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Bonnes feuilles

Le courage, le sang-froid et l'engagement des équipes du déminage lors des attentats du 13 novembre 2015

Les équipes intervenues au Bataclan et au Stade de France dévoilent leur témoignage saisissant. Extraits du livre "Démineur" de Victor Ferreira, publié chez Mareuil éditions.

Victor Ferreira

Victor Ferreira

Victor Ferreira a quitté le Portugal en 1983 pour venir en France. Il s est engagé à la Légion Étrangère en 1984. Il a servi au 4e RE (Castelnaudary), à la 13e DBLE (Djibouti), au 3e REI (Kourou) et au 2e REI (Nîmes), où il a fait la plus grande partie de sa carrière. Il a notamment participé à de nombreuses opérations extérieures.
 
Il a quitté la Légion fin 2007 en tant qu'adjudant-chef. Reporter-photographe, il se consacre dorénavant à des projets artistiques : nombreuses expositions photographiques, écriture de livres (La Légion dans la peau, LégionnaireLa traversée des Pyrénées) ou bien encore des films documentaires...
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François, 41 ans, Paris 

En tant que pompier volontaire, je n’étais pas préparé à me rendre chez un particulier qui avait trouvé une bombe. Nous avons appelé les démineurs. C’est cet incident qui m’a donné envie de faire ce métier. Je l’exerce au sein du LCPP depuis 2003. J’ai aussi suivi une formation de plongeur.

Le 13 novembre 2015, jour des attentats dans Paris, je suis chez moi. Le Central m’appelle pour une explosion au Stade de France. Je vais au labo. Je téléphone à ma compagne et lui demande de rentrer tout de suite à la maison. À 22 h 10, mon équipe se rend Boulevard Voltaire : dans un café, un des terroristes a fait sauter sa ceinture d’explosifs. D’autres équipes se rendent au Stade de France. Nous entrons dans un bar. Le sol est couvert de sang et jonché d’écrous. Les secours ont découvert des fils électriques sur un corps. Je le fouille et trouve un gilet explosif, que je neutralise. Je le retourne et comprends pourquoi il n’est pas déchiqueté : seule la charge située dans le dos a fonctionné. C’était un kamikaze. Nous informons immédiatement nos collègues : il ne faut pas tirer sur les terroristes car cela risque de les faire exploser et d’augmenter le nombre des victimes.

Le Central nous envoie ensuite au Bataclan, où l’assaut vient de s’achever, pour sécuriser la salle. J’entre avec mon binôme. Je découvre alors l’ampleur de l’attaque. Les morts jonchent le sol par dizaines. La salle est dans le noir. Les téléphones des victimes ne cessent de sonner. Nous fouillons la salle, les vestiaires, les corps des victimes, des terroristes, et nous neutralisons un gilet explosif. Je reste très professionnel en palpant et en déplaçant les corps alors que les sonneries incessantes me rappellent que, dehors, l’angoisse est à son comble. Lorsque je fouille le corps d’une jeune femme, son téléphone glisse sur le sol. Je le ramasse et vois s’afficher « Maman ». Malgré l’émotion, je me remets au travail. Je me trouve véritablement sur une zone de guerre. J’y suis resté cinq heures. Je ne veux plus jamais revivre ça. Je suis retourné au Bataclan à l’occasion de sa réouverture, content et curieux à la fois. J’ai eu le sentiment que ce n’était pas le même lieu. C’est bien ainsi.

Max, 54 ans, Paris

Avec mon binôme, nous nous sommes trouvés le 20 avril 2017 sur le lieu de l’attentat des Champs-Élysées. Nous avons fait face au cadavre du terroriste, à son sac et à un véhicule suspect. Nous ignorions si des complices armés étaient cachés non loin. Nous n’avons pas enfilé la tenue de démineur pour ne pas devenir des cibles. Le binôme cyno faisait aussi partie de l’intervention. Le maître-chien a guidé son animal à distance, avec un rayon laser, pendant que celui-ci explorait le véhicule. Nous avons ensuite inspecté le corps du terroriste puis son sac. Chaque événement dramatique nous oblige à nous adapter. Nous évoluons en même temps que la menace.

Le 13 novembre 2015, j’étais de repos chez moi lorsque François, mon binôme, m’a téléphoné : « Max, gros problème : attentat au Stade de France. » Je suis allé immédiatement au LCPP récupérer le matériel d’intervention et me suis rendu au Stade de France. Pendant le trajet, je me suis préparé à ce que j’allais découvrir. Le troisième terroriste venait juste de se faire sauter. Nous avons sécurisé les lieux puis nous sommes intervenus sur les corps des djihadistes, le véhicule et tout ce qui pouvait être suspect. À la vue de leurs corps déchiquetés, je n’ai éprouvé aucune empathie. Je suis resté très professionnel. Ensuite, nous avons recherché tous les éléments pouvant aider l’enquête. Nous n’en étions qu’au tout début de la procédure judiciaire. Nous avons ratissé la zone. Dans ces cas-là, on ne sait pas exacte-ment ce que l’on cherche : un fil électrique, une batterie, un morceau de scotch… Tout ce qui n’a rien à faire là. Quand nous trouvons quelque chose de suspect, nous ne le touchons pas, nous le marquons.

Face à des événements d’une aussi forte intensité, je me préserve grâce à mon cercle familial. Je m’intéresse aussi beaucoup à la médecine chinoise. Mais je ne suis pas obsédé par mon travail. Si un jour, au cinéma, je me sur-prends à regarder sous les sièges, je penserai à changer de métier.

Richard, 40 ans, et Gun, Paris

Je suis maître-chien à la section de recherche d’explosifs de la Préfecture de police de Paris. Mon chien s’appelle Gun. Mon premier coéquipier à quatre pattes est parti à la retraite à l’âge de 8 ans. Cela m’a brisé le cœur de m’en séparer car je n’intervenais qu’avec lui.

Le chien de recherche d’explosifs doit être très joueur. Gun aime que les choses soient bien réglées, ça le rassure. Il sait qu’à partir du moment où je lui mets son harnais, il va chercher, trouver et « fixer » pour être récompensé. Quand je lui retire, il sait qu’il a terminé son travail. Nous l’avons testé pendant une promenade : Gun reste opérationnel, toujours à l’affût ; il a « marqué ». Le chien cherche. En aucun cas il ne doit toucher l’explosif. S’il n’exécute pas mes ordres, il ne reçoit aucune récompense. Il manifeste alors son mécontentement en me faisant la tête.

Nous avons des chiens qui sont entrés au Bataclan et sont intervenus sur tous les autres attentats de Paris. La nuit suivante, nous sommes allés avec Gun et les démineurs du LCPP sur le véhicule qui a transporté les terroristes. Depuis ces événements, nous avons développé une technique de guidage des chiens au laser. Je lui désigne l’objectif et l’envoie travailler seul, à distance. Une fois parti, il reproduit les gestes appris.

Lors d’une mission dans un palace parisien, il pleuvait à verse. La truffe de mon chien dégoulinait et dérangeait le personnel de l’hôtel. Il sentait le chien mouillé. De crainte qu’il ne salisse les chambres, la direction de l’hôtel n’a pas tenu à ce que la visite de détection soit faite par mon chien.

Cela m’a fait sourire…

Gun va prendre sa retraite l’année prochaine. J’espère qu’il restera avec moi, parmi les miens.

Extraits du livre "Démineur" de Victor Ferreira, publié chez Mareuil éditions. 

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