déteint dans beaucoup de domaines. Et on le retrouve à plus d'un titre. La question de fond n'est évidemment pas d'interdire, mais de voir comment quelqu'un qui est bien dans sa peau peut ne pas s'appuyer que sur son corps musclé. Si la personne est bien avec elle-même, avec ou sans muscles, elle se sentira bien avec elle-même, tout comme son ou sa partenaire.

Pourquoi cette évolution de la société vers cette norme physique masculine ?

Peut-être tout simplement parce que ces jeunes hommes ont été "nourris" avec ces images. Lorsque l'on discute avec eux, ils ont beau déclarer qu'ils ont conscience que la réalité n'est pas celle des films pornographiques, cela a toujours plu aux hommes d'être musclés. De la même façon qu'une femme a toujours aimé être plutôt mince avec une belle silhouette.

Et d'ailleurs, toutes les actrices ou chanteuses actuelles telles que Rihanna montrent de l'érotisme dans leurs tenues, mais parfois, et notamment sur scène, cela se rapproche surtout de la pornographie. Pour les filles aussi donc le porno est une référence. Et comme les hommes sont intéressés par les filles, et par ces filles-là en particulier, ils vont dans le même registre.

Comment expliquer ce phénomène ?

Une fois que c'est le regard des autres qui compte, c'est la folie, tout comme chez les femmes. Une femme va regarder le moindre défaut. Le pire pour un couple, c'est lorsqu'ils sont tous les deux body-builders. Ils vont regarder le moindre centimètre carré qu'il y a en trop sur le corps de l'autre. Cela peut devenir une souffrance, une sorte de torture mentale sur la moindre anomalie qu'il y a. Alors que Monsieur ou Madame Tout le monde pourrait se dire un petit peu de ventre c'est doux, c'est sympathique.

Le paradoxe c'est que quand les hommes sont obsédés par leur corps, ils pensent qu'ils vont séduire beaucoup de femmes, et donc faire l'amour avec beaucoup de femmes. Mais ils ne se demandent pas s'ils pourraient avoir les mêmes "performances" sans muscles. Et surtout est-ce qu'ils auront du plaisir avec ces femmes et elles est-ce qu'elles auront elles aussi du plaisir. Quand ils sont ainsi dans l'apparence ce n'est finalement bon pour personne.

Mais la pression pour aller à la salle de sport a son revers : prise de médicaments, mauvaise alimentation qui peut pousser à l'autocritique permanente et même pousser jusqu’au suicide...

Ils ont tellement le nez sur le guidon, qu'ils ne voient finalement pas le paysage, et le paysage c'est eux. Et c'est bien cela le drame. Je le vois malheureusement beaucoup. Quand ces hommes viennent en consultation, on peut en discuter, mais quand on n'est pas dans un contexte de soin, de consultation pour pouvoir parler de ce qu'ils aiment, les choses peuvent s'aggraver sans qu'ils s'en rendent compte finalement. Ils n'ont plus que leur objectif en tête et ils ne voient pas pourquoi ils ont cet objectif, ce qu'ils vont y gagner avec cet objectif...

Y a-t-il un contre-courant ?

J'ai vu une étude qui tend à démontrer que les femmes des hommes de 50 ans et plus trouvaient que c'était doux qu'il ait un peu de ventre. C'est cela le paradoxe de la mode : tout peut être à la mode ou contre la mode.  

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