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La zone euro tire l'économie mondiale vers le bas.
La zone euro tire l'économie mondiale vers le bas.
©Reuters

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Le G20 face au naufrage de l'Europe, ce trou noir en passe d'engloutir la croissance mondiale

Le G20 se retrouve les 15 et 16 novembre à Brisbane, en Australie. Au menu, "une croissance mondiale plus forte". Mais la zone euro ne fait rien pour arranger les choses, pire, elle tire l'économie mondiale vers le bas.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Ce weekend, c’est à Brisbane que ça se passe. Les chefs d’Etat et de gouvernement des pays du G20 se réunissent une nouvelle fois afin de "promouvoir une croissance mondiale plus forte". Face à un tel défi les tensions se sont ravivées au cours de ces derniers jours, et Vladimir Poutine n’est pas en  cause, il s’agit plutôt de l’incapacité européenne à soutenir sa propre activité économique qui pose problème.

Lire également : 0,3% au 3ème trimestre : 5 graphiques pour comprendre pourquoi cette croissance française n’est qu’une illusion

Car si les discours économiques européens ont souvent fait sourire, le résultat produit par une zone euro qui stagne depuis 6 ans ne fait plus rire personne. Parce que le monde a besoin de l’Europe. C’est donc en toute logique que les Etats-Unis ont décidé de réagir face à l’entêtement européen, en s’exprimant à travers Jack Lew, secrétaire américain au Trésor :

"De fait, le monde compte sur l'économie américaine pour mener la reprise mondiale. Mais l'économie mondiale ne peut pas prospérer continuellement en ne comptant que sur les Etats-Unis comme importateur de premier et dernier ressort. Elle ne peut pas non plus compter sur les Etats-Unis pour croître assez vite et compenser la faible croissance des grandes économies mondiales. Le monde est plus fort si nous prenons tous des mesures pour stimuler la demande intérieure."

Si certains ont des doutes sur les destinataires réels de ce message, Jack Lew vient apporter une précision très claire:

"En résumé, les politiques européennes du statu quo n’ont pas permis de remplir les objectifs communs du G20 d’une croissance forte, équilibrée, et durable. (…) Une action résolue de la part des autorités nationales et autres institutions européennes est nécessaire pour réduire le risque que cette région ne sombre dans un marasme encore plus profond. Le monde ne peut pas se permettre une décennie perdue en Europe."

C’est dit. La croissance mondiale est morose pour une raison simple, l’Europe est devenue une sorte de trou noir économique et sa contribution au pot commun est nulle. Dans le règlement de copropriété d’une économie mondialisée, cette situation n’est simplement pas acceptable. Et ce sont les Etats-Unis qui mettent les pieds dans le plat. Au bout de 6 années, la médiocrité des résultats économiques européens agace tout le monde. Les dirigeants n’ont plus aucune excuse, à moins de considérer que ces derniers ne le fassent exprès. Car les solutions sont sur la table, il faut être aveugle pour ne pas s’en rendre compte.

Afin de mesurer l’étendue des dégâts causés par les œillères du continent européen, il suffit de comparer la croissance locale à son homologue américaine depuis l’entrée en crise:

Croissance nominale. Europe. Etats Unis. T1 2008- T2 2014

Et un tel différentiel de croissance n’est évidemment pas neutre pour la croissance de l’ensemble des pays du G20. Car la croissance des uns alimente celle des autres,  il ne s’agit donc pas d’un jeu à somme nulle. L’Europe représente 28% du total du PIB mondial, ce qui signifie que l’Europe est bien le premier marché au monde, et ce, devant les Etats-Unis. Pourtant, lorsque l’on considère la contribution à la croissance du globe, l’Europe n’arrive que très loin derrière les Etats-Unis ou la Chine, avec un petit 11%. Comme cela est observable dans le calculateur de croissance mis en ligne par Reuters ci-dessous :

Ainsi, le problème soulevé par Jack Lew est que la croissance mondiale pourrait être bien supérieure à ce qu’elle est aujourd’hui si les dirigeants européens avaient bien voulu se donner la peine de mener une politique de croissance. Puisque les Etats-Unis tiennent leur rang en apportant 25% de la croissance mondiale, un chiffre à peu près en ligne avec ce que le pays représente en termes de PIB, puisque la Chine produit également près d’un quart du total alors que le poids du pays ne représente que 10% de l’ensemble, alors l’Europe devrait également être capable de participer. Et cette non-participation européenne à la croissance mondiale entraîne un déséquilibre massif pour l’ensemble.

Mais Les Etats-Unis ne sont pas seuls à faire ce constat. Ces dernières semaines, l’Europe en a pris pour son grade. D’un côté, le FMI ne cesse de demander à l’Europe de soutenir ses investissements, notamment en infrastructure, mais également de mettre en place une politique monétaire expansionniste à l’image de celle qui a été menée par les Etats Unis. Et d’un autre côté, c’est l’OCDE qui a également apporté sa pierre à la critique de la gestion de crise européenne. Le 6 novembre dernier, Catherine Mann, chef économiste de l’organisation, indiquait "La faiblesse de la zone euro est un problème majeur".

Pourtant, ce flot de critiques ne semble pas perturber les grands architectes européens. La faible croissance de la zone euro, à 0.2% pour le troisième trimestre 2014 a même pu être considérée comme une bonne surprise. Preuve supplémentaire de l’étendue du déni. Pourtant, aucun changement de politique ne semble être à l’ordre du jour. En Allemagne, c’est même une position inverse qui est tenue. Les "sages" allemands en sont à considérer que l’Europe en fait trop, faute à une BCE jugée laxiste. Les voies de la macroéconomie allemande sont impénétrables. Mais cette absurdité se justifie, tout simplement parce que la faiblesse économique européenne est une stratégie.

Et c’est bien ce qui est dénoncé par Jack Lew lorsqu’il indique :

"Mais l'économie mondiale ne peut pas prospérer continuellement en ne comptant que sur les Etats-Unis comme importateur de premier et dernier ressort".

Ce que le secrétaire au Trésor américain dénonce ici est que l’Europe est actuellement en train de mener une stratégie de cavalier solitaire au niveau mondial, sur le modèle développé par l’Allemagne dans le courant des années 2000 au sein même de la zone euro. C’est ainsi que l’Allemagne est devenue une machine à exportation, comme le démontre le graphique ci-dessous :

Exportations en % du PIB.

Mais cette stratégie agressive est intenable car elle consiste tout simplement à profiter de la croissance des "autres" en exportant un maximum de biens et de services, tout en asséchant sa propre demande afin de ne pas alimenter ses importations. Ceci dans un seul but, améliorer sa balance commerciale.

Le G20 de Brisbane s’annonce comme le lieu d’un premier avertissement adressé à l’Europe. Les Etats-Unis n’accepteront pas d’être les prochaines victimes de la stratégie européenne. Une stratégie qui a déjà fait ses preuves en termes d’inefficacité au sein même de la zone euro.

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