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Crédits Photo: FRANK PERRY / AFP

Perte de pouvoir d'achat

La crise du Covid pourrait faire perdre aux Britanniques 1350 euros sur leur rémunération annuelle d’ici 2025. Quid des Français ?

Selon le think Tank Resolution Fondation, la crise sanitaire va coûter 1200 livres par an de salaire aux britanniques jusqu’en 2025. Les ménages français connaitront-ils une baisse similaire ?

Pascal de Lima

Pascal de Lima

Pascal de Lima est un économiste de l'innovation, knowledge manager et enseignant à Sciences-po proche des milieux de cabinets de conseil en management. Essayiste et conférencier français  (conférences données à Rio, Los Angeles, Milan, Madrid, Lisbonne, Frankfort, Vienne, Londres, Bruxelles, Lausanne, Tunis, Marrakech) spécialiste de prospective économique, son travail, fondé sur une veille et une réflexion prospective, porte notamment sur l'exploration des innovations, sur leurs impacts en termes sociétaux, environnementaux et socio-économiques. Après 14 années dans les milieux du conseil en management et systèmes d’information (Knowledge manager auprès de Ernst & Young, Cap Gemini, Chef Economiste-KM auprès d'ADL et Altran 16 000 salariés, toujours dans les départements Banque-Finance...), il fonde Economic Cell en 2013, laboratoire d’observation des innovations et des marchés. En 2017, il devient en parallèle Chef Economiste d'Harwell Management.

Diplômé en Sciences-économiques de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris (PhD), de Panthéon-Sorbonne Paris 1 (DEA d'économie industriel) et de Grandes Ecoles de Commerce (Mastère spécialisé en ingénierie financière et métiers de la finance), il dispense actuellement à Sciences-po Paris des cours d’économie. Il a enseigné l'Economie dans la plupart des Grandes Ecoles françaises (HEC, ESSEC, Sup de Co, Ecoles d'ingénieur et PREPA...).

De sensibilité social-démocrate (liberté, égalité des chances first et non absolue, rééquilibrage par l'Etat in fine) c'est un adèpte de la philosophie "penser par soi-même" qu'il tente d'appliquer à l'économie.

Il est chroniqueur éco tous les mardis sur Radio Alfa, 98.6FM, et chroniqueur éco contractuel hebdomadaire dans le journal Forbes.

 

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Atlantico.fr : Le think Tank Resolution Fondation estime que la crise sanitaire va coûter 1200 livres par an de salaire aux britanniques jusqu’en 2025. Quels sont les éléments qui vont entraîner cette perte de salaire selon eux ?

Pascal de Lima : D’abord c’est au niveau de la dépense publique que le problème semble se poser, en particulier via la baisse des dépenses sociales qui ponctionne forcément le pouvoir d’achat des britanniques surtout ceux des classes populaires jusqu’aux classes moyennes. Viennent ensuite une diminution des salaires et une hausse du chômage. Il faut ajouter même si cela ne rentre pas bien évidemment dans les salaires, le jeu des banques, avec une réduction drastique des crédits à la consommation. Finalement les paramètres avancés en tout cas dans l’article semblent assez basiques.

Atlantico.fr : Doit-on craindre une évolution des mêmes indicateurs en France ? Est-il possible d’estimer ainsi la perte de salaire que cela va représenter pour les ménages français ?

Pascal de Lima : Avançons trois études : l’étude de GfK (Purchasing Power Europe 2020), celle des enquêtes Cofidis/CSA et celle de l’OFCE (Observatoire Français des Conjonctures Economiques).

La première semble mettre l’accent sur le fait que le pouvoir d’achat des français baisserait de 4% en 2020 par rapport à 2019 et positionnerait la France au 15ème rang européen. D’une certaine façon, ce ne serait pas si catastrophique que cela puisque l’Europe perdrait 5,3%. La France ferait donc mieux, principalement à cause des mesures de chômage partiel.

Les enquêtes Cofidis/CSA précisent les choses. 4 français du 10 seraient affaiblis par la crise de la Covid et cela concernerait principalement les commerçants, les artisans, les chômeurs, les ouvriers, et les jeunes actifs. Les principales causes sans grande surprise sont le chômage partiel ou un arrêt d’activité et la hausse des dépenses alimentaires avec la fermeture des écoles (premier temps). Par ailleurs les découverts bancaires moyens s’élèveraient à 375 euros en fin de mois c’est-à-dire 34 euros de plus qu’il y a un an et ceux qui ont un crédit à la consommation ont demandé 6 fois plus de reports. D’une certaine façon, c'est la population qui ne peut pas télétravailler qui a payé le plus lourd tribu à la crise.

Enfin, l'OFCE précise que la perte de revenu pendant la période de confinement aura été de 410 euros en moyenne pour les salariés au chômage partiel. Les futurs plans sociaux et faillites d’entreprises pourraient aggraver la donne. Ce qui apparaît encore plus inquiétant, c’est que les associations caritatives voient un afflux de nouvelles personnes en situation économique critique, les étudiants qui vivaient de petits jobs, les petits commerçants et autoentrepreneurs, les saisonniers, les mères célibataires, bref une concentration des difficultés. Un autre indicateur qui peut révéler ces difficultés est l’épargne en livret A, celui-ci a considérablement augmenté.

Pour résumer, ce sont plutôt ceux qui ne peuvent pas télétravailler, et/ou en situation de précarité qui ont payé le plus lourd tribu à cette crise.


Atlantico.fr : Que devrait faire le gouvernement pour limiter au maximum cette baisse de pouvoir d’achat ?

Pascal de Lima :« Quoi qu’il en coute » : il faudrait donc continuer à soutenir l’économie comme il le fait depuis le début. Ce qui m’inquiète davantage, c’est que l’on ne parle pas du tout de la formation professionnelle. En clair, cette crise a accéléré la transformation des métiers et si à court terme on peut compter sur les différentes interventions publiques, à long terme il va bien falloir s’interroger sur les métiers de demain et la formation professionnelle et d’ailleurs, un revenu universel. C’est ce que j’explique dans mon livre « Capitalisme et Technologie : les liaisons dangereuses – Vers les métiers de demain, paru aux Editions Forbes.

Pour rester plus conventionnel, on pourrait cibler les personnes les plus exclues du marché du travail. Certes il y a les dispositifs de chômage partiel, le Smic et la prime d’activité, mais il y a tout ceux qui cumulent des petits boulots, déclarés ou non et qui se retrouvent aujourd’hui sans emploi. On pourrait élargir le RSA, ou un chèque…Mais on restera toujours coincé pris en étaux avec ces marges de manœuvre du gouvernement quasi inexistantes aujourd’hui. Puis augmenter le Smic fragiliserait les entreprises. Quoi qu’il en coûte, ce qui est sûr c’est que le choix a été de s’endetter pour aider principalement les entreprises…On reste dans la politique de l'offre en espérant un ruissellement. 

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