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Laissez-nous être des femmes comme nous le souhaitons plutôt que de nous victimiser une fois par an
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Journée de la honte

Laissez-nous être des femmes comme nous le souhaitons plutôt que de nous victimiser une fois par an

La femme française est en général une femme triomphante, émancipée, libre et déterminée ! Il faut plutôt se féliciter de son élégance, de son esprit, de son charme et de son chic... Et bien sûr se battre pour l’égalité dans notre vie professionnelle, mais c'est le problème de la bouteille à moitié pleine ou à moitié vide.

Sophie de Menthon

Sophie de Menthon

Sophie de Menthon est présidente du Mouvement ETHIC (Entreprises de taille Humaine Indépendantes et de Croissance) et chef d’entreprise (SDME)

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Vouloir faire des Françaises des victimes une fois par an, sous prétexte de les fêter, n'est certainement pas le bon moyen pour faire évoluer la cause des femmes. Les fameux conseils d'administration du SBF 120, il est vrai assez lamentables sur le plan de la parité, ne concernent que peu de Françaises ! La "Journée de la Femme" marronnier-alibi permet certes de chercher des nouvelles têtes à mettre en avant pendant 24 heures avec une brillante créativité du genre : c’est une femme qui sera rédacteur-en-chef de l’émission aujourd’hui, ou bien le numéro sera consacré uniquement aux femmes (discrimination ?).

Le président de la République pour la circonstance fait les délices du magazine "ELLE" qui a obtenu ses confessions. Ainsi apprend-on que Francois Hollande pense que Ségolène doit estimer qu'il n'en a pas fait assez pour s'occuper des enfants ! (Finalement elle pense la même chose que les Français vis-à-vis du chômage !). Envolé "le Moi Président" qui devait faire preuve d'une sobriété et d'une discrétion spartiate, mais c'est la "Journée de la Femme", cela doit certainement mériter une telle transgression : une interview d'une extrême platitude qui évoque la famille (pardon : les familles, au pluriel, comme le ministère du même nom qui se rebaptise au profit d'un pluriel destiné à ne pas "stigmatiser" les familles "différentes" !). La variété des femmes en tous cas devrait imposer dorénavant "la Journée deS FemmeS".

Plus sérieusement, il y a une sorte d'impudeur chaque année à plaindre les Françaises, car finalement cela consiste à remarquer tout ce qui ne va pas. Certes, il y a trop de femmes victimes : agressions, inégalités salariales, menaces masculines, etc. Mais c'est tous les jours qu'il faut lutter contre ; il est dérisoire et insultant d'y consacrer une seule journée, histoire de se débarrasser du sujet. C'est-à-dire de nous les femmes.

Autant il faut se battre avec acharnement dans le monde entier, partout où nous sommes privées de libertés, voilées, battues, violées… Autant il faut revendiquer avec fierté notre statut et notre condition de femmes françaises, entretenir "l’amour courtois" que nous avons su imposer dans notre histoire et qui reste un modèle dans la relation hommes-femmes.

Il faut regretter et dénoncer la mollesse des combats à l'extérieur de nos frontières, répéter que les femmes sont les dernières esclaves dans le monde alors que ceux qui nous gouvernent n'hésitent pas à décorer et à sympathiser sans scrupule avec leurs "collègues" qui devraient être passibles d'atteinte aux "droits de l'homme", ironie de la sémantique ! Innombrables encore sont ceux qui estiment que ces brimades et ces violences ne les regardent pas ; que la privation de liberté, de soin et d'éducation "c'est culturel", ou pour les femmes voilées "c'est leur choix". Les relations commerciales ou politiques passent avant...

Voilà pourquoi il y a comme une indécence dans cette journée, une indécence qu’il convient de relever même si après tout, cela fait vendre du papier, des émissions, des expos, des produits, etc. Mais je préfère m'entendre dire que c'est "parce que je le vaux bien !"... Indignons-nous quand il le faut.

Laissez-nous être des femmes comme nous le souhaitons, faut-il pour cela imposer un modèle de féminisation jusqu’à l’absurde comme dans notre vocabulaire (préfète, entrepreneuse de terrain, cheffe, mairesse, auteure …). Ce n’est certainement pas ce que voulait dire Françoise Giroud en revendiquant que « les femmes ne sont pas des hommes comme les autres ».

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