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La manifestation du 9 janvier a été beaucoup plus violente que les médias n’ont pu le raconter
©DR / Gilles Klein

Heurts en fin de cortège

La manifestation du 9 janvier a été beaucoup plus violente que les médias n’ont pu le raconter

La fin de la manifestation a dérapé à Paris, jeudi, rue de la Pépinière, à côté de Saint-Lazare.

Gilles Klein

Gilles Klein

Gilles Klein, amateur de phares et d'opéras, journaliste sur papier depuis 1977 et en ligne depuis 1995.

Débuts à Libération une demi-douzaine d’années, puis balade sur le globe, photojournaliste pour l’agence Sipa Press. Ensuite, responsable de la rubrique Multimedia de ELLE, avant d’écrire sur les médias à Arrêt sur Images et de collaborer avec Atlantico. Par ailleurs fut blogueur, avec Le Phare à partir de 2005 sur le site du Monde qui a fermé sa plateforme de blogs. Revue de presse quotidienne sur Twitter depuis 2007.

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16h19 - Jeudi 9 janvier, Paris :  rue d'Astorg au bord de la place St Augustin

La place Saint-Augustin, située devant la grande et haute église du même nom qui la domine est intégralement bouclée, à l'exception d'un seul accès : venant de Saint-Lazare, l'étroite rue de la Pépinière, par laquelle les premiers manifestants qui précèdent le cortège syndical "officiel" arrivent dans un cul de sac totalement verrouillé, c'est là que la manifestation doit se terminer. Tout va dégénérer dans moins d'un quart d'heure. Et la violence va durer plus d'une heure sans interruption.

16h32 - Jérôme Rodrigues

Des Gilets Jaunes (on reconnaît, des visages connus, comme le barbu Jérôme Rodrigues, avec sa casquette surmontée d'une mini caméra vidéo, mais sans Gilet Jaune) voisinent avec des manifestants masqués, nerveux, des militants d'extrême gauche, des curieux, des gens de tous les âges. Sur les deux côtés de la rue, la tête du cortège, est escortée par des policiers des BRAV (brigades de répression de l'action violente) reconnaissables à leurs casques de moto blancs, qui interviennent toujours à pied. Ils s'en vont sous les sifflets et les huées.

16h33 - Boulevard Malesherbes vers la Madeleine

Très vite les manifestants tournent en rond face aux hautes grilles métalliques très dissuasives qui ferment intégralement le boulevard Malesherbes en direction de la Madeleine, la rue de la Boétie, le boulevard Hausmann en direction des Ternes d'un côté, et de l'autre, en direction des Grands Magasins, avec un canon à eau en position.

15h51 - Cars affrétés par la CGT, au fond l'église Saint-Augustin

Le boulevard Malesherbes en direction de la porte d'Asnières est fermé par un rideau de camions de CRS serrés les uns contre les autres. Derrière les CRS, jusqu'à la place du Général Catroux, ce boulevard est fermé à la circulation qui y est totalement impossible.

15h55 - Car venu de Mantes (78)

Le boulevard est transformé en un immense parking, sur 1 km, occupé par trois files interminables de cars de la CGT venus de toute la région parisienne, collés les uns aux autres, avant tourné vers la porte d'Asnières.

16h43 - rue de la Pépinière

Les manifestants ne tentent pas de forcer ces accès totalement verrouillés. Ils repartent en arrière rue de la Pépinière, vers la gare Saint-Lazare. Et ils affrontent les forces de l'ordre qui les séparent du cortège syndical. La rue n'est pas large, bordée de commerces dont les vitrines commencent à être défoncées. Jets de projectiles, bouteilles, pierres, insultes, grenades lacrymogènes, cela devient vite très dur.

Des charges repoussent une première fois les manifestants les plus violents, mélangés à des badauds qui les entourent, ou restent à regarder le dos au mur, vers la place St Augustin qui est, elle aussi, noyée de lacrymogènes, l'air est irrespirable.

17h14 - rue de la Pépinière

Puis les manifestants repartent vers Saint-Lazare, pas de CRS ou de Gendarmes Mobiles, mais des policiers (reconnaissables au liseré bleu sur leurs casques). Ils reculent sous la pression dans une cohue indescriptible, attaqués de tous les côtés, sous l'oeil de nombreuses personnes tenant des téléphones mobiles. On ne voit pas de caméras de chaînes nationales ou de chaînes d'infos, restées, semble-t-il, avec le cortège syndical dont le début est bloqué au niveau de Saint-Lazare. Lacrymogènes, grenades de désencerclement.

Les murs se couvrent de tags "Starbuk paye tes taxes" "La police tue, Tue la police" en lettres rouges sur les vitrines explosées d'un Starbucks au coin, rue de la Pépinière, et Saint-Lazare, près d'une vitrine sur deux est détruite ou étoilée.

Modes & Travaux, agence Maaf dont le mobilier sert de projectiles sur les policiers, deux cafés Starbucks, Marks & Spencer, La Poste et son distributeur, Home Dépot, Cuisines Mobalpa, une parfumerie, les abribus, etc... Je suis les manifestations de Gilets Jaunes à Paris depuis le début où les affrontements étaient souvent violents mais plus mobiles, plus brefs, intermittents, se déroulant généralement sur des grands axes ou places, je suis habitué je regarde bien autour de moi avant de cadrer vite fait une photo, j'évite tout signe distinctif, ou équipement de protection, qui peuvent vous transformer en cible pour les uns ou les autres, les journalistes étant mal vus.

J'ai rarement constaté une violence aussi concentrée sur une zone aussi limitée, peut-être plus spectaculaire vu l'étroitesse de la rue. Il y a beaucoup d'affrontements au corps à corps. Les policiers harcelés sont de plus en plus nerveux. Certains manifestants moins violents refusent de reculer malgré les sommations, en criant des insultes et en se laissant bousculer restant de face ou bien le dos collé aux boucliers, pendant que d'autres attaquent, se jettent sur un policier qui tente d'interpeller un manifestant qui l'a frappé, les deux roulent par terre, les coups partent dans tous les sens, au milieu des cris, des insultes des hurlements, policiers et manifestants sont mélangés. Le lendemain on parlera d'une vidéo montrant un tir de LBD (volontaire ou accidentel ?) à très courte distance, je n'ai pas assisté à la scène. Mais les policiers étaient très méfiants, certains avançant l'oeil collé au viseur de leur lanceur, menacés de tous les côtés par des manifestants exaspérés.

Vers 18.15 h, le cortège syndical et ses camions sono arrivent enfin progressivement devant la gare Saint-Lazare, et sur la place Saint-Augustin. Une sonorisation lance le slogan, inlassablement répété "Tout le monde déteste la police". C'est la dispersion, l'accès aux autocars CGT est libéré. Vers 19 h la circulation reprend. A 20 h pas une mention ou une image de ces incidents sur TF1.

Samedi 09h44 - distributeur de billets La Poste rue de la Pépinière

Bilan selon la préfecture de police de Paris : 16 policiers et 20 manifestants blessés, 26 interpellations

Photos Gilles Klein

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