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Pouvoir de nuisance

La discrète mais efficace revanche de DSK sur François Hollande

Suite à l'accord mené entre la zone euro et la Grèce, Dominique Strauss-Kahn a de nouveau rompu le silence pour exprimer clairement sa position, n'en déplaise à François Hollande et Manuel Valls.

Eddy  Fougier

Eddy Fougier

Eddy Fougier est politologue, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Spécialiste des mouvements de contestation de la mondialisation, il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur ces thèmes : Dictionnaire analytique de l’altermondialisme (Ellipses, 2006), L’Altermondialisme (Le Cavalier bleu, 2008).

Plus récemment, il a publié Thèmes essentiels d’actualité en QCM (2000 QCM) aux éditions Ellipses (2012) ou encore Parlons mondialisation (La Documentation française, 2012)

Eddy Fougier est chargé d’enseignement dans plusieurs écoles, notamment Audencia Nantes – Ecole de management, l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, l’Institut européen des hautes études internationales (IEHEI, Nice) et l’Institut supérieur de formation au journalisme (ISFJ, Paris).

Voir la bio »Olivier Rouquan

Olivier Rouquan

Olivier Rouquan est docteur en science politique. Il est chargé de cours au Centre National de la Fonction Publique Territoriale, et à l’Institut Supérieur de Management Public et Politique.  Il a publié en 2010 Culture Territoriale chez Gualino Editeur,  Droit constitutionnel et gouvernances politiques, chez Gualino, septembre 2014, Développement durable des territoires, (Gualino) en 2016, Culture territoriale, (Gualino) 2016 et En finir avec le Président, (Editions François Bourin) en 2017.

 

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Atlantico : DSK a durement critiqué l'accord trouvé avec la Grèce, parlant de "diktat". Proche de certains frondeurs du PS, l'ancien directeur du FMI s'est clairement positionné à l'inverse des positions de François Hollande, une attitude qu'il cultive depuis plusieurs semaines. En quoi représente-t-il un pouvoir de nuisance pour le président ? Jusqu'où souhaite-t-il "l'ennuyer" ?

Eddy Fouger : Dominique Strauss-Kahn a comme points forts les faiblesses de François Hollande. Il incarne la crédibilité en matière économique, il est considéré comme un expert de classe internationale  – compte tenu de sa carrière universitaire, de son poste de ministre de l'économie, de sa direction du FMI. François Hollande, quant à lui, a tendance à pécher aux yeux de beaucoup sur le plan économique et social, compte tenu des résultats décevants de sa politique, de sa maitrise des déficits de l'endettement public, de croissance, ou de chômage. Le contraste est assez fort entre quelqu'un qui est vu comme extrêmement compétent et respecté au niveau international, et quelqu'un qui n'est pas très estimé.

Le deuxième point fort de DSK, c'est en communication. Il maitrise très bien ce domaine alors que ce n'est pas spécialement un point fort de François Hollande.

La capacité de nuisance que l'ancien patron du FMI peut avoir est de mettre en exergue deux points faibles du président au niveau de l'opinion, voire aux yeux des sympathisants et des militants de gauche. Il l'a fait déjà de manière assez notoire il y a quelques années, et il le fait à nouveau sur cet enjeu particulièrement fort qui a mené à cet accord entre la zone euro et la Grèce.

Le point final de cette nuisance pourrait-être de se positionner comme un recours potentiel à gauche face aux difficultés que François Hollande pourrait connaitre dans sa présidence. Dans une situation où l'économie ne repartirait pas et où au contraire que les difficultés en Grèce ou ailleurs pourraient contribuer à faire que la reprise ne pointe pas le bout du nez, que le chômage continuerait de progresser. François Hollande a dit lui-même que si la courbe du chômage ne s'inversait pas, il ne se représenterait pas. On peut imaginer aussi que Manuel Valls puisse pâtir de cette situation défavorable. Quel serait le plan B à gauche ? Il n'y en a pas beaucoup. Les enquêtes d'opinion ont montré que l'option DSK n'était pas aussi impossible que l'on pourrait l'imaginer il y a quelques années.

En revanche, il est limité par son gros point faible qu'est l'exemplarité et l'image personnelle qu'il dégage. Elle a été largement abimée par les histoires que nous avons connues.

Olivier Rouquan : Je ne suis pas sûr que DSK cherche à ennuyer le Président. Il exprime une opinion partagée par nombre d'économistes et d'anciens responsables, dont Romano Prodi ou Jacques Delors, visant à souligner le manque d'audace de l'Union européenne, essentiellement du fait de la rigidité de la posture allemande. DSK ajoute qu'il sait gré à François Hollande d'avoir "tenu"... En creux, peut-être lu un regret pour la France, celui de ne pas avoir instauré un rapport de forces plus dur avec Berlin après 2012, et d'avoir mis entre parenthèses la stratégie de croissance. Mais la France pouvait-elle faire autrement du fait de ses faiblesses économiques structurelles ?

Applaudi par de nombreux frondeurs, peut-il semer la zizanie au sein du PS ? Sur quel écho peut-il compter au sein des sympathisants PS ?

Eddy Fouger : Les déclarations qu'il a faites ont été soutenues par les frondeurs, mais à priori, ce n'est pas de ce côté-là qu'il a des alliés potentiels. Il était plutôt sur l'aile droite du parti. Mais avec l'hypothèse d'une situation compliquée à la fois politiquement et économiquement, DSK pourrait être un recours en terme de crédibilité, comme Martine Aubry pourrait être un recours s'il fallait réaffirmer des idéaux de gauche. Ce serait un symbole fort. Pour le moment, il reste encore un peu le mouton noir infréquentable. On se souvient de l'anniversaire de Julien Dray où beaucoup de socialistes n'avaient pas osé se montrer à ses côtés. Mais cela peut évoluer. Ses alliés sont discrets, on peut imaginer que si les sondages sont porteurs, qu'on le voit de plus en plus à la télévision, il pourra retrouver des soutiens.

Olivier Rouquan  DSK dispose d'un magistère, d'un certain "charisme" et de réseaux liés à sa trajectoire élitaire. Mais au PS, il n'est pas en situation de "commander". Il peut garder une influence sur des individus extraits de la faction "rocardo-jospiniste", mais la mention même de ce "courant" est datée... Par ailleurs, les frondeurs ont bâti leur combat sur des idées à priori plutôt éloignées de la "marque" DSK, moderne et très convertie à l'economie de marché.

A-t-il encore des réseaux au sein du parti ? A-t-il réussi à reconstituer une garde rapprochée à laquelle il souffle quelques idées ?

Eddy Fouger : Pas encore. Cambadélis était un Strauss-Kahnien, Moscovici commissaire européen aussi. La citadelle strauss-kahnienne pourrait être reconstruite si les sondages redeviennent intéressants pour eux. Tout cela aussi peut-être discret, nous n'avons pas tous les éléments pour affirmer qu'il a réussi à se reconstituer une garde rapprochée.

Olivier Rouquan : Il est à mon avis trop tôt pour savoir si DSK veut instrumentaliser des réseaux au PS. Il y garde incontestablement des "amitiés", mais pour l'heure, étant hors jeu, il ne les attire pas, ni ne les mobilise. Ceux qui ont rejoint les équipes Valls et Hollande sont dans l'action et ne peuvent se permettre le type de commentaires fait par DSK sur l'accord passé à propos de la Grèce. La parole et les actes ne sont donc pas les mêmes entre l'ancien présidentiable et ceux qui exercent le pouvoir, parfois, non du fait de convictions différentes, mais de la position dans le jeu. A ce sujet, plutôt que de lire des divergences, peut être émise l'hypothèse de la complémentarité des discours. L'espace est ainsi ouvert pour de nouvelles propositions en faveur de la zone Euro.

Peut-on croire que DSK imagine encore être le sauveur de la gauche en 2017 ou même pour 2022 ? Brigue-t-il une autre place dans les années à venir  (en coulisses ou sur le devant de la scène) ?

Eddy Fouger : Est-ce qu'il y croit ? Je ne suis pas dans sa tête, mais je suis à peu près persuadé qu'il a cela en ligne de mire. Le jour de l'entrée en fonction de François Hollande, il avait porté plainte en expliquant que les affaires qui l'avaient obligé à quitter ses fonctions avaient nui à sa carrière politique. Il avait cette ambition de se présenter au nom du Parti socialiste, il était le favori à un point tel que certain s'interrogeait même sur l'organisation des primaires. Effectivement, il considère à priori que les affaires qui l'ont touché n'étaient pas des affaires avérées et qu'elles sont le fruit d'un complot contre sa personne. Il l'avait dit même avant l'affaire de New-York, dans un déjeuner avec des journalistes. Il avait expliqué qu'on allait lui mettre entre les pattes une jeune femme et que cela allait aboutir à un certain nombre de scandales. Il était vraiment persuadé qu'il allait se passer quelque chose, donc je pense que dans sa tête, même s'il a été affecté, ses ambitions restent les mêmes. Est-ce que ce sera pour 2017 ? Pour 2022 ? 2017, pourquoi pas, il peut y avoir une crise grave qui ferait qu'à gauche, en dehors de François Hollande et Manuel Valls, il n'y ait pas grand monde pour se présenter à la présidentielle. Je suis certain que ces ambitions n'ont pas été diminuées par les affaires qui l'ont concerné.

Ensuite, je pense qu'il a ses ambitions nationales qui n'ont pas été refroidies par ce qu'il s'est passé et qu'il a également des ambitions internationales : occuper une fonction importante dans une organisation internationale ou une institution européenne. Lorsque j'ai regardé ce qu'il a publié sur son blog, cela a été traduit en Français, en Anglais, en Allemand, ce qui prouve bien qu'il veut donner une dimension internationale et se donner une place. Je pense qu'il se tient près aussi au cas où pour exercer des fonctions à cette échelle-là.

Olivier Rouquan : Posez lui la question. Qui sait ? En politique, "rien ne se passe comme prévu".

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