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©CHRISTOPHE SIMON / AFP

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La plus grande étude jamais réalisée sur la santé mentale des Français montre le retard accumulé dans l’hexagone dans sa prise en charge

La France accuse un sérieux retard dans ce domaine, alors que la fragilité psychique touche actuellement - ou a touché - 12 millions de Français.

Annick Hennion

Annick Hennion

Directrice de la Fondation FALRET et Directrice Générale de l’Œuvre FALRET. Après une carrière opérationnelle puis de cadre dans le secteur sanitaire, elle se lance dans l’action sociale, d’abord par la direction d’un établissement social puis la direction générale de l’Œuvre FALRET à Paris. Titulaire d’un diplôme de statistiques (CESAM), elle à notamment créée la 1ère unité d’informatique médicale de France à l’Hôpital de Roubaix, et a été un appui à la réalisation d’une trentaine de thèses de doctorat et de professorat en médecine.
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Atlantico : Vous avez mené entre 2015 et 2018 le programme d’études « Clefs d’Actions en Santé Mentale », portant sur la perception des Français sur ce sujet. Le premier constat a porté sur la stigmatisation des pathologies mentales. Comment s'exprime-t-elle ?

Annick Hennion : Le dispositif Clefs d’Actions en santé mentale a été conçu pour permettre dans un premier temps de mieux comprendre les représentations des Français en matière de santé mentale et ainsi identifier à partir de données concrètes et représentatives, les facteurs de stigmatisation.

Si l’on se réfère aux résultats de l’étude quantitative, à la question « quels sont les trois premiers mots ou images qui vous viennent à l’esprit à l’évocation de la ‘santé mentale’ ? » le couple de mots renvoie spontanément à la dégénérescence ou au déséquilibre versus bien-être. Pour les actifs, le mot ‘santé mentale’ s’associe également à la maladie d’Alzheimer, la dépression, la folie, la schizophrénie, le stress, le burn out. Le terme est donc encore très fortement connoté négativement ce qui pose problème quand on sait que la fragilité psychique touche actuellement ou a touché 12 millions de Français. Confrontés à cette même stigmatisation, de nombreux pays du monde ont adopté des chartes de la santé mentale avec de vrais programmes de santé publique et de sensibilisation des populations ayant contribué à une image plus positive de la santé mentale, rattachée à la notion de bien-être. La France, de ce point de vue, accuse un sérieux retard.

L'étude montre que  la grande majorité des personnes interrogées savent beaucoup  de choses sur la santé physique, mais connaissent mal les questions liées à  la santé mentale. Est-ce que cela signifie que l'on peut être touché  par ces pathologies sans le savoir ?

La notion de ‘santé globale’ telle que définie par l’OMS résume parfaitement l’importance de la santé mentale pour chacun et la nécessité de s’en soucier au même titre que la santé physique : « Il n’y a pas de santé sans santé mentale ». Alors que selon notre étude 2 Français sur 3 déclarent se soucier de leur santé physique, seulement 1 sur 2 se préoccupe de sa santé mentale. Ce résultat est révélateur de ce que nous avons nommé « l’impensé en santé mentale » qui indique que tant que nous n’avons pas à nous en plaindre, nous n’y pensons pas. Le Dr GEOFFROY, psychiatre, lors de « cap sur la santé mentale 2018 » déclarait « qu’il faut arrêter de parler de somatique et d’organique d’un côté et de psychiatrique de l’autre ; Car les maladies psychiatriques sont évidemment organiques ! » Il existe une relation certaine entre la santé physique et la santé psychique. Toutes les difficultés qu’une personne est susceptible de rencontrer durant son parcours de vie comme les problèmes sociaux, personnels, professionnels, les traumatismes, les maladies… peuvent conduire à un déséquilibre de la santé mentale.

De nombreuses personnes déclarent se sentir dans un état de mal-être. Elles ne sont pour autant pas forcément en état pathologique. Il peut parfois se passer de nombreuses années avant qu’un mal être révèle une pathologie sous-jacente.

Quelles sont les pathologies les plus fréquentes ? Certaines catégories sociales sont-elles plus touchées ?

On estime aujourd’hui à 1% le nombre de personnes touchées par des schizophrénies, à 1% celles touchées par des troubles bipolaires, à 0.5% les personnes souffrant de maladies du spectre autistique. Ces pathologies dans leurs formes sévères sont des invariants quant à leur fréquence. Il est toutefois difficile aujourd’hui de mesurer les autres pathologies, qui peuvent en plus être combinées. Il est par exemple possible qu’une souffre de schizophrénie et de dépression. La dépression d’ailleurs, dans la variation de ses degrés, est en constante augmentation avec pas moins de 300 millions de personnes concernées à l’échelle mondiale, ce qui en fait aujourd’hui la première cause d’incapacité (OMS).

Si l’on se réfère à l’étude, nous observons qu’il n’y a pas de lien entre pathologies et catégories sociales.

En matière de santé mentale et non de pathologie cette fois, et parmi les actifs en emploi, le profil de personne qui se dégage comme étant la plus en souffrance psychique est celui d’une femme, célibataire, seule avec enfant, avec un travail de faible qualification, à temps partiel et donc à faibles niveau de ressources.

Les cadres (CSP A) quant à eux, déclarent se sentir très bien dans leur vie professionnelle à 29% ; les CSP+ se sentent bien à 53%.

Quelles sont les principaux facteurs  (individuels et environnementaux) identifiés ?

Le parcours de vie influence fortement le fait de développer ou non des fragilités psychiques. En effet, les différents traumatismes ou difficultés rencontrés durant notre existence sont des facteurs directs liés au développement de fragilités affectant notre santé mentale. Perte familiale, séparation amoureuse, maltraitance familiale, difficulté financière ou encore la perte d’un emploi sont, selon les personnes interrogées,  les principaux facteurs de développement de fragilités psychiques.

Celles qui ont le plus d’impact sur la santé mentale sont les phénomènes de maltraitance, en particulier au cours de l’enfance.

Quelles sont les interactions avec la vie personnelle ou professionnelle?

Certaines personnes présentant des pathologies psychiatriques sévères déclarent se sentir bien dans leur vie aujourd’hui. Remarquons par exemple dans l’étude Clefs d’Actions en santé mentale que 52% de personnes déclarant avoir du consulter pour une fragilité psychique vont parfaitement bien et se sentent bien aujourd’hui, menant une vie « normale ».

Ce qui est certain c’est qu’il existe un cercle vertueux comme un cercle vicieux entre la vie personnelle et la vie professionnelle. Chacune a des répercussions directes sur l’autre.

Comment cette étude peut-elle favoriser la prise de conscience des individus, et plus généralement, de la société, sur ces sujets ?

L’étude Clefs d’Actions en santé mentale a été réalisée auprès d’un échantillon représentatif de la population Française sur la base des données INSEE. Les résultats reflètent donc avec solidité l’état de santé mentale de 49 millions de français de plus de 18 ans. Ceci nous permet pour la première fois de disposer de données fiables sur le sujet.

Ce dispositif doit permettre de parler du sujet de la santé mentale qui est aujourd’hui encore très tabou au sein de la société, notamment dans le paysage médiatique, en faisant prendre conscience le capital précieux et fragile qu’est notre santé mentale qui doit s’entretenir au même titre que sa santé physique. Au-delà, la santé mentale qui n’est considérée que de manière négative produit une stigmatisation des personnes fragiles, enfermante et aggravante de leurs troubles. Ces représentations sont également nuisibles à leur parcours professionnel. Il est urgent que les entreprises identifient les moyens de prévenir et protéger la santé mentale de leurs salariés, repèrent les signes de déséquilibre de santé mentale et accompagnent les salariés en difficulté, pour ces questions d’humanité, certes, mais aussi de productivité de leurs entreprises.

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