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Le programme "Tout pour l'emploi" rate la cible des PME.
Le programme "Tout pour l'emploi" rate la cible des PME.
©Pixabay

"Rien pour l'emploi"

Le gouvernement veut tout faire pour l’emploi mais oublie complètement le coeur du réacteur : les PME-ETI

Le programme "Tout pour l'emploi" publié le mardi 9 juin comprend 16 mesures dont l’impact sur l’embauche sera quasiment nul.

Pierre Haas

Pierre Haas

Pierre Haas, après avoir servi comme officier dans les Forces françaises libres du Général de Gaulle, a fait carrière de 1950 à 1965 comme directeur général de Continental Grain France, puis à partir de 1963 à la Banque Paribas comme directeur des affaires financières internationales, puis président de Paribas International.

Il a été membre de nombreux conseils d’administration parmi lesquels on citera : Schneider S.A., Newmont Gold à Denver, Power Corporation du Canada et Power Financial.

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Le Mardi 9 Juin, près de 37 mois après l’accès d’une majorité parlementaire socialiste aux affaires, en publiant le Programme « Tout Pour l’Emploi » le Gouvernement a découvert l’existence d’une inexorable progression du chômage.

Avant tout commentaire quelques chiffres donnent la mesure de l’étendue du problème.

L’addition des 3.500.000 inscrits à Pôle Emploi en catégorie A (aucun travail dans l’année), aux 2.800.000 ayant eu une activité réduite, porte le total des salariés privés d’emploi à plus de 6.300.000.

Au-delà de ces chiffres, l’inquiétant est de voir le marché du travail engagé dans une spirale ascensionniste

Spirale condamnant près de 10% de la population, il s’agit d’êtres humains, nos concitoyens, à vivre dans une misère matérielle, morale, sociale inacceptable.

Un Chef de l’Etat, dont le cheval de bataille est la justice sociale, n’a pas ressenti dès son accession à ses hautes fonctions, l’impérative obligation morale de faire de la réduction du chômage une priorité nationale.

Il aura fallu attendre le constat, par les médias et la majorité socialiste d’un décalage entre l’apparition d’une aurore économique et d’une hausse incessante de la demande d’emploi pour enfin mettre ce phénomène au premier plan des préoccupations du Gouvernement.

Le réflexe initial a, bien sûr, mis en cause les chefs d’entreprises. Ces ingrats, comblés de cadeaux par le Pacte de Responsabilité, aujourd’hui remis en cause, par le CICE, dont l’opacité et la complexité défient toute appréciation de son impact sur la croissance et, enfin, par la loi Macron en cours de désossement.

Depuis ces critiques absurdes, Matignon a compris qu’il était temps de donner l’impression d’agir et a produit le Programme « Tout Pour l’Emploi » comportant 16 mesures.

16 mesures dont l’impact sur l’embauche sera quasiment nul puisque la 5ème, pompeusement intitulée « Simplifier et réduire les effets de seuil », se borne à autoriser les très Petites Entreprises (TPE) à passer de 10 à 11 employés et à ne geler que pour 3 ans les prélèvements fiscaux et sociaux que jusqu’au seuil de 50 salariés.

Seuil dont le franchissement est le seul capable de contribuer à une hausse perceptible, à court terme, de l’emploi.

Sur ce point les chiffres disponibles prouvent qu’il ne s’agit  pas d’une hypothèse mais d’une certitude si l’on en juge par le nombre d’entreprises, occupant 49 salariés, qui est le quadruple de celles en ayant 51.

Les TPE, de surcroit, n’emploient qu’environ 2.200.000 travailleurs (2112) dont 1.000.000 sont représentés par un spécialiste (plombiers, électriciens, dépanneurs, etc.) agissant seul.

En revanche, les PME occupaient, en 2112 plus de 2.000.000 de salariés et celles dépassant 50, les Entreprises dites de Taille Internationale (ETI) 4.800.000.

Mettre PME et ETI en position d’embaucher représente l’unique moyen de stopper le processus de désindustrialisation en cours. Processus traduit dans les faits pas la contraction de l’emploi.

L’exemple de l’Allemagne est, à cet égard, significatif. Sa force industrielle et le volume de ses exportations, hors zone euro, sont dus à l’existence d’une masse d’entreprises, le plus souvent familiales, de 500/600 salariés, le Middlestand.

Tout effort, de notre part, dans cette direction continue d’être quasi impossible du fait du refus du Gouvernement de supprimer le seuil sacrosaint des 50, pourtant envisagé il y a quelques temps.

En d’autres termes, les chômeurs demeureront ignorés, sauf par les statistiques, jusqu’en 2017.

D’ici là, le premier souci de nos plus hautes autorités est de rassurer la gauche de la gauche afin de ne perdre ses voix.

Or, il est patent que celle-ci, animée par une idéologie périmée depuis plus d’un siècle, n’accepte pas l’économie de marché. D’où son hostilité aux avancées minuscules proposées par Macron.

Toujours dans la perspective de 2017, il parait utile à nos deux grands dirigeants de composer avec les Syndicats. Les travailleurs n’ont rien à y gagner du fait de leur manque évident de représentativité dans le secteur privé et d’une singularité française.

Les Centrales Syndicales sont les mêmes pour le secteur public et privé. 95% de leurs cotisants appartiennent à la Fonction Publique où la défense de l’emploi n’a pas lieu d’être.

Il s’ensuit une culture centrée sur la défense des intérêts des fonctionnaires, catégorie dépourvue de toute crainte sur l’avenir de son emploi.

D’où une absence de compétence de la part des représentants des Centrales Syndicales, s’occupant des salariés du secteur marchands, source d’une approche conflictuelle de la négociation, inappropriée face aux menaces pesant sur l’emploi dans ce secteur.

Ce contexte créé une situation paradoxale où un pouvoir socialiste par nature interventionniste dans l’économie perd le contrôle de celle-ci en s’opposant à la moindre réforme structurelle.

Les entrepreneurs ayant perdu l’espoir d’obtenir la bouffée d’oxygène indispensable au succès de leur affrontement avec la concurrence internationale, ne vont pas prendre le risque d’embaucher.

Il est curieux de voir un Président ayant subordonné sa candidature en 2017 à une hausse du chômage, refuser la mise en œuvre des réformes permettant d’atteindre cet objectif.
 

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