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Au sein d'une colonie de fourmis, près de la moitié est en général inactive.
Au sein d'une colonie de fourmis, près de la moitié est en général inactive.
©Reuters

Eh bien, dansez maintenant !

La vérité sur les fourmis : jusqu’à 60% d’entre elles sont de grosses paresseuses qui ne font rien (et ça n’est pas tout…)

La réputation ouvrière de ces petites bêtes en a pris un coup. Une récente étude américaine a révélé qu'au sein d'une colonie de fourmis, près de la moitié est en général inactive.

Jean-Luc Mercier

Jean-Luc Mercier

Jean-Luc Mercier est maître de conférence à l'université de Tours et chercheur à l'IRBI (Insitut de Recherche sur la Biologie de l'Insecte)

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Atlantico : Une récente étude menée en Arizona sur des colonies de fourmis montre que de manière très étonnante, plus de la moitié des fourmis au sein d'une colonie sont inactives. Cela vient casser l'image de la fourmi ouvrière que nous avons, comment expliquer ce phénomène ? 

Jean-Luc MercierL’étude dont il est question ici a fait l’objet d’un article publié en février 2015 dans la revue Insectes Sociaux. Elle a été menée sur une espèce de fourmi de très petite taille (environ 4mm) appartenant au genre Temnothorax.

Certes, cette proportion d’"inactives" casse le mythe de la fourmi laborieuse passant sa vie à trimer pour sa colonie, comme l’a si bien décrit Jean de la Fontaine. Mais "inactive" ne veut pas dire "inutile", bien au contraire ! L’utilité d’un individu pour la société ne se mesure pas aux tâches qu’il peut faire dans ou hors du groupe social. Les mâles, par exemple, ne participent jamais aux tâches de récolte, de soin au couvain ou de nettoyage du nid ; ils n’ont qu’un seul rôle : assurer la reproduction, généralement lors d’un vol nuptial éphémère, à l’issue duquel ils meurent après avoir transmis leurs gènes. C’est un rôle primordial pour la survie de l’espèce même s’ils ne font rien d’autre durant toute leur existence.

De nombreuses études ont en effet montré depuis les années 80 que 50 à 60% des individus ne font rien dans les sociétés de fourmis, mais aussi chez d’autres insectes sociaux comme les abeilles, les bourdons, les guêpes ou les termites).

En revanche, l’étude tente de démontrer que l’inactivité observée au sein de la colonie n’est pas liée aux conditions d’élevage en laboratoire puisqu’elle est identique à celle observée dans des conditions semi-naturelles.

Les conditions d’élevage en laboratoire sont en effet le plus souvent considérées comme ayant tendance à diminuer les besoins de la colonie par une simplification du milieu et une source de nourriture directement et rapidement accessible.

Quel peut être le rôle de ces fourmis inactives au sein de la colonie ? Elles représentent tout de même plus de la moitié de la colonie, il est difficile de penser qu'elles ne sont d'aucune utilité dans leur société. 

Les ouvrières inactives ne sont donc pas des ouvrières âgées mais ne sont pas non plus forcément les plus faibles (celles-ci seront naturellement éliminées). Il faut bien comprendre que le comportement peut s’analyser à deux niveaux chez les insectes sociaux : le comportement individuel, qui marque les variations comportementales propres à chaque individu, mais aussi le comportement intracolonial, qui permet à l’ensemble du groupe social de s’adapter aux contraintes qu’il rencontre. Le groupe d’ouvrières "inactives" est donc présent pour apporter une réponse adaptée aux besoins du groupe entier.

Ces fourmis inactives ont-elles les mêmes besoins énergétiques que les autres ? 

Par son comportement individuel, une ouvrière explore et trouve une source de nourriture. Elle retourne au nid en marquant une piste, et tente de mobiliser des congénères en les invitant à la suivre. Elle peut être ainsi relayée progressivement par d’autres ouvrières, qui elles-mêmes tenteront de mobiliser d’autres ouvrières à l’intérieur du nid, notamment en stimulant les ouvrières inactives. La mobilisation plus ou moins importante de ces ouvrières vers telle ou telle tâche permet alors à la colonie de trouver la réponse optimale, soit pour renforcer l’exploitation d’une ressource, soit pour remplacer des ouvrières mortes, soit même pour assurer la défense du nid. Les ouvrières ne sont donc pas "inactives" mais plutôt "prêtes à l’emploi", quel qu’il soit. En même temps elles dépensent moins d’énergie ; la colonie économise donc ses ressources, en mobilisant juste les ouvrières nécessaires à la réalisation des taches.

Qu'est ce qui va destiner les fourmis à être active ou inactive ? Les plus faibles sont-elles naturellement inactives ou est-ce le hasard qui vient assigner les rôles ?

Ce n’est pas le hasard qui assigne les rôles. L’activité d’un individu peut être influencée par sa morphologie. On parle alors de sous-castes morphologiques, chacune étant dévolue à un type de tâche particulier. Les soldats sont ainsi spécialisés dans la défense de la colonie. La caste des reproducteurs assure quant à elle la reproduction.

Dans un certains nombres de cas, ce n’est pas la morphologie mais l’âge qui est l’élément déterminant du comportement ; c’est ce que l’on appelle le polyéthisme d’âge. Les ouvrières les plus jeunes restent dans le nid, au contact de la reine, puis s’en éloignent progressivement en assurant les soins au couvain, le nettoyage du nid, le nettoyage des congénères. Les plus âgées et donc les plus expérimentées, assurent le service périphérique (gardiennes), puis le service extérieur comme l’élimination des déchets hors de la colonie, le fourragement et l’exploration.

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