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Au moins 800.000 migrants sont attendus cette année en Allemagne.
©Reuters

Große Panik

Les cartes Eurostat qui montrent comment l’Allemagne commence à paniquer au sujet de l’immigration

Chute de Merkel dans les sondages, incendies criminels de foyers de migrants, regain des manifestations de Pegida… De plus en plus d'Allemands craignent l'arrivée de centaines de milliers de migrants.

C'était trop beau pour être vrai. Début septembre, la chancelière allemande Angela Merkel déclarait les frontières ouvertes, les allemands accueillaient dans la liesse les réfugiés : face à la "xénophobie" des autres pays européens, les médias mettaient en avant des dizaines d'actions de solidarités des Germains. Un élan soutenu par la population : dans un sondage publié le 3 septembre par la chaîne ARD, 95 % des Allemands se félicitaient du mouvement de solidarité provoqué par l’afflux de réfugiés. 45 % des Allemands jugaient que l’immigration offre "plutôt des avantages pour le pays", contre 33% qui pensaient l'inverse.

Presque deux mois plus tard,  le bloc conservateur qui soutient Angela Merkel est retombé à son niveau d'il y a trois ans, selon un sondage Emnid publié dimanche, dans un contexte où la CSU, l'allié bavarois de la CDU, la formation de la chancelière, a intensifié ses critiques sur sa gestion de la crise des réfugiés. 

Des données d'Eurostat, l'institut statistique de l'Union européenne, montrent que la question de l'immigration a fait son entrée dans le débat public allemand.

Eurostat a interrogé, entre le 3 et le 23 septembre, 62511 personnes. Il leur a été demandé, entre autres, quelles sont les deux défis importants auxquels leur région fait face.

Le pourcentage de ceux qui ont répondu "l'immigration" apparait sur cette carte (cliquez dessus pour l'agrandir) :

L'Autriche et l'Allemagne apparaissent comme les deux pays les plus inquiets. A l'exception de deux Lander, les sondés allemands sont plus de 35% à citer l'immigration. Et dans deux Lander, ils sont plus de la moitié : 60% en Bavière et 58% dans le Baden-Württemberg. La Bavière est le principal point d'entrée des migrants en Allemagne : elle a reçu, en septembre, plus de 225.000 réfugiés et les autorités du Land ont atteint leurs limites en termes d'hébergement et de prise en charge.

Une autre carte est encore plus inquiétante pour Angela Merkel et montre que cette inquiétude des allemands n'est pas due à une xénophobie congénitale, mais bien à une réaction à la situation actuelle : elle compare l'inquiétude des sondés sur la question de l'immigration par rapport à l'année 2012.

Là encore, l'Allemagne fait figure de voyant rouge. Avec la Hongrie et la Suède, l'Allemagne est le pays où l'inquiétude a le plus monté en trois ans.

Selon un sondage de la chaîne publique allemande ARD, publié le 2 octobre, 51% des Allemands se disent inquiets face à l'afflux de migrants. Par rapport à la même étude réalisée en septembre, ce sont 13% de plus d'Allemands qui expriment leur crainte.

Cette crainte ne s'exprime pas que dans les sondages. Jeudi, la police allemande a annoncé avoir empêché des incendies criminels de foyers de migrants et des actes de violence fomentés par la mouvance d'extrême droite, après l'interpellation d'une dizaine de personnes. Plus de 500 actes xénophobes ont été recensés depuis le début de l’année en Allemagne, selon un rapport de l’Office fédéral de police criminelle (BKA, services de renseignement intérieurs).

"La majorité des agressions ont été perpétrées contre des bâtiments, faisant de gros dégâts matériels, mais on peut s’attendre à ce qu’à l’avenir des personnes soient directement visées", estiment les renseignements allemands.

Le mouvement Pegida, mais aussi le parti Alternative pour l'Allemagne (Alternative für Deutschland, AfD), reprennent aussi de la vigueur. "Pegida et l'AfD ne font qu'exprimer avec brutalité ce que d'autres disent aussi, de façon un peu plus civilisée, dans les rangs des autres partis, en particulier des chrétiens-démocrates qui reprochent à leur présidente, Angela Merkel, d'avoir lancé aux réfugiés syriens "un mauvais signal au mauvais moment" alors que l'Allemagne n'aurait pas les moyens d'accueillir durablement autant de réfugiés. Le principal argument consiste donc à dire que la "barque est pleine" et qu'à accueillir d'autres réfugiés, elle ne pourra que sombrer", explique à Atlantico Jérôme Vaillant, professeur émérite de civilisation allemande à l'Université Charles-de-Gaulle Lille 3 et directeur de la revue Allemagne d'aujourd'hui. 

"On assiste aujourd'hui en Allemagne non pas à un renversement de l'opinion, mais à un débat controversé sur la bonne politique à mener et avec quels moyens face à des mouvements migratoires auxquels le pays, à l'inverse de la France, sait ne pas pouvoir échapper. Il y va des aides financières réclamées au gouvernement fédéral par les Länder et les municipalités sur lesquelles repose l'essentiel des efforts à entreprendre pour accueillir et intégrer les réfugiés.  Ce débat, à bien des égards, plus technique que politique, se conforme à une sorte de rituel bien huilé dont il ne faudrait pas surestimer l'importance", poursuit-il.

Pour autant, Jérôme Vaillant rappelle que "l'islamophobie comme la xénophobie est en Allemagne comme dans d'autres pays d'Europe l'expression d'une peur classique de l'autre, ce qui fait que les Allemands ne sont pas en soi fondamentalement différents des autres sociétés européennes - à ceci près, qui n'est pas négligeable, que les expériences malheureuses de leur histoire leur ont fait apprendre leurs leçons."

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