Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
International
Pour beaucoup d'Espagnols, ce procès de corruption est la preuve de ce qu'ils ont longtemps soupçonné : des membres de la famille royale profitent de leur position pour gagner de l’argent.
©

THE DAILY BEAST

Le roi et la reine d'Espagne ont reçu un cadeau de Noël précoce qui pourrait sauver leur couronne

Le verdict du procès pour corruption impliquant l'infante Cristina, la sœur du roi d'Espagne, et son mari est retardé. L’affaire menace la monarchie espagnole.

Tom Sykes

Tom Sykes

Tom Sykes est écrivain et journaliste, auteur du blog "The Royalist" pour The Daily Beast. Il a collaboré à de nombreuses publications, et a fait un passage au New York Post comme reporter nighlife et éditorialiste people. Il a écrit plusieurs livres, et a récemment aidé John Taylor de Duran Duran à écrire son autobiographie chez Dutton. Tom vit à Londres et en Irlande.

Voir la bio »

The Daily Beast par Tom Sykes

La monarchie espagnole est passée d'une crise à l'autre au cours des dernières années, mais la semaine dernière, enfin, une bonne nouvelle.

Le magistrat chargé de rendre un jugement dans le procès de corruption de la sœur du roi, l'infante Cristina, et de son mari, Iñaki Urdangarin, a demandé et obtenu un délai de trois mois supplémentaires. L'infante et son mari sont accusés d’avoir détourné jusqu'à 8 millions de fonds publics via des contrats de leur supposée fondation sportive sans but lucratif.

El Mundo qualifie ce délai de "don de Dieu" pour les Urdangarin. Le retard de la justice est également bienvenu pour le roi Felipe et son épouse Letizia, qui essayent de mettre en place ce qui est appelé par les conseillers royaux "un pare-feu" entre la famille royale et la sœur inculpée.

Le roi a déjà privé Cristina et son mari de leurs titres de duchesse & de duc de Palma, tandis qu’elle n'est plus acceptée dans les réunions officielles ou familiales.

Cristina reste, cependant, en sixième position dans l'ordre de succession au trône. "Les classes supérieures les détestent et les classes inférieures les détestent aussi", dit un espagnol de la bonne société à propos des Urdangarin. "Ils sont tout simplement considérés comme des gens horribles. Il existe un risque réel que leurs malversations retombent sur la monarchie. Tout le monde attend de voir ce qui va se passer".

Pour beaucoup d'Espagnols, ce procès de corruption est la preuve de ce qu'ils ont longtemps soupçonné : des membres de la famille royale profitent de leur position pour gagner de l’argent.

Le grand-père de Juan Carlos, Alphonse XIII, dont l'image quand il était bébé ornait la monnaie espagnole à la fin du 19ème siècle, est né après la mort de son père qui avait fui le pays pendant la guerre civile en 1931 après avoir abandonné ses terres et la majorité de sa fortune.

Lorsque Juan Carlos est monté sur le trône sous Franco en 1975, il disait être totalement ruiné. Mais maintenant, sa fortune personnelle est estimée à près de 2 milliards.

Urdangarin a publié une déclaration quand le scandale a éclaté : "La Maison du Roi n’a jamais conseillé, autorisé ou soutenu mes activités", mais beaucoup d'Espagnols ne le croient tout simplement pas.

Un sondage montre que la moitié des personnes interrogées pensent que le vieux roi, Juan Carlos, a aidé son beau-fils.

L'abdication de Juan Carlos en 2014 a contribué à calmer un peu le scandale. Son successeur, son fils, Felipe VI a besoin de séparer son image de celle de sa sœur et il essaie de faire de même avec son père. Juan Carlos, qui a maintenant 78 ans, était un coureur de jupons légendaire et un bon vivant. La journaliste et écrivain espagnole Pilar Eyre affirme dans son livre La soledad de la reina: Sofía una vida (La Solitude de la Reine), que l'ancien roi - qui a épousé sa femme, la reine Sofia en 1962 – a eu plus de 1500 amoureuses.

Être un Don Juan royal était quelque chose que la culture machiste espagnole avait trouvé relativement facile à pardonner, d'autant plus que Juan Carlos choisissait habituellement des femmes du même niveau social que lui.

Il a finalement a démissionné en juin 2014 en faveur du vertueux Felipe VI, après que des informations fâcheuses à propos d'un safari africain sont sorties dans la presse.

Une mauvaise publicité dans un pays où le chômage des jeunes dépasse les 50%. Le pays était au bord de la faillite, et pendant ce temps le roi s’amusait.

Ceci alors qu’en coulisses, une autre crise persistait. La fille favorite de Juan Carlos, l’infante Cristina, et son mari Urdangarin, un ancien joueur de handball de niveau olympique, ont été accusés d'une escroquerie estimée à 8 millions d'euros. Ils avaient, selon les procureurs, surfacturé des collectivités pour organiser des manifestations sportives.

La famille royale a toujours espéré que l’accusation serait abandonnée, mais, grâce à un procureur tenace de Palma de Majorque, il est devenu évident que l'affaire irait jusqu’au tribunal, à la stupéfaction générale.

Urdangarin est accusé d'avoir utilisé ses relations avec la royauté pour remporter des contrats publics surfacturés pour organiser des manifestations sportives et d'autres événements. Il a ensuite transféré une partie de l’argent dans une entreprise, qu’il dirigeait avec Cristina, pour financer un style de vie somptueux, qui comprenait l'achat d'un appartement de 7 millions d'euros à Barcelone en 1999.

Le verdict devait initialement être rendu en octobre, mais les Urdangarin ont maintenant un sursis temporaire : la semaine dernière, le magistrat en charge de l'affaire a obtenu une prolongation jusqu'au 31 mars 2017 pour conclure sa procédure, selon les médias espagnols. Urdangarin est accusé de neuf délits, y compris fraude et évasion fiscale, il risque une peine maximale de 19 ans de prison.

L'infante Cristina, elle, risque huit ans d'emprisonnement si elle est jugée coupable. Un scénario moins probable, car Cristina est seulement accusée de complicité de fraude fiscale, et elle a fait valoir que, comme femme au foyer, elle ne connaissait pas en détails les activités professionnelles de son mari.

Personne n’a d’informations sur le contenu de la future décision du juge, mais un verdict de culpabilité pour Urdangarin serait extrêmement embarrassant pour Felipe et son épouse la reine Letizia, qui ont travaillé sans relâche (et avec un certain succès) pour redresser l’image de la maison royale depuis que Felipe est arrivé au pouvoir en 2014. Ces quelques mois supplémentaires pour renforcer le "pare-feu" entre le roi et sa femme face à Cristina sont certainement vus comme un cadeau du ciel totalement inespéré.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !