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La Belgique est très concernée par le terrorisme actuel
©Reuters

Intégration, une fois !

La Belgique face au djihadisme et à ses errances en matière de politique d'intégration

Alors que des attentats djihadistes viennent d'être déjoués à Bruxelles, se pose la question de la politique d'immigration et d'intégration de la Belgique qui a pris du retard en la matière.

Alain  Destexhe

Alain Destexhe

Alain Destexhe est député belge,  ex sénateur, initiateur de la commission d'enquête du Sénat belge sur le génocide du Rwanda. Il a également été secrétaire général de Médecins Sans Frontières et est l'auteur de Le mouvement flamand expliqué aux francophones (ed. La Renaissance du livre).

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Atlantico : Comment est perçue en Belgique la situation de la France et sa politique actuelle d'intégration et d'immigration ? Quels choix a fait la Belgique en la matière ?

Alain Destexhe : Il n'y a pas beaucoup de connaissance de ce qui passe en France mais la seule chose marquante est qu'il y a plus de débats en France à ce sujet. Probablement à cause du phénomène Marine Le Pen qui n'existe pas en Belgique, probablement aussi parce que Sarkozy a fait plusieurs campagnes là-dessus. Pendant très longtemps, chez nous, il y a eu un tabou autour de ce thème qui était peu abordé par les médias ou par le monde politique. C'est surtout le nouveau gouvernement en place depuis quelques mois qui a fait fortement évoluer la politique d'immigration et d'intégration.

Pendant longtemps, la Belgique a eu une politique d'immigration extrêmement laxiste, c'est-à-dire que tous les indicateurs relatifs rapportés à la France étaient supérieurs : il y avait plus de demandeurs d'asile, plus de régularisations humanitaires, il y eu aussi des opérations de régularisations en masse de sans-papiers, la dernière en 2011, la nationalité était très facile à obtenir... Ça a commencé à évoluer pendant toute la période de crise durant laquelle la Belgique n'avait plus de gouvernement. Le Parlement a eu alors un certain rôle a joué alors que d'habitude, il soutient la majorité. Comme il y a toujours eux des alliances contre-nature entre socialistes, libéraux et démocrates-chrétiens et que, pour la gauche, il n'était pas question de toucher à ces politiques d'immigration et d'intégration, il n'y avait pas d'évolution sur ce thème. Pendant la crise du gouvernement, un certain nombre de lois ont été votées avec des majorités parlementaires qui ne correspondaient pas à la majorité gouvernementale. On a notamment restreint la possibilité du regroupement familial, on est allé aux limites de ce que l'Europe permet alors qu'il y a encore trois ans, il n'y avait pas de conditions de ressources. La loi pour la nationalité, qui était la plus laxiste d'Europe (il suffisait de trois ans de séjour pour devenir belge), a aussi évolué avec des durcissements des conditions de l'obtention de la nationalité.

Quels sont les rôles des régions ? Y a-t-il de grandes différences entre les régions francophones ou flamandes ?

Pour l'intégration, c'est compliqué, car cette politique est entre les mains des gouvernements régionaux. Il y a donc trois politiques d'intégration: flamande, wallonne et bruxelloise. Les seuls qui ont mis en place une politique d'intégration avec sont les Flamands où il existe un vrai parcours de citoyenneté pour un immigré qui doit aussi suivre des cours de néerlandais. Cela n'existe pas du côté francophone où les régions sont dirigées par le parti socialiste dont le sort est directement lié à l'immigration. Des choses graves comme les attentats antisémites ne sont jamais discutées dans les Parlements régionaux francophones. Il n'y a pas beaucoup de cohérence au niveau national et la Belgique reste un parti de tabou et de politiquement correct.

L'intégration est donc un désastre : on a les problèmes de la France mais de manière plus importante. A la différence que cela émerge peu dans le débat public. Nous n'avons pas de presse pluraliste. Du côté francophone, nous n'avons que 2 chaînes de télévision, 6 quotidiens et 2 hebdomadaires de centre-gauche. On ne trouvera jamais d'article du genre: « il faut arrêter l'immigration ». Il y a des faits divers sur la non-intégration, mais il y a jamais de réél débat là-dessus. Cela aussi est en train de changer avec le nouveau gouvernement.

La Belgique a-t-elle connu des émeutes comme en France ? Y a-t-il des points de comparaison entre la situation française et belge ?

Il y a eu plusieurs émeutes, une pas plus tard de la semaine derrière où une centaine de jeunes ont attaqué un commissariat avec des cocktails molotov. Il y en a eu dans la banlieue bruxelloise mais ça a toujours été des mouvements isolés et locaux, il n'y a jamais eu de flambée de violence comme il y en a eu dans la banlieue française il y a quelques années.

Il y a un autre phénomène, c'est l'antisémitisme massif chez une partie des populations musulmanes. Un hebdomadaire a mis en évidence que, dans les écoles publiques de Bruxelles, il n'y a plus aucun juif : ils en ont été exclus par la pression sociale de leurs camarades musulmans. Il y a des problèmes aussi de zones de non-droit où la police ne vient plus qu'en force pour les choses importantes. Il y a aussi un port massif du voile. Nous avons donc d'énormes problèmes d'intégration à Bruxelles.

Qu'a changé l'arrivé du parti politique Vlaams Belang en la matière ?

Le Vlaams Belang n'a plus beaucoup d'influence. Ils essaient d'en regagner un peu. On a notamment l'apparition du mouvement Pegida en Flandres qui appelle à une manifestation le 26 janvier, mais il faut voir ce que ça va donner. Toutefois, le Vlaams Belang est clairement en perte de vitesse aujourd'hui, en partie parce que le gouvernement applique d'autres politiques d'immigration et d'intégration que quand il y avait les socialistes.


 

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