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Pourquoi la route du succès économique de ce nouveau quinquennat passera nécessairement par la prise en compte des intérêts des entreprises intermédiaires
©Reuters

Poumon économique de la France

Pourquoi la route du succès économique de ce nouveau quinquennat passera nécessairement par la prise en compte des intérêts des entreprises intermédiaires

Les entreprises de taille intermédiaire (ETI) sont le plus souvent des fournisseurs pour de plus grandes structures. Implantées localement, elles ont une vision de long terme quant à leur développement. Un sondage effectué auprès des responsables d’ETI par l’institut Opinion Way montre les performances de ces sociétés en période électorale, ainsi que leurs perspectives sur le prochain semestre.

Patrick Bertrand

Patrick Bertrand

Patrick Bertrand est président de Passerelles et Compétences. Il est l'initiateur du groupe 5.0 qui rassemble les principales associations qui s'intéressent au bénévolat.Créée en 2002, Passerelles & Compétences (www.passerellesetcompetences.org)  association d'intérêt général  à but non lucratif qui a pour objectif de mettre le bénévolat et la solidarité au cœur de la société, et donner à chacun la possibilité de mobiliser et valoriser ses talents et ses compétences. Pionnière dans le développement du Bénévolat de Compétences en France, elle regroupe aujourd'hui, plus de 6500 bénévoles qui s’engagent auprès de 2200 associations humanitaires et solidaires dans des missions ponctuelles, compatibles avec une activité professionnelle à temps plein. 

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Atlantico : Quelles sont les principales caractéristiques des ETI, et quels sont les enjeux actuels auxquelles celles si sont confrontées ?

Patrick Bertrand : Chacun connait bien maintenant la définition normalisée d’une ETI (entreprise qui a entre 250 et 4999 salariés, et soit un chiffre d'affaires n'excédant pas 1,5 milliards d'euros, soit un total de bilan n'excédant pas 2 milliards d'euros). Elles représentent en France 5.000 entreprises, 23% de l’emploi salarié, 39% du PIB, et 34% des exportations, et constituent l’ossature industrielle de nos territoires (41% des salariés dans l’industrie, 650.000 emplois industriels dans les territoires). Autre caractéristique, 75% des ETI sont familiales ou patrimoniales (*). Mais il y a en France deux fois moins d’ETI qu’en Allemagne ou en Grande-Bretagne.

 

Il faut en moyenne 21 ans pour qu’une PME devienne une ETI ! Alors quelles pistes d’action pour faire croître nos ETI et le nombre de PME en capacité de devenir une ETI ? De nombreux rapports pointent quelques axes majeurs :

 

- Les ETI ont une forte activité de sous-traitance auprès de nos grands groupes. Il faut mettre en œuvre un cadre propre à développer des relations harmonieuses entre donneurs d’ordre et sous-traitants

- Soutenir l’innovation notamment en sanctuarisant et en fléchant mieux le crédit d’impôt-recherche (CIR) vers les PME et ETI

- Mieux diriger la commande publique vers ces entreprises. Que de proses pour expliquer que les dispositions de l’OMC et du code des marchés publics rendraient très difficile une action dans ce sens. De très nombreux pays, notamment les Etats-Unis (small business act) ont mis en œuvre ce type de dispositifs. Ce ne serait donc pas possible en France, même si des progrès ont été faits dans ce sens ?

- Accélérer la dynamique de Business France dans l’accompagnement du développement international de ces entreprises

 

Nous avons là une sorte de carré magique qui est bien en phase avec les principaux enjeux de nos ETI : Sous-Traitance harmonieuse, Innovation, Commande publique et Développement international.

(*) source METI http://www.asmep-eti.fr/wordpress/ 
 

Bien qu’une majorité de dirigeants de PME-ETI ne voit pas d’impact de la période électorale sur leur activité, une part non négligeable juge que cette période est négative pour eux, entraînant parfois des reports de décisions, notamment dans les choix stratégiques. Qu'attendent les ETI du prochain quinquennat ? Quelles en sont les priorités ? 

Fondamentalement, et c’est vrai pour toutes les entreprises, nous avons, avant tout, besoin de STABILITE du cadre légal, réglementaire et fiscal. Dans une économie de marché, le rôle de l’Etat est de définir le cadre, les règles du jeu, en quelque sorte le décor dans lequel les acteurs (les entreprises) vont jouer la pièce. Imaginons une pièce de théâtre jouée avec un changement permanent et parfois contradictoire du décor de la scène ! Arrêtons cette frénésie de réglementation qui conduit nos parlementaires à courir à l’assemblée à chaque problème survenu ou aux gouvernements successifs de se distinguer en contribuant à alourdir encore plus le corpus légal et administratif, quand ce n’est pas pour défaire ce qu’a fait le précédent, même si ce qui avait été mis en place auparavant avait du sens.

Le deuxième point majeur est d’admettre, enfin, que nous ne sommes pas « seuls au monde ». Right or Wrong, chaque pays est devenu un acteur de la communauté des nations, même si chacun conserve ses spécificités, et notre pays n’a pas  rougir de cela. Dans le domaine économique, et c’est encore plus vrai à l’heure du numérique, les frontières n’existent pas, ce qui ne veut pas dire que ce sujet n’existe pas dans le domaine de la circulation des personnes. Dès lors, notre pays a besoin d’être compétitif sur le plan fiscal, légal et réglementaire. L’ignorer, c’est mettre des semelles de plomb aux chaussures du sprinter qu’est tout entrepreneur, alors que ses compétiteurs ne courent pas avec le même handicap. Des différences peuvent exister, sans nul doute, mais pas avec l’écart-type considérable qui existe aujourd’hui avec nos principaux compétiteurs en matière de prélèvements obligatoires (Impôts sur les sociétés, Taxes, coût du travail) et de réglementation et normes.

Enfin, et c’est un crève-cœur que de le dire, force est de constater que dans tous les classements (PISA, TIMSS), la France recule nettement, quand elle n’est pas au fond du tableau, dans le domaine de l’Education et de la Formation. Outre le fait que notre école est pointée maintenant comme l’une des moins inclusives de l’OCDE (dans le pays de Jules ferry !), il nous faut enfin admettre que, passée la phase essentielle d’apprentissage des basiques (Lire, Ecrire, Parler, Compter), l’école et le monde de la formation (Public, Privé et Professionnel)  sont là pour former à un métier et non à un diplôme. Nous devons impérativement accélérer l’adaptation de nos cursus de formation pour répondre aux besoins considérables de compétences nouvelles qu’impose le rythme de la digitalisation de nos économies, facteur majeur de compétitivité pour nos entreprises. La « guerre des talents » n’est pas qu’un slogan, c’est une réalité !

L’indice d’investissements se maintient à un très bon niveau (116 points par rapport à 2014) depuis le début d’année 2017 : 82 % voient positivement les prochains 6 mois pour leur entreprise. 73 % estiment être en ligne avec leurs objectifs de début de l’année. Quelle sont les raisons qui poussent les ETI à investir ? En quoi l'accélération de la reprise, en ce début d'année 2017, participe-t-elle de ce phénomène ? 

La première raison, c’est presque une tautologie de le dire, est que nous avons en France des entrepreneurs et managers de très bon niveau, qui ont su sortir de leur statut de PME en prenant les risques qu’implique la transition vers une entreprise ouverte vers l’international. Le dirigeant d’une ETI sait bien que le salut vient de la capacité de son entreprise à continuer à investir pour conquérir de nouveaux marchés, lancer de nouveaux produits, améliorer sa compétitivité coûts et offre. Aller de l’avant ou dépérir, les dirigeants de nos ETI vivent cela en permanence.

Le deuxième point est très lié à l’enjeu majeur que représente la digitalisation de l’économie. Risque, bien sûr, tant il est possible aujourd’hui de voir émerger très rapidement un compétiteur qui s’est approprié le digital pour faire le même métier, et de voir sa compétitivité coûts s’écrouler si l’entreprise ne s’est pas appropriée le digital pour améliorer sa productivité. Mais opportunité aussi, en changeant son business model et/ou en réduisant ses coûts, d’accélérer car, au fond, lorsqu’une entreprise possède un véritable savoir-faire et une base de clients fidèles, elle dispose déjà les principaux atouts dont rêve tout entrepreneur de start-up. Force est de constater qu’enfin, ce processus de transformation numérique des entreprises, qui avait pris du retard en France, est maintenant en phase de forte accélération, ce qui sous-tend le niveau d’investissements. Il était temps !

Enfin, le facteur « confiance » est décisif dans la dynamique entrepreneuriale. La croissance en France, même si la tendance s’améliore, reste « poussive », et ce n’est pas le cas chez nos principaux partenaires européens et mondiaux. C’est un signe positif pour le dirigeant d’une ETI qui n’est pas concentré uniquement sur son marché domestique et qui compte sur cette dynamique transnationale pour accélérer son développement. Mais sans doute, devrons-nous attendre pour confirmer ce début de dynamique de l’investissement, le résultat des élections en France qui génèrent un vrai sentiment d’inquiétude chez les dirigeants, tant a pris de l’importance chez nos concitoyens la tentation du « repli sur soi » attisée par des discours qui surfent sur leur peur du lendemain et du déclassement.

 

 

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