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Les Etats-Unis n'ont pas encore de président mais ils ont un nouveau visage
©Mandel NGAN

Election présidentielle américaine

Les Etats-Unis n'ont pas encore de président mais ils ont un nouveau visage

Au lendemain des élections, le gagnant du duel entre Trump et Biden n'est toujours pas connu et les votes par correspondance sont au coeur de toutes les discussions.

Jean-Eric Branaa

Jean-Eric Branaa

Jean-Eric Branaa est spécialiste des Etats-Unis et maître de conférences à l’université Assas-Paris II. Il est chercheur au centre Thucydide. Il est notamment l'auteur de Hillary, une présidente des Etats-Unis (Eyrolles, 2015), Qui veut la peau du Parti républicain ? L’incroyable Donald Trump (Passy, 2016), Trumpland, portrait d'une Amérique divisée (Privat, 2017),  1968: Quand l'Amérique gronde (Privat, 2018), Et s’il gagnait encore ? (VA éditions, 2018), « Joe Biden : le 3e mandat de Barack Obama (VA éditions, 2019) et la biographie de Joe Biden (Nouveau Monde, 2020). Son dernier livre : Kamala Harris, L'Amérique du futur, aux éditions Nouveau monde (septembre 2021).

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Gérald Olivier

Gérald Olivier

Gérald Olivier est journaliste et  partage sa vie entre la France et les États-Unis. Titulaire d’un Master of Arts en Histoire américaine de l’Université de Californie, il a été le correspondant du groupe Valmonde sur la côte ouest dans les années 1990, avant de rentrer en France pour  occuper le poste de rédacteur en chef au  mensuel Le Spectacle du Monde.  Aujourd’hui il est consultant en communications et médias et se consacre à son blog « France-Amérique ».

Il est aussi chercheur associé à  l'IPSE, Institut Prospective et Sécurité en Europe.

Il est l'auteur de Mitt Romney ou le renouveau du mythe américain, paru chez Picollec on Octobre 2012.

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Atlantico.fr : La nuit électorale n’a pas encore permis de déterminer un gagnant entre Trump et Biden, quel est désormais le scénario le plus crédible ?

Jean-Eric Branaa : Il y a quelques heures, le scénario qui s’annonçait comme le plus crédible c’était que Donald Trump attende les décomptes et devienne, peut-être, le Président et se succède à lui-même. En réalité, tout indiquait qu’il pouvait être le gagnant de cette soirée. Depuis, il a fait un vrai hold-up puisqu’il a annoncé qu’il voulait que tout s’arrête et qu’il irait devant les cours de justice. Les choses ont donc un peu changé. Quand on regarde d’un peu plus près la carte électorale, on se rend compte que pour Joe Biden, en réalité, la victoire n’est pas très loin puisqu’il lui suffit de gagner le Wisconsin et le Michigan et les deux sièges supplémentaires du Nebraska. Il arriverait à 270 et deviendrait président. C’est cela que Donald Trump a vu et veut empêcher tout prix. Tout le monde s’est focalisé sur la Pennsylvanie en disant qu’il y avait 400.000 voix d’écart alors qu'en réalité il y a une autre voie qui est beaucoup plus simple. Donc aujourd’hui c’est dans les recours que ça va se passer.

Gérald Olivier : La fameuse vague bleue attendue ne s’est pas matérialisée. Le vote de 2016 semble se confirmer. Les victoires obtenues par Trump en 2016 dans des états importants comme la Pennsylvanie, Michigan et le Wisconsin ne sont pas encore actées mais Trump s’y comporte mieux qu’il y a quatre ans et Biden y fait moins bien.

Un cas de figure en particulier pourrait permettre d’officialiser une victoire de Trump. Les états où Trump semble en tête, la Géorgie, la Caroline du nord, le Michigan, le Wisconsin, suffiraient à lui donner plus de 270 voix au collège électoral. Dans ce cas, le résultat de la Pennsylvanie n’aurait plus importance. Par contre s’il perd dans l’un des ces états la Pennsylvanie devient crucial. Or le résultat risque d’être long à obtenir dans cet état, d’autant qu’il est dirigé par un gouverneur démocrate.

L’électorat de Trump a marqué un certain nombre de points cette nuit. Il est en bonne voie mais ne peut pas prétendre avoir gagné. Il semble frustré que le décompte ait été interrompu dans un certain nombre d'états. Mais il faut bien que les gens aillent dormir. Demain le résultat devrait être un peu plus clair. Biden est en train de sous-performer, notamment dans le Michigan ou le Wisconsin. Le média de sondages 538 donnait jusqu'à 16 points d'avance dans le Wisconsin et Trump a actuellement il a 3 points d'avance.

Atlantico.fr : L’élection va-t-elle se jouer devant les tribunaux ?

Jean-Eric Branaa : Ils n’iront pas devant la Cour suprême directement car on n’y rentre pas comme dans un moulin. Il faut d’abord passer par le juge du contentieux des élections, comme celles-ci sont décentralisées ça se passe dans les cours des états. Une fois qu’on a une décision, à ce moment-là on peut faire un recours devant la Cour suprême. En réalité ce n’est pas ça que vise Donald Trump. Il veut empêcher que des états comme le Michigan ou la Pennsylvanie puisse envoyer leur liste de grands électeurs pour le 14 décembre. S’il y arrive d’une manière ou d’une autre, il bloquera la machine et à ce moment-là, c’est le Congrès qui décidera du nom du prochain président. La règle de la constitution américaine est assez simple. Dans ce cas très précis, c’est la Chambre des représentants qui élit le nouveau président avec une règle particulière : chaque état possède une voix. Or si on fait le décompte des états gagnés par Donald Trump cette nuit, il a plus d’états que Joe Biden donc ce serait lui qui deviendrait le nouveau président. Mais, vu ses déclarations de la nuit, il semble que Trump soit déterminé à aller jusque-là, à ce que le blocage soit très fort jusqu’au 6 janvier pour obliger le Congrès à bouger. Joe Biden lui a fait sa première déclaration avant Donald Trump et il avait vu venir cela puisqu’il a affirmé en déclaration préliminaire : « Ce n’est ni à moi, ni à Donald Trump de décider du sort de l’élection, c’est aux Américains. » Il souhaite qu’on comptabilise tous les votes et bien sur les votes par correspondance qu’il a en ligne de mire depuis le début de l’élection, et qui sont sa faiblesse.

Gérald Olivier : C'est tout à fait possible. Donald Trump lui-même a dit qu’il irait jusqu'à la cour suprême. Des avocats peuvent déposer des recours en Pennsylvanie, c'est pratiquement inévitable. Ces recours iront sans doute jusqu’à la cour suprême de l'état de Pennsylvanie, et si l'un ou l'autre camp fait appel, jusque devant la cour suprême. Mais il ne faut pas imaginer que la cour suprême va se ranger derrière le président simplement parce que trois de ses juges ont été nommés par lui. Par le passé, ils n'ont pas hésité à se démarquer et à prendre des décisions qui n'allaient pas dans le sens du président. 

Atlantico.fr : Est-ce l’importance du vote par correspondance qui a causé de la confusion dans les résultats ?

Jean-Eric Branaa : Oui en partie, les états qui sont en balance le sont à cause des votes par correspondance. Sinon on aurait les résultats dès ce matin. C’est ça qui a causé un délai et fait que les résultats n’ont pas pu être proclamés. Avec le vote par correspondance on peut avoir le résultat dans dix minutes, quelques heures ou quelques jours. Le plus long ce sera en Pennsylvanie qui a obtenu par la Cour suprême trois jours de délai supplémentaires pour enregistrer les votes déjà postés et leur laisser le temps d’arriver. Donc il va y avoir peut-être un résultat intermédiaire dans la nuit de mercredi à jeudi pour nous. Au pire ce sera dans trois jours.

Gérald Olivier : On était prévenus sur le vote par correspondance. Ce vote est majoritairement favorable aux démocrates. Reste à savoir si c’est suffisant pour combler le retard de Joe Biden, qui est de 600 000 voix en Pennsylvanie, sur 6 millions de suffrages exprimés. Il en reste un million et demi à dépouiller. On a des indications assez favorables à Donald Trump sur cet état mais ce vote par correspondance est un panier de crabes : de nouveaux bulletins pourraient arriver et créer la pagaille.

Atlantico.fr : Le prochain président, quel qu’il soit, souffrira-t-il d’un manque de légitimité ? Une crise démocratique est-elle à prévoir ? 

Jean-Eric Branaa : Ce qui affaiblit le président, quel qu’il soit, ce ne sont pas tant les recours de Donald Trump que la force du vote qui a eu lieu. Le camp Trump s’est sacrément mobilisé, il faut le reconnaitre et ça envoie un message au pays qui est très important : « nous ne sommes pas des hurluberlus et nous n’avons pas fait ce vote par hasard ». Donc il y a quelque chose à porter. Il y a une défiance vis-à-vis des hommes politiques, du politiquement correct, de l’entre-soi. Aujourd’hui beaucoup de citoyens cherchent d’autres façons d’être représenté et Trump a canalisé tout ça. C’est un message qui est important. Et puis il y a ce message de liberté opposé à celui de protection contre le coronavirus qui est apparu assez clairement. Face à l’enjeu clairement posé par Biden sur la Covid, certains ont répondu par l’économie, le travail, les emplois, la liberté, le fait que le gouvernement ne doit pas s’ingérer dans la vie. Tout s’est porté dans ce vote-là. C’est un vrai message que le prochain président devra décoder.

Atlantico.fr : Ne sommes-nous pas assez loin du scénario porté par les sondages qui donnait Biden gagnant avec une confortable avance ?

Jean-Eric Branaa : Ce n’est pas tout à fait vrai, c’est plutôt nous les analystes qui le lisions comme ça. Les sondages expliquaient que ce serait très court en termes d’avance sur la Caroline du Nord, la Floride, la Géorgie, le Texas, l’Arizona. Ils donnaient l’Arizona à Joe Biden et tous les autres plutôt à Trump, ça a fluctué et c’était dans la marge d’erreur. Depuis une semaine, il donnait l’Iowa à Trump avec 7 points d’avance et c’est exactement le résultat qu’il y a eu à la fin. La vraie différence elle est encore une fois sur les Etats de la Rust Belt : Michigan, Wisconsin, Pennsylvanie et là en revanche nous n’avons pas encore le résultat donc on ne peut pas savoir si les sondages se sont trompés ou non. C’est plutôt ce que les analystes en ont fait qui a été une erreur d’interprétation. 

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