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Emmanuel Macron
Emmanuel Macron
©Reuters

De nouveaux enjeux

Les étranges voeux d’Emmanuel Macron pour l’environnement en 2020

Le collectif STA (Science-Technologies-Action) créé début 2019 par des scientifiques déplorent le fait que leur expertise soit oubliée dans les prises de décisions politiques. STA répond donc aux voeux 2020 du président Emmanuel Macron.

Gérard Kafadaroff

Gérard Kafadaroff

Gérard Kafadaroff, Ingénieur agronome, fondateur de l’AFBV (Association française de biotechnologies végétales), dernier ouvrage «OGM : la peur française de linnovation» Editions Baudelaire 2013

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Jean-Pierre Riou

Jean-Pierre Riou

Jean-Pierre Riou est issu de l'Éducation nationale et s'est spécialisé dans la problématique des énergies renouvelables depuis plusieurs années. Après de nombreux échanges avec des spécialistes de la question, économistes, ingénieurs, chercheurs, experts, il a publié de nombreux articles, dans L'Expansion, la Revue de l'Institut de Recherche Économique et Fiscale (IREF Europe) et Contrepoints.

Jean-Pierre Riou tient également un blog.

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Le Président Macron dans ses vœux au Français a déclaré :
«  2020 sera aussi l’année où un nouveau modèle écologique doit se déployer »
Le Collectif Science-Technologies -Actions souhaite apporter sa contribution à l’élaboration de ce nouveau modèle écologique annoncé.

Concernant l’énergie

Le Président Macron prône « une stratégie sur plusieurs années pour réduire nos gaz à effet de serre et lutter contre le réchauffement climatique ».
La France est faiblement émettrice de CO2 (0,9% des émissions mondiales) grâce à son parc nucléaire. La réduction programmée de la part du nucléaire va donc à l’encontre de l’objectif de réduction des GES, ce qu’a confirmé récemment le GIEC.
L’arrêt de la centrale de Fessenheim est prématuré et répond à une exigence des écologistes et non à un impératif de sécurité.
Quant aux énergies renouvelables (éoliennes et photovoltaïque) qui se prétendent une alternative au nucléaire, outre leur coût faramineux (121 milliards d’euros de charges restant à payer par la collectivité entre 2018 et 2046 pour les seuls projets engagés jusqu’en 2017 selon la Cour des comptes), leur production intermittente liée aux caprices de la météo les rendent difficilement pilotables, nécessitant  la mise en route de turbines à gaz en l’absence de vent ou de soleil et une restructuration du réseau électrique. Enfin et surtout elles ne réduisent en rien les émissions d’une électricité déjà décarbonée. Elles ne permettent pas plus de diminuer notre puissance en réacteurs nucléaires, qui doit rester disponible pour les périodes très froides, sans vent et sans soleil, si fréquentes en hiver sur toute l’Europe.
Concernant la peur entretenue sur le nucléaire, citons Yves Bréchet ancien Haut commissaire à l’énergie atomique : « Par kilowattheure produit, le nucléaire tue 1 700 fois moins que le charbon, 350 fois moins que le pétrole et 4 fois moins que le solaire ou l'éolien, … »
Le Président Macron défend « une politique nouvelle d’aménagement de nos paysages »  et invite à «redécouvrir le beau ». Peut-on alors espérer l’arrêt de l’implantation des éoliennes qui abîment nos paysages, créent des nuisances pour les riverains, détruisent les oiseaux et n’améliorent en rien le climat ?
La France, pays le plus visité au monde, défigurée pour d’inavouables raisons financières ? Veut-on imiter l’Allemagne dont les paysages ont été saccagés par l’implantation anarchique d’éoliennes ?
Rêvons que le nouveau modèle écologique revienne sur le choix aberrant de réduire la part du nucléaire de 70% à 50% d’ici 2035, alors que cette industrie stratégique était un fleuron du savoir-faire français que l’on sacrifie en arrêtant les programmes de recherche pour améliorer ses performances et sa sécurité. Arrêt de Superphénix hier, Astrid aujourd’hui, … afin de pouvoir acheter des panneaux photovoltaïques à la Chine et des éoliennes à l’Allemagne et au Danemark !
Le Président Macron peut-il impunément défendre des choix contraires à l’intérêt de la France ?

Concernant l’agriculture

L’agriculture est souvent présentée comme préjudiciable à l’environnement, justifiant des décisions répondant plus à des revendications partisanes qu’à des solutions techniques confirmées par les scientifiques. La transition écologique est le concept fourre-tout tenant lieu de politique se résumant surtout à la réduction des produits phytopharmaceutiques (dits pesticides) et à la promotion de l’agriculture biologique.
Le Président Macron déclare dans ses voeux « oeuver pour la biodiversité ».
L’agriculture, par nature et quelles que soient les techniques utilisées, a forcément un impact sur la biodiversité. Elle est aussi acteur de création de biodiversité à travers l’innovation variétale, la polyculture, l’implantation de haies et de bandes enherbées et surtout en développant les « techniques de conservation des sols » (TCS) alliant semis direct (aucun travail du sol) et couverture permanente des sols. En plus de leur bénéfice économique, les TCS présentent un grand intérêt écologique. Elles améliorent l’activité biologique des sols (vers de terre notamment) et leur fertilité (matière organique), elles offrent refuge et nourriture à la faune de surface. Elles limitent l’érosion, le nombre de passages de tracteurs et réduisent les émissions de CO2 dans l’atmosphère en séquestrant le carbone dans le sol. L’Université du Michigan l’évalue à 0,75 à 1,85 tonne par hectare et par an soit (1,1 tonne/ha/an pour le GIEC) soit 340 à 840 litres de carburant.
En maintenant de hauts niveaux de rendements, elles évitent la mise en culture de nouvelles terres permettant de compenser l’artificialisation des terres agricoles qui atteint 19 m2 par seconde (chiffres Ministère agriculture) ou de développer de nouveaux parcs naturels, véritables réserves de biodiversité.
Le Président Macron va-t-il demander à l’INRA de promouvoir ces techniques d’avenir peu développées en France ? Pour cela il faudra qu’il revienne sur sa décision non justifiée d’interdire le glyphosate dont une application annuelle à faible dose est indispensable ! Les alternatives au glyphosate se résumant surtout à un retour du travail mécanique émetteur de CO2, les arguments en faveur de cet herbicide ne manquent pas pour ceux qui échappent au discours anxiogène et partisan de la mouvance écologiste.
Enfin, pour s’éloigner de la chimie mal-aimée, n’en déplaise à nos neuf Prix Nobel de chimie français, le Président Macron sera-t-il plus ouvert aux sciences de la vie et aux biotechnologies végétales qui ouvrent de multiples perspectives pour répondre au défi écologique actuel ?
Un signal positif serait de réautoriser la culture du maïs transgénique Mon 810, seul OGM autorisé dans l’Union européenne et interdit en France (sauf pour l’importation !), permettant de supprimer des traitements insecticides et d’améliorer la qualité sanitaire du maïs (moins de mycotoxines cancérigènes) et surtout de donner accès aux nouvelles techniques génétiques (éditions de gènes) porteuses d’espoir pour disposer de variétés répondant aux défis de l’agriculture d’aujourd’hui et de demain.
Enfin, s’agissant de l’agriculture biologique (AB), activement promue par le gouvernement et la grande distribution alimentaire, sa contribution à la transition écologique est handicapée par sa moindre productivité pouvant se traduire par la mise en culture de nouvelles terres, un recours plus important au travail mécanique gourmand en carburant, l’emploi de pesticides «naturels» dont la nocivité n’est pas forcément plus faible que celle des pesticides de synthèse et un risque accru de contaminants biologiques. L’évaluation objective de l’AB reste donc à faire.

Attendons le nouveau modèle écologique du Président Macron !
S’appuiera-t-il sur la science et l’innovation ou cédera-t-il aux pressions de l’écologie politique ?
Le Collectif STA sera vigilant.

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