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La pandémie ne cesse de révéler l’ampleur de la faillite de l’Etat stratège en France 
©LUDOVIC MARIN / AFP

Fake State 

La pandémie ne cesse de révéler l’ampleur de la faillite de l’Etat stratège en France 

Les bugs rencontrés par les serveurs permettant l’enseignement à distance soulignent à quel point l’Etat français est devenu incapable d’anticipation malgré des dépenses publiques en augmentation constante.

Frédéric  Farah

Frédéric Farah

Frédéric Farah est diplômé de Sciences Po Paris, professeur en classes préparatoires, chargé d’enseignement à l’université de Paris V, ainsi que coauteur des deux derniers numéros de mars et d’avril de la revue Ecoflash relatifs aux dettes publiques en Europe.

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Atlantico : Les pannes des environnements numériques de travail (ENT), du Cned et autres dispositifs d’apprentissage à distance se multiplient et exaspèrent les familles. Des bugs déjà présents au premier confinement. Après un an de pandémie, et avec les moyens de l’Education nationale, comment est-il possible que de tels problèmes persistent ? Les cyberattaques évoquées par Jean-Michel Blanquer sont-elles des explications suffisantes ?

Frédéric Farah : Les cyberattaques sont pour partie de la défausse. Certes, il faudra y voir plus clair sur le hacking qu’aurait subi le CNED. Mais nous sommes face à une véritable opération de communication pour cacher l’échec de la politique Blanquer : réforme du lycée calamiteuse, suppression de postes, dégradation des conditions de travail.

Pour mémoire  les outils fournis par le Cned (centre d’enseignement à distance) et Canopé (service de ressources pédagogiques) qui relèvent directement du ministère de l’Education nationale, les autres plates-formes dépendent des collectivités territoriales qui, selon les lois de décentralisation gèrent les lycées (régions), les collèges (départements) et les écoles (communes).

Mais dans le fond après un an de pandémie, de semi confinement permanent, on ne peut qu’être frappé par la désorganisation et impréparation de l’éducation nationale, de l’Etat en général. Le maintien des élèves à l’école permettait de la masquer. Rien n’a été véritablement anticipé. La fermeture des lycées signant l’échec encore une fois de la politique Blanquer a révélé violemment le défaut de moyen, de formation pour assurer un enseignement numérique à distance de qualité

Alors que la France est un des pays qui investit le plus dans sa dépense publique, quels sont les défis techniques auxquels elle n’a pas su faire face ?  

L’essentiel de la dépense publique est constituée de la dépense sociale. Il faut le dire et la crise a montré son caractère essentiel pour soutenir le pouvoir d’achat et de manière plus générale réduire les inégalités et la lutte contre la pauvreté. Mais l’Etat a cessé d’être depuis presque quatre décennies, un stratège. Sur le long terme, la Dépense intérieure de recherche et développement  exécutée par les administrations publiques, rapportée au PIB, a diminué à la fin des années 1990 puis elle s’est stabilisée entre 0,75 et 0,80 % du PIB.

Certes l’investissement public français est au dessus de la moyenne de l’OCDE mais il devrait être mieux ciblé comme le souligne une étude de l’OCDE de 2020 ( perspectives économiques de la France décembre 2020) et particulièrement sur les infrastructures numériques.

Stop covid n’est pas qu’un échec technique, il est surtout politique et économique,  avec la crainte pour les libertés, l’insuffisance de communication, 20% des français n’ont pas encore de smartphone. Il n’y a pas qu’une dépendance à l’égard des Etats-Unis en matière technique.

C’est ce que je dénonce dans mon livre Fake state, un Etat qui réduit ses moyens , ne sait plus être stratège devient bidon.

Les initiatives privées comme celles de Guillaume Rozier (Covid tracker, Vite ma dose) soulignent-elles cette incapacité de l’Etat à répondre aux besoins des Français malgré ses moyens ?

Guillaume Rozier brillant ingénieur, est le produit des classes préparatoires françaises et des grandes écoles, c’est un signe encourageant quant à la capacité en France de produire par les filières prestigieuses et traditionnelles, une élite de qualité.

Le défaut de réponse vient à la fois d’un appauvrissement de l’Etat central . La France s’est enrichie, mais son Etat central s’est appauvri.

Il délègue largement au privé et le ministère de la santé a fait appel à cette ingénieur de 24 ans. Le plus inquiétant n’est pas que le privé intervienne ou joue son rôle, c’est la dégradation des services publics qui est préoccupante, la perte de compétence et les désastres d’une idéologie néo managériale dans les administrations de l’Etat.  Aujourd’hui face à la pandémie, une économie dite de guerre si l’on doit rester dans le vocabulaire macronien, ne s’organise pas comme une start up.

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