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Jeffe Bezos, propriétaire du Washington Post.
Jeffe Bezos, propriétaire du Washington Post.
©Reuters

Le buzz du biz

Le Monde et la révolution Bezos au Washington Post : la concentration du secteur des médias ne fait que commencer

Dans des médias comme Le Monde, qui vient de lancer une nouvelle formule, il ne suffit pas de se tourner vers le numérique. Il faut produire du contenu de qualité qui puisse être valorisé, à l'image de ce que met en place le propriétaire du Washington Post Jeff Bezos et son groupe Amazon. Décryptage comme chaque semaine dans votre chronique du "buzz du biz".

Erwan Le Noan

Erwan Le Noan

Erwan Le Noan est consultant en stratégie et président d’une association qui prépare les lycéens de ZEP aux concours des grandes écoles et à l’entrée dans l’enseignement supérieur.

Avocat de formation, spécialisé en droit de la concurrence, il a été rapporteur de groupes de travail économiques et collabore à plusieurs think tanks. Il enseigne le droit et la macro-économie à Sciences Po (IEP Paris).

Il écrit sur www.toujourspluslibre.com

Twitter : @erwanlenoan

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L’événement de la semaine, dans le monde médiatique, c’était la nouvelle "formule" du journal Le Monde. Rendez-vous compte : un format plus aéré ! Pour le lecteur, c’est a priori, l’innovation la plus marquante (avec la suppression du supplément "TV"…). En réalité, le "quotidien de référence" amorce, enfin, une évolution nécessaire : le rapprochement du web et du papier.

En interne, ce changement a été accompagné d’une refonte des process qui a engendré un flot de tensions sociales. La directrice, Nathalie Nougayrède avait dû démissionner en mai. Le mois dernier, les salariés ont même coupé l’électricité pendant une heure, pour marquer leur désapprobation.

L’objectif du Monde est de rétablir sa rentabilité. Noble cause : sur le marché, personne n’échappe à cet impératif ; et dans un secteur largement subventionné par l’Etat, de bons résultats financiers sont également une garantie d’indépendance et de liberté.

L’évolution en cours du journal doit être saluée, évidemment : elle peut marcher - le Financial Times a réussi cette transition. Mais, à regarder ce qu’il se passe ailleurs dans le monde, force est de constater qu’il ne peut s’agir que d’une première étape dans un long, très long périple.

Car pendant que Le Monde se repoudrait le nez, Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon, continuait sa révolution de la presse américaine. Il y a un an, il rachetait le Washington Post ; à l’époque le "WaPo" était au plus mal perdant argent et lecteurs. Nous en avions parlé ici (en avril), en soulignant que l’événement n’était pas isolé : Pierre Omidyar le fondateur de eBay s’est lancé dans l’aventure journalistique, comme Ezra Klein qui a créé le site Vox.

L’aventure du WaPo semble repartie de plus belle ! En un an, le lectorat aurait augmenté de 63 % ! Au sein de la rédaction, l’optimisme et l’enthousiasme seraient les attitudes les mieux partagées. Surtout, cette semaine, Bloomberg Businessweek a révélé que désormais toutes les tablettes Kindle (Amazon) seront équipées gratuitement avec l’application du WaPo. Cette innovation est le fruit d’un long travail, le projet Rainbow, dirigé au sein du journal par Kerry Lauerman (ancien du site salon.com).

Pour Bloomberg, cette démarche témoigne de la volonté de Jeff Bezos de lier toujours plus le journal papier à ses activités en ligne et plus encore avec Amazon. Et pour cause, le groupe qui était à l’origine une plateforme de vente de livres en ligne, se tourne désormais toujours plus vers la production de contenus : des livres (Amazon permet notamment aux auteurs inconnus de publier leurs propres productions), de la télévision (avec Lovefilm qui propose des locations de films et se lance dans la production) et maintenant le WaPo.

Ce que montre la stratégie de Jeff Bezos, c’est que le plus important n’est probablement pas le support (tablette, smartphone ou quotidien papier), mais le contenu. Avec la diffusion des technologies, les concurrents sont toujours plus nombreux pour produire des "devices" ; c’est donc plutôt du côté des contenus que se trouve la valeur ajoutée. N’en déplaise aux grognons de la culture en France, Amazon devrait donc encore plus renforcer sa contribution à la création et la diversité culturelles.

Parvenir à cet objectif ne sera pas aisé pour un géant du web. Elle sera également difficile pour un journal comme Le Monde (mais il faut se rassurer, une étude de l’Université de Chicago a montré que la publicité sur internet permet de financer du journalisme de qualité). Dans la télévision, le groupe Canal Plus poursuit résolument cette stratégie d’intégration verticale, allant de la production de contenus jusqu’au consommateur, en fabriquant ses propres séries – comme le fait Netflix avec House of Cards par exemple.

Dans les médias aujourd’hui, il ne suffit donc pas de se tourner vers le numérique, il faut produire du contenu de qualité qui puisse être valorisé ; et pour parvenir à réaliser cette stratégie, il vaut mieux être intégré dans un groupe média solide. La concentration dans le secteur des médias ne fait que commencer.

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