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Rien à l'horizon

Les entrepreneurs, grands orphelins de la présidentielle 2017 (surtout chez Les Républicains)

Pour les entrepreneurs, l'élection présidentielle va constituer un dilemme coriace. Pour qui voter, alors qu'aucun candidat ne semble avoir compris les préoccupations des 2,5 millions de Français qui dirigent une entreprise ?

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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Quelles sont les préoccupations majeures des entrepreneurs?

Contrairement à d'autres groupes sociaux où les attentes sont plus diffuses, les entrepreneurs ont globalement une conscience assez homogène de leur vision politique. Le dernier baromètre Fiducial l'a montré : les entrepreneurs considèrent à 81% que la fiscalité est inéquitable, et à plus de 90% que les prélèvements sociaux sont trop élevés.

Les "indépendants", comme on dit, sont donc unis par une vision structurée de la situation politique. Ils plaident globalement pour une réforme fiscale profonde, et à une très écrasante majorité, pour une remise à plat radicale du financement de la protection sociale. Ce point mérite d'être marqué, car il prouve que l'attente des entrepreneurs est grande sur les questions liées au bien-être commun, et pas seulement sur les problèmes patronaux immédiats.

Un point exclu des programmes politiques

Sur la question du financement de la protection sociale, qui est la plus importante et la plus unanime pour les entrepreneurs, la déception vis-à-vis des programmes politiques avancés jusqu'ici est immense. En particulier du côté des Républicains où aucun candidat ne semble décidé à prendre le taureau par les cornes. Tout se passe comme si la droite française, face au fameux "modèle social" français, était prise des mêmes tremblements que la poule face au couteau.

Cet immobilisme ou ce manque d'imagination sont d'autant plus consternants que la sécurité sociale apporte de moins en moins de services pour un coût de plus en plus élevé. Après les absurdes réformes portées par Marisol Touraine, qui ont beaucoup dégradé des bienfaits déjà contestables du système, on aurait pu s'attendre à plus d'audace.

Le dommageable silence sur le RSI

Dans ces questions de protection sociale, on ne peut évidemment pas ignorer qu'un point fondamental porte sur l'avenir du RSI. Pour tous les entrepreneurs, le RSI est devenu le synonyme du désamour que la France leur porte et de cette insane obsession de faire entrer un monde rond - celui de l'économie française - dans le carré étroit d'un système de protection sociale complètement dépassé. Par un populisme imbécile, Jean-Pierre Raffarin, aidé de deux funestes accolytes, Jean-Pierre Bas et Renaud Dutreil, avait décidé de créer une caisse unique là où existait une diversité approximative. Cette opération s'est traduite par un désastre financier (plusieurs centaines de millions d'euros engloutis dans des erreurs administratives) et sociétal (des dizaines de milliers d'entrepreneurs déclarés "libérés de la Sécu" après de folles tracasseries administratives). Que propose la droite, aujourd'hui, pour réparer le mal commis à cette époque?

Rien.

Rompre avec la déresponsabilisation française

Tous les entrepreneurs français le savent: la société se déresponsabilise chaque jour un peu plus. Là encore, la protection sociale exprime très bien cette perte de repères qui domine la France contemporaine. La Sécurité sociale est synonyme de "rasage gratis". Je suis immatriculé à ma naissance, donc j'ai droit, sans payer. L'accroissement, année après année, du "trou" de la Sécurité sociale prouve que les gouvernements qui se succèdent préfèrent recourir aux expédients pour préserver la paix sociale, plutôt que de révéler la vérité des prix. En principe, tout déficit de la Sécurité sociale devrait entraîner une augmentation de la Contribution au remboursement de la dette sociale. Aucun gouvernement n'ose mettre en branle ce mécanisme, et préfère maintenir la fiction selon laquelle la France peut continuer à "s'assurer" sans augmenter ses tarifs.

Là encore, aucun candidat de droite ne propose de véritable solution pour instaurer un mécanisme automatique d'affichage des prix réels de la sécurité sociale.

Se souvenir de la résistance française à la Sécu

S'agissant des entrepreneurs, il ne serait pourtant pas absurde que la droite manifeste un minimum d'attention vis-à-vis de leurs problématiques. Souvenons-nous qu'en 1946, le gouvernement avait prévu d'étendre le régime général aux entrepreneurs. Face à leur bronca, il avait reculé, et les indépendants avaient conservé leur régime spécial. Il a fallu un gouvernement de droite, truffé de conseillers d'Etat, pour qu'en 2005 le régime général répare la reculade de 1947. Il ne faut jamais oublier que, pendant soixante ans, les indépendants ont obstinément refusé une sécurité sociale pourtant présentée comme idéale.

Pourquoi ne pas mettre un terme à l'expérimentation hasardeuse tentée en 2005?

Une méthode simple à suivre

Les candidats républicains marqueraient des points importants auprès des entrepreneurs s'ils adoptaient deux mesures simples sur un sujet sensible.

Première mesure: il faut supprimer le monopole du RSI sur la protection sociale des indépendants. Ceux-ci doivent pouvoir s'assurer là où ils le souhaitent, pourvu qu'ils s'assurent. L'obligation d'assurance n'exclut pas la liberté de choix de l'assureur. Pour les 2,5 millions d'entrepreneurs de France, cette mesure ouvrirait une importante voie: celle de l'échappée loin des tracasseries du RSI.

Deuxième mesure: accorder une amnistie pour tous ceux qui sont d'ores et déjà sortis du RSI. Les dizaines de milliers d'émules de la "libération" sociale sont en effet exposés aujourd'hui à des poursuites. Il faut les sécuriser juridiquement.

Ouvrir le débat de la fiscalisation de la Sécurité sociale

Ces deux mesures ci-dessus constituent un préalable, une sorte de "fondamental". Idéalement, un candidat marquerait des points s'il les complétait par une réforme du financement de la Sécurité sociale, fondée sur un principe simple: moins de cotisations et plus d'impôts. La Sécurité sociale française a en effet l'ambition d'être "solidaire". Or la solidarité est une prérogative de l'Etat, et donc de l'impôt. Elle ne peut s'appuyer sur des cotisations qui pénalisent le travail.

Cette cohérence dans le financement est d'autant plus nécessaire qu'avec plus de 3 millions de chômeurs, la France ne peut éternellement s'offrir le luxe de faire peser sur le travail (et sur les employeurs) le poids de la solidarité pour tous, alors que plus aucun de ses voisins ne pratique de la sorte. Il faut choisir: ou l'on veut relancer l'emploi, ou on le pénalise. Mais on ne peut mener de front les deux ambitions.

La solution à cette situation s'appelle la fiscalisation de la Sécurité sociale. On aimerait en trouver les germes dans les programmes des Républicains.

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