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©PHILIPPE LOPEZ / AFP

Secteur en mutation

Le monde des voyages tel que nous l’avons connu avant le Coronavirus est-il disparu à jamais comme le redoute le fondateur de Airbnb ?

Selon le co-fondateur de Airbnb, le voyage tel que nous l'avons connu en janvier ne devrait jamais revenir. Le monde du voyage a-t-il réellement disparu ? Les voyageurs vont-ils choisir des destinations plus proches de chez eux et rurales afin d'éviter les grandes villes ?

Guy Raffour

Guy Raffour

Guy Raffour est président du cabinet d'audit Raffour Interactif spécialisé dans le tourisme.

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Florian Colas

Florian Colas

Florian Colas, co-fondateur et directeur de la publication de Generation Voyage, le média qui s'adresse aux voyageurs à la recherche d'idées, conseils et inspiration pour leur prochaine destination. Créé en 2013 et indépendant, Generation Voyage est spécialisé dans les conseils et les idées de visites et d'activités à faire en France et en Europe.

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Atlantico.fr : Selon le co-fondateur de Airbnb, le voyage tel que nous l'avons connu en janvier ne devrait jamais revenir. Le monde du voyage connu dans le monde pré-coronavirus a-t-il disparu ?

Guy Raffour : Il y a des changements. C’est une transition, ce n’est pas une rupture. Le tourisme est particulièrement impacté par la crise sanitaire car il est fondé sur le déplacement et la liberté d’aller et venir. Le secteur du tourisme est un triptyque.

Concernant les voyages d’affaires, la transition était déjà initiée avant la crise sanitaire, ceci dû aux changements de modes de déplacement prenant en compte des aspects sécuritaires, une  fréquence d’événements climatiques en hausse et l’émergence des enjeux environnementaux. Tous ces changements se sont accélérés. 

Les organisations vont réfléchir au cas par cas au remplacement des entretiens physiques par des face à face virtuels en visioconférence. Cependant le voyage d’affaires sera toujours nécessaire pour manager des équipes, gérer des fournisseurs, rencontrer des clients stratégiques, évaluer telle ou telle offre technique, jauger des aspects physiques… . Il sera non seulement assorti d’une réflexion sur la nécessité du déplacement mais aussi soumis à une rationalisation des coûts et du temps de travail.

Le tourisme de congrès est très impacté par la crise sanitaire mais il reviendra à un bon niveau, avec davantage de sélectivité pour des événements incontournables en rencontres ou en visualisation de produits. Ce secteur aura à prendre en compte tous les aspects post crise sanitaire en termes de sécurité et d’appréhension des voyageurs.

Quant au tourisme de loisir, son essence même se trouve dans le lieu de séjour et il nécessite un déplacement. Avant la crise sanitaire on avait déjà observé dans notre Baromètre annuel, de nouvelles tendances de consommation touristique des Français : davantage de "slow tourisme", où l’on ne court pas partout pour voir des lieux très fréquentés et à toute vitesse. Il y avait déjà une envie d’un tourisme tourné vers la découverte et l’enrichissement personnel. La crise a accéléré le besoin de "lâcher prise". Les Français prennent des forces, conscients des conséquences socio-économiques à venir.

Florian Colas : Je suis d'accord avec Brian Chesky sur le fait que le monde du voyage tel que nous l'avons connu va changer. Cependant, je crains que cette pandémie ne suffise pas pour le faire disparaître complètement. L'on parle d'une industrie qui s'est considérablement structurée ces 20 dernières années pour peser plus de 10% du PIB mondial et 10% des emplois dans le monde. J'ai bien peur que la crise du Coronavirus, qui a complètement stoppé l'industrie durant 3 mois, ne suffise pas à faire disparaître le monde du voyage pré-covid.

Nous avons pu voir durant cette crise que les efforts et les moyens mis en oeuvre par les gouvernements n'étaient pas destinés à changer le monde du voyage tel qu'on le connaît, mais plutôt de sauver les entreprises concernées et les emplois qui vont avec. "L'opportunité" que nous offrait cette crise n'a, pour l'instant, pas du tout été saisie ! Sur GenerationVoyage.fr, depuis le mois de juin, le trafic et les réservations sont reparties à la hausse. Certes, pour le moment, les français voyagent en France ou dans les pays frontaliers, mais jusqu'à quand ? Si aucunes actions fondamentales ne sont prises, la croissance que connaissait l'industrie du voyage va reprendre de plus belle d'ici 3 à 5 ans.

Les voyageurs vont-ils choisir des destinations plus proches de chez eux et rurales pour éviter les grandes villes ?

Guy Raffour : Les touristes ont soif de découvertes locales liées à l’endroit où ils se trouvent. C’est notamment l’un des facteurs de succès des logements chez les particuliers ou dans les Gites. Ces hébergements répondent à une demande d’authenticité. Les touristes recherchent du patrimoine, du culturel, de la mémoire, de la nature, des activités récréatives mais aussi des marchés du terroir et des spécialités gastronomiques. 

Cette découverte du local s’est accentuée avec le confinement, pour une demande d’une consommation plus respectueuse de l’environnement et en circuits courts.

La destination France en 2019 a obtenu 81 % de parts de marché parmi les Français partis, et  l’étranger + DOM-TOM 52% de parts de marché. Cela fait un total de 133% : les 33% représentent les Français qui sont partis en France ET et l’étranger + DOM-TOM. Nos concitoyens ont toujours privilégié leur propre pays. Par conséquent la crise sanitaire ne bouleverse pas ce tropisme mais l’accentue avec un choix plus important et moins de fréquentation totale due à l’absence de la plupart des touristes étrangers.

Ceux qui partaient à l’étranger s’aperçoivent que la proximité permet tout autant le dépaysement et la nouveauté dans la diversité des propositions. La France est une symphonie de montagnes, campagnes, littoraux, villes et villages, traditions…

Florian Colas : Nous l'observons déjà. Les voyageurs français voyagent principalement en France cet été en privilégiant la visite de la famille ou des proches en France. Les locations entre particulier fonctionnent très bien car elles offrent l'avantage de s'isoler, loin des villes. Les destinations "fraîcheur" et montagne sont plébiscitées et les villes sont évitées. Je pense que nous verrons réellement les nouvelles tendances du voyage à partir du printemps 2021. Si les offres sont alléchantes et si les lignes aériennes rouvrent progressivement, les gens seront tentés de voyager à nouveau comme avant. Les règles sanitaires et la sécurité en plus.

Quelle forme le voyage va-t-il prendre ?

Guy Raffour : Les départs en France rendent la préparation du séjour plus simple (langue, monnaie, trajets, connaissance des infrastructures) et on accède en cas de besoin aux soins médicaux. Et en cette période cela apporte une souplesse professionnelle. De plus la plupart des Français prennent pour se déplacer leur véhicule personnel gage de liberté organisationnelle. 

La période actuelle renforce le souhait de plus d’espace, d’horizon, de verdure, de moins de lieux fréquentés et de plus de liberté dans les choix selon des envies modulables. Les Français ont apprécié une baisse de la pollution atmosphérique et sonore qu’ils voudraient voir se pérenniser en adhérant à la transition écologique si tant est que celle-ci soit expliquée, justifiée, abordable.

Florian Colas : Là où je rejoins Brian Chesky, c'est précisément sur ce point : le voyage va prendre une nouvelle forme. Il est probable que les voyageurs français et d'ailleurs vont privilégier des destinations locales, pour redécouvrir leurs régions et leur pays. Il y a tant à découvrir sur nos territoires, les français l'ont bien compris cet été. Nous pouvons miser sur le fait que désormais, les voyages seront mieux réfléchis en amont. Les gens vont davantage choisir des weekends à moins de 3h de voiture ou de train de chez eux, plutôt que de partir à Rome, Prague ou Berlin pour 48h. Les touristes vont voyager moins loin, et ne partir loin qu'une fois par an.

C'est cette tendance du local, qui était déjà en train de "monter" qui devrait être le mot d'ordre pour les prochaines années. Mais je ne serais pas surpris de voir que le tourisme de masse n'ait été seulement mis sur "pause". La balle est désormais dans notre camp à tous : touristes et entreprises du voyage.

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