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Découverte

Les gènes du gaucher ont été découverts et voilà pourquoi c’est une découverte aux conséquences pratiques importantes

D'après une étude publiée dans le journal Brain, il existerait un code génétique lié au fait d'être gaucher.

Pierre  Roubertoux

Pierre Roubertoux

Pierre Roubertoux est professeur de génétique et de neurosciences à Marseille. Il a créé et dirigé le laboratoire "Génétique, neurogénétique, comportement" du CNRS et a travaillé au laboratoire "Génomique fonctionnelle, comportements et pathologies" du CNRS, à Marseille. Il mène aujourd'hui ses recherches au sein du laboratoire de génétique médicale de l'Inserm.  Ses travaux sur la découverte de gènes liés à des comportements lui ont valu le prix Theodosius Dobzhansky, aux États-Unis.

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Atlantico : Une étude publiée par une équipe de chercheurs britanniques dans le journal Brain a tenté de démontrer l'existence d'un code génétique lié au fait d'être gaucher. Les résultats de cette étude peuvent-ils être pris au sérieux ?

Pierre Roubertoux : Le journal Brain est un excellent journal avec un fort indice de citation et l'équipe qui publie cet article est composée de très bons spécialistes de la latéralité et du cerveau. Ces résultats nous montrent qu'il existe quatre gênes qui, dans la population observée, se trouvent être associés à l'utilisation préférentielle de la main gauche ou droite. Parmi ces quatre gênes, certains sont particulièrement intéressants car ils jouent sur le développement des microtubules, qui jouent  eux-mêmes sur le développement du neurone et d'autres interviennent sur le développement embryonnaire du cerveau.

Ce qui est intéressant dans cette étude, c'est le travail effectué sur une très large population – 400 000 personnes. Comment est-ce possible ? C'est quelque chose qui se pratique souvent dans le domaine de la génétique : via des banques de données, on dispose d'informations sur le génotype des individus. On va par exemple avoir une centaine de gènes typés pour 400 individus dont nous avons de nombreuses caractéristiques. La latéralité c'est quelque chose de très facile –à priori - à identifier chez des individus : on leur demande s'ils se considèrent droitier ou gaucher.

C'est là d'ailleurs que se situe la faiblesse de cette étude. On a certes la possibilité sur un très grand nombre d'individus de connaître et localiser des gênes par association. Mais quand on fait passer des questionnaires sur la latéralité, la réponse est complexe. On peut très bien effectuer certaines actions comme couper sa viande de la main gauche et taper dans un ballon avec le pied droit. L'auto-évaluation est souvent en contradiction avec l'observation. Néanmoins le grand effectif de cette étude va probablement noyer cette difficulté.

Ces quatre gènes sont très connus. Mais attention ces résultats ne signifient pas que nous aurons des mutations sur ces quatre gènes pour l'ensemble de la population. On a trouvé des gens chez qui cette différence de latéralité était associée à MAP2, à MAPT et ainsi de suite. Ces effets de gènes sont liés chacun à un seul gène dans une population, c'est ce qui est important. Seulement il y a une grande hétérogénéité, on est pas gaucher pour la même raison dans toute la population, cela varie selon les individus.

Les intérêts de cette étude dépassent-ils la simple identification de la source "gaucher/droitier" ?

Je serais effectivement tenté de raisonner plus loin sur ce point. La question de la latéralité est une question fondamentale que l'on se pose du point de vue de l'évolution. Comme le signalent très bien ces auteurs, il ne faut pas oublier que la préférence pour la droite se manifeste dès les premières observations manuelles de l'homme. Dans les grottes préhistoriques, les traces de mains que l'on observe sont toujours celles de la main droite.

Un autre point important est la liaison entre la préférence manuelle et le centre du langage. On utilise la main droite mais le centre du langage est situé côté gauche. C'est important sur deux points sur le plan fondamental car ça permettra d'une part aux spécialistes de l'évolution de savoir comment est apparu le langage chez l'humain, d'autre part de déterminer si certaines pathologies sont associées à l'utilisation préférentielle de la main gauche. Là il y a un certain nombre d'auteurs – dont ceux de cet article – qui montrent qu'il existe des troubles mentaux liés à cette préférence manuelle. Plus les gens présentent des troubles schizophréniques, plus la probabilité est grande d'être gaucher.

Enfin, pour le neurochirurgien, le point d'intérêt de ce type d'études est qu'il est important de savoir où se trouve le centre du langage lorsque vous devez intervenir sur le cerveau. La méthode la moins invasive pour cela est justement de savoir de quelle main se servent les gens. 

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