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La France est aussi au croisement des cultures méditerranéennes et du Nord : nous avons intégré les bons côtés des deux cultures dans notre rapport aux personnes âgées.
La France est aussi au croisement des cultures méditerranéennes et du Nord : nous avons intégré les bons côtés des deux cultures dans notre rapport aux personnes âgées.
©Reuters

Au sommet du podium

La France championne d'Europe de l'espérance de vie des plus de 80 ans : quelle est notre potion magique ?

D'après une enquête d'Eurostat, les seniors français jouissent de la meilleure espérance de vie d'Europe. Une performance qui s'explique, en partie, par la capacité de la France à tirer le meilleur des cultures méditerranéennes et d'Europe du Nord, tant dans les soins apportés aux personnes âgées que dans l'alimentation.

Jean-Marie Robine

Jean-Marie Robine

Jean-Marie Robine est directeur de recherche à l’Inserm et directeur d’Etude à l’EPHE. Au sein du laboratoire MMND de l’Université de Montpellier, il dirige l’équipe Longévité & vitalité.

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Atlantico : A l'occasion du jour mondial pour les personnes âgées, Eurostat s'est livré à une enquête sur l'espérance de vie des Européens âgés de 80 ans (voir ici). A la lecture des résultats, il apparaît que les seniors français arrivent en tête (11 ans), suivi des Espagnols (10,4 ans) et des Luxembourgeois (10,1 ans). Peut-on parler d'une recette miracle ? Comment l'expliquez-vous ?

Jean-Marie Robine : On ne l'explique pas ! On le constate ! La France fait partie des pays les plus développés au monde et profite à fond de sa situation géographique au cœur d'une zone climatique tempérée. Par comparaison, l'Allemagne a un climat continental très chaud en été et très froid en hiver, et l'Espagne ou l'Italie, s'ils profitent d'une douceur en hiver, subissent des températures très élevées l'été. Nous, nous passons entre les gouttes. Mais la France est aussi au croisement des cultures méditerranéennes et du Nord : nous avons intégré les bons côtés des deux cultures dans notre rapport aux personnes âgées. Dans les pays du Sud de l'Europe, les familles s'investissent beaucoup dans les soins apportés aux aînés, il y a une tradition de ce qu'on appelle le "caring". Au Nord de l'Europe, le professionnalisme et le respect de l'autre sont favorisés, tout comme l'autonomie. Toutes ces richesses comme celles de notre alimentation (très diversifiée, à en croire le nombre de plats régionaux en comparaison à la gastronomie nordique, fondée sur quelques aliments) constituent le secret de cette performance, la richesse des influences.

Le capital santé des plus de 80 ans et leur capacité à faire face à la mort dépend des conditions dans lesquelles on les a fait vivre. Ceux qui ont 100 ans aujourd'hui n'ont pas eu les mêmes conditions (alimentation, conditions de travail, scolarisation), que ceux qui ont 60 ans, et encore moins que les quarantenaires.  Les progrès se sont mis en place au cours du XXème siècle, et sur les 75 dernières années, les cohortes successives ont profité d'avancées très importantes.

La baisse des dépenses publiques, et notamment en matière de santé pourrait-elle dégrader cette espérance de vie à long terme ? Si l'on devait se projeter, peut-on dire que cette tendance se poursuivra ?

Une politique brutale qui couperait les soins aux personnes âgées aurait un impact immédiat certes. Cela s'est produit aux Pays-Bas ou au Danemark, où pendant un temps des soins de qualité étaient refusés aux ainés. L'espérance de vie dans ces pays pour les personnes âgées était donc basse. Mais une fois que le système de soin s'est rétabli, l'espérance de vie s'est inversée.

Pareillement, si l'épisode de la grippe espagnole en 1918, ou la crise économique des années 30 et la Seconde Guerre mondiale ont fortement fait chuter l'espérance de vie des séniors, il s'est avéré que très rapidement cette dernière s'est rétablie, et est revenue au même niveau que si cette tendance haussière ne s'était pas interrompue. 5 ans après la grippe espagnole, l'espérance de vie réelle était exactement celle que l'on aurait calculé en l'absence de la grippe.

Peu de politiques publiques peuvent impacter l'évolution de l'espérance de vie. Les phénomènes d'inertie sont considérables. La vie s'étend maintenant sur une centaine d'années. La santé de ses parents et de ses grands-parents compte sûrement beaucoup dans sa propre santé, comme les conditions de vie dans sa petite enfance, l'éducation, les conditions de travail, l'exposition à des facteurs de pollution tout au long de sa vie, comme la qualité de l'air respiré ou de l'alimentation. Dans ces conditions comment un gouvernement élu pour 5 ans pourrait-il changer la donne ? Les dépenses publiques en matière de santé ne sont qu'une toute petite partie de tous ces facteurs ! Les effets potentiels des connaissances, des progrès réalisés à ce jour peuvent se révéler sur les 100 ou 150 années à venir.

Vivre plus longtemps ne signifie pas forcément vivre mieux. Les séniors de plus de 80 ans en France sont-ils également bien lotis par rapport aux autres pays européens ?

Sur cette dernière question, je ne peux que vous inviter à suivre l'actualité. Le Premier ministre doit remettre dans les jours qui viennent le rapport au Parlement sur le nouvel indicateur de richesse, qui prend en compte l'espérance de vie sans incapacité. Nous verrons bien…

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