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Travailler plus, toujours plus

La retraite à 75 ans, au moins

"Mourir plus tard, pour travailler plus longtemps" : pas sûr de l’entendre aux primaires ! Et pourtant, depuis 2000, l’espérance de vie dans le monde a gagné cinq ans : 71 ans pour un enfant né en 2015.

UE Bruxelles AFP

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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Mourir plus tard, mais pas en France ? Et oui, l’espérance de vie des hommes et des femmes a reculé en 2015 selon l’Insee, une première depuis 1969. Elle est de 78,9 ans à la naissance pour les hommes, contre 79,2 en 2014 et, pour les femmes, de 85 ans à la naissance contre 85,4 l’année précédente. Pas de panique pour autant : c’est la faute aux grippes de janvier, à la canicule de juillet et au froid d’octobre !

Donc l’idée gagne, partout, de repousser l’âge de la retraite. En Allemagne, où un Allemand sur trois aura plus de 65 ans en 2030, le repousser de 65 à 67 ans ne suffira pas. On parle de 70 ans. En Suisse, où c’est de 65 ans pour les hommes et 64 ans pour les femmes, la Caisse de retraite vient d’enregistrer un déficit. On parle aussi de 70 ans. En Italie, où cet âge est passé à 66 ans et 7 mois, le Directeur de l’Institut de Prévoyance sociale propose 75 ans pour les Y, nés en 1980… avec une pension réduite d’un quart. Aux Etats-Unis, on évoque 80 ans.

Pas de miracle : la retraite est d’autant plus importante que la natalité, la croissance et l’emploi sont forts dans la phase de constitution des droits. Elle est sous pression aujourd’hui, avec la reprise lente, le chômage élevé et l’allongement de la durée de la vie. Alors viennent les trois ajustements classiques : cotiser plus, cotiser plus longtemps, percevoir moins. Mais le compte n’y est pas.

Va pour cotiser plus ! Mais c’est très compliqué, avec ce chômage élevé et cette faible progression des revenus !

Va pour partir plus tard et surtout en bonne santé ! Mais on n’en parle jamais, et pour cause ! L’espérance de vie en bonne santé a perdu un an en France depuis 2006 pour les femmes et depuis 2007 pour les hommes. En 2011, pour la France métropolitaine, l’Insee l’estime à 63,5 ans pour les femmes et à 61,8 ans pour les hommes. Selon l’Institut, ces "résultats sont comparables à ceux des pays voisins, mais un peu inférieurs à ceux des pays nordiques". Et ce n’est pas loin de l’âge légal de départ en retraite ! Nous travaillons aussi longtemps que nous sommes en bonne santé, pour partir ensuite, malades, en retraite. Bien sûr, il s’agit là de moyennes. L’Insee travaille à calculer des espérances de vie liées à des catégories socio-professionnelles et au diplôme. On imagine d’ici les problèmes qui peuvent se présenter si on trouve, par hasard, que l’instituteur ou l’employé moyen de la SNCF vit plus vieux que le paysan, le cadre dirigeant ou le patron de PME !

Va pour travailler plus longtemps ! Encore faut-il le pouvoir. Or les études officielles qui parient sur la montée de la productivité, pour tout régler, l’oublient ! Là, ce n’est plus une question d’usure physique à l’usine, mais d’usure des connaissances, au bureau. La révolution numérique fait que le salarié ne peut rester en emploi que s’il est à jour des logiciels. Employer plus longtemps, c’est former plus et plus longtemps, dans ce monde où les « vieux » en sauront moins que les digital native, nés avec un portable au berceau. Il ne s’agit donc surtout pas, comme on l’entend, de réduire les allocations chômage des séniors, pour les forcer à rester plus longtemps en emploi, ou de taxer les entreprises qui les font partir. Erreurs totales : il faut former plus, mieux, plus longtemps.

Va pour accepter de travailler plus longtemps ! Pas sûr du tout. Jusqu’à présent, c’était admis, avec son « évidence démographique ». L’âge moyen de départ en retraite passe de moins de 61 ans pour les générations nées dans les années 1930 à 64, pour celle née en 1980. Mais demain, si on parle plus des conditions de santé à 70 ans, de burn out, de compétences digitales, et si la natalité baisse?

Va donc pour devenir japonais ? Moins encore. Et pourtant, ça résoudrait tout ! 37 % des jeunes adultes nippons ne prévoient pas de partir en retraite du tout, 18 % des Chinois et 15 % des Grecs. Eux sont au courant de leurs problèmes de retraite ! Mais seuls 8 % des Français sont volontaires pour ne pas arrêter.

Va pour se soigner mieux, faire plus de sport et étudier toujours ! Il faudra seulement que les entreprises cotisent plus, donc le puissent. Nous y sommes : « pour travailler plus longtemps et gagner plus, il faudra que les entreprises gagnent bien plus ! » Quel beau slogan pour 2017 !

 

Vous pouvez également lire cet article sur le site de Jean-Paul Betbèze

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