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La vie, un combat de tous les instants

Bertrand Vergely publie "La Vulnérabilité ou la force oubliée" chez Le Passeur éditeur. Il est nécessaire de sortir de l'opposition du couple fort-faible et de la violence qu'il engendre. Cela est rendu possible grâce à la vulnérabilité, la plus grande force qui soit. Extrait 2/2.

Bertrand Vergely

Bertrand Vergely

Bertrand Vergely est philosophe et théologien.

Il est l'auteur de plusieurs livres dont La Mort interdite (J.-C. Lattès, 2001) ou Une vie pour se mettre au monde (Carnet Nord, 2010), La tentation de l'Homme-Dieu (Le Passeur Editeur, 2015).

 

 

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La vie est un combat. Cette phrase aujourd’hui nous choque. Le conflit est à nos yeux synonyme de mort, alors que l’amour est synonyme de vie. Aussi pense-t-on juste et plein d’amour le fait de bannir le combat. En quoi, on a tort, l’amour n’étant pas possible sans combat. « Si nous avons un prince, c’est afin qu’il nous préserve d’avoir un maître. » Cette parole de Pline adressée à Trajan s’applique à la vie. Celle-ci se donne le combat pour ne pas subir la violence. « Penser, c’est dire non », écrit Alain, avant de rajouter : non à soi, non à son inertie et à sa paresse, non à ce qui dit trop vite oui en se résignant. Cette pensée s’applique là encore à la vie. Si elle est un combat, c’est pour dire non à son inertie et à sa paresse.

Tout commence dans le fond des choses que l’on appelle l’être. Par ce terme, il faut entendre cette puissance mystérieuse faisant que ce qui est non seulement existe, mais existe fermement en étant ce qu’il est. Comme le dit Parménide à l’aube de la philosophie : « Il est, et il est impossible qu’il ne soit pas. » Pour que l’être soit en tant qu’être, il faut une force infinie afin de maintenir sa cohésion et son unité. C’est ainsi que le néant et la mort n’ont pas leur place en lui. Ils ont tellement peu leur place que, quoi qu’il arrive, ils n’en ont jamais une. Comme le dit encore Parménide : « Non, jamais sous le joug de ce qui n’est pas ne se soumettra l’être. »

Dieu est d’une puissance infinie. Hans Jonas regrette que l’on parle de puissance de Dieu. Qui dit puissance de Dieu dit culte de la puissance. Qui dit culte de la puissance dit nazisme. Si l’on veut lutter contre le nazisme, il faut cesser le culte de la puissance et, pour lutter contre un tel culte, il faut en finir avec un Dieu tout-puissant afin de lui préférer l’idée d’un Dieu faible qui s’efface et qui s’anéantit.

Hans Jonas pense que la puissance est synonyme de violence. La puissance est tout l’inverse. Celle-ci ne tolérant ni le néant ni la mort, elle ne peut être violente. Elle est plutôt l’autre face de la douceur, sa face indispensable. Pour aimer, il faut de la puissance.

Il faut de la force, l’amour étant un vrai amour parce qu’il est un amour puissant et fort. Qui n’aime pas fortement n’aime pas. Dans l’arbre des Sefirot, qui exprime la vision des attributs de Dieu selon la Kabbale hébraïque, la miséricorde divine n’est pas séparable de sa rigueur. Dieu est plein d’amour miséricordieux parce qu’il est, non pas faiblement, mais fortement et fermement miséricordieux. Le vrai amour est un amour total et constant et non un amour à éclipses.

Le combat est inscrit dans l’être, qui est un grand combat parce qu’il est un grand amour. On s’en rend compte quand il y a violence. C’est le combat qui ramène la paix et l’amour. À la violence qui ne veut pas combattre parce qu’elle n’aime pas, l’être oppose le combat de l’amour prêt à combattre parce qu’il aime. Ce qui est vrai pour l’être l’est pour la nature qui en est l’expression matérielle et sensible.

La nature qui nous aime nous veut forts. C’est la raison pour laquelle la vie est un combat. « La vie est l’ensemble des fonctions qui résistent à la mort », écrit Bichat. « Si tu m’aimes, viens me chercher », dit la vraie amoureuse à celui qui l’aime. « Si tu m’aimes, viens me chercher », nous dit la nature. Celle-ci ne se donne pas facilement. Elle aime se cacher, dit Héraclite. Elle se dérobe sans cesse à nos prises. C’est qu’elle nous veut vivants, aimants et amoureux. D’où le combat qu’il nous faut mener pour survivre chaque jour. Quand nous le remportons, nous nous sentons pleins de vie. Nous ne trouvons pas la force honteuse. Au contraire. Physiquement, la force étant synonyme de vitalité et de santé, il y a un plaisir à se sentir fort. On s’éprouve alors comme pleinement vivant. À l’inverse, c’est une épreuve que de se sentir faible. N’étant pas capable d’avoir la force de faire ce que l’on désire faire, on se voit repoussé à la lisière de la vie.

Moralement, la force étant synonyme de volonté, il est admirable d’être fort. Qui est fort a de la volonté. Qui a de la volonté sait résister à la peur ou bien encore aux tentations. Qui sait ainsi résister est libre et révèle l’homme comme capacité d’être libre, ce qui n’est pas sans lui conférer une certaine grandeur. À l’inverse, il est dramatique de ne pas avoir de volonté. Incapable de résister à la peur ou aux tentations, on devient le jouet des émotions extérieures. Parfois, dépendant de ces dernières au point de ne plus pouvoir s’en passer, il arrive que l’on perde toute dignité.

Enfin, spirituellement, la force étant la capacité de tenir les grandes pensées et de se tenir en elles, être un être spirituel et être fort sont inséparables. On est un être spirituel parce que l’on a la force de se tenir dans l’esprit. On est alors lumineux, rayonnant, porteur d’un souffle propulsant l’existence. À l’inverse, quand on n’a pas de force spirituelle, on n’arrive pas à tenir une pensée et à se tenir en elle. Angoissé dès qu’il est question de vie allant dans la profondeur de l’être qui fait vivre, on fuit dans le divertissement. Vivant dans la fuite à la surface des choses, on plonge l’existence dans le tragique.

A lire aussi : La vulnérabilité, cette force oubliée

Extrait du livre de Bertrand Vergely, "La Vulnérabilité ou la force oubliée", publié chez Le Passeur éditeur. 

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