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Emmanuel Macron aux côtés d'Angela Merkel et de Xi Jinping lors de leur rencontre à l'Elysée en mars 2019. Les dirigeants de la Chine, de la France, de l'Allemagne et de l'UE devaient se réunir pour des discussions.
Emmanuel Macron aux côtés d'Angela Merkel et de Xi Jinping lors de leur rencontre à l'Elysée en mars 2019. Les dirigeants de la Chine, de la France, de l'Allemagne et de l'UE devaient se réunir pour des discussions.
©ludovic MARIN / AFP

Changement de braquet

L’UE durcit le ton face à la Chine

Comme le révèle un rapport d’état des lieux des discussions entre l’Europe et la Chine révélé par Politico Europe, Bruxelles s’inquiète de l’absence de progrès faits par Pékin en matière de coopération économique. C’est pourtant au nom de cette coopération que l’Europe retenait jusqu’ici ses coups sur l’autoritarisme du régime chinois.

Michael Lambert

Michael Lambert

Michael E. Lambert est titulaire d'un doctorat obtenu à Sorbonne Université en collaboration avec l’INSEAD - Campus de Fontainebleau (décembre 2016). Son analyse au sein de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) porte sur la psychologie politique et les acteurs de la politique étrangère de la Chine et des États-Unis en Eurasie.

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Atlantico : Il y a à peine quatre mois la Commission européenne a approuvé un accord d’investissement controversé pour ouvrir le marché chinois aux entreprises européennes, mais la lune de miel semble derrière elle tant le pays ne semble pas ouvrir ses marchés aussi vite que prévu aux entreprises européennes. L’UE a d’ailleurs annoncé une série de sanctions légères à l’encontre de responsables chinois pour leur rôle dans la répression des Ouïgours. Cela est-il l’expression d’un vrai changement de stratégie ou un coup de communication pour tenter d’impressionner Pékin ? 

Michael Lambert : La relation entre l'Union européenne (Europe) et la République Populaire de Chine (Chine) a évolué au cours des vingt dernières années, et si Beijing était tributaire des capitaux étrangers pour son développement au cours des décennies 1990 et 2000, le contexte contemporain est inverse, avec une dépendance de l'Occident aux produits et services chinois, comme le montre la pénurie de composants électroniques en 2021.
 
Beijing, grâce à sa bonne gouvernance et à la numérisation de ses services, est désormais la première économie mondiale, la deuxième puissance militaire et spatiale après les États-Unis, avec des projets informatiques ambitieux qui lui permettent de se hisser au rang de cyberpuissance.
 
À ce titre, la Chine peut se permettre de négocier les termes de sa relation avec les pays membres de l’Union européenne dont l'économie et la démographie sont stagnantes, et il est intéressant de noter que les sanctions économiques et diplomatiques de Bruxelles n'ont aucun effet sur l'économie chinoise, renforçant même son marché intérieur comme en témoigne la qualité des voitures électriques fabriquées en Chine.  
 
Au contraire, la réticence de l'Europe à accroître la présence des capitaux chinois sur le continent entraîne des retards technologiques considérables dans la mise en œuvre de services essentiels tels que la 5G et les crypto-monnaies. 
 
Ces jours-ci, l'Europe, en particulier post-BREXIT, n'impressionne ni les États-Unis, ni la Russie, ni la Chine. Il s'agit donc d'une opération de communication.

Bruxelles s’inquiète de l’absence de progrès faits par Pekin en matière de coopération économique et de la concurrence avec le pays sur le sujet d’une avance technologique en dépit de ses engagements. L’Europe est-elle condamnée à rester le dindon de la farce ?

L'Europe, comme le mentionnait Jean-Jacques Servan-Schreiber dans son ouvrage "Le défi Américain” en 1967, n'a pas réussi à saisir l'importance des nouvelles technologies et si certains pays comme l'Estonie et la Suède innovent, la majorité des États membres affichent un retard conséquent en matière de numérisation.
 
Les citoyens européens peinent à adopter les changements technologiques et la dématérialisation complète des services (FinTech, investissements dans les crypto-monnaies, vote en ligne, e-santé, etc.) n'est pas encore une réalité. La seule opportunité pour l'Europe serait d'adopter un modèle numérique qui est celui de l'Estonie, à ce jour le seul pays membre ayant une approche pertinente dans ce domaine et pouvant apporter une alternative democratique au modèle proposé par Beijing. 

Sur le volet diplomatique, y a-t-il une unité de l’Union-Européenne ? Jusqu’où les pays membres sont-ils prêts à aller pour un intérêt économique commun ? 

Il n'y a plus de cohésion européenne comme en témoigne la crise de la Covid-19 et la primauté de la nation sur la solidarité européenne en temps de crise. Il est manifeste que l'Europe doit repenser toute son approche et développer une Blue Ocean strategy si elle veut survivre dans un monde de plus en plus compétitif. 
 
Plus généralement, on constate que les structures administratives supranationales ne sont guère nécessaires, leur suppression permettant au système de s'autoréguler et aux entreprises de se développer plus rapidement. 
 
À titre d'exemple, l'euro n'est plus pertinent dans un environnement où les crypto-monnaies offrent plus de flexibilité et de sécurité pour les utilisateurs. 
 
Le poids de l'administration européenne est devenu une réalité dans le quotidien des citoyens, ainsi que l'influence du lobbying. Le "Rêve européen" appartient au passé. L'avenir de l'Union européenne dépendra de la transition vers plus de liberté avec le développement des services offerts par les FinTech, l'éducation en ligne (par exemple edX et Coursera), et la numérisation en général, à ce jour l'administration européenne retarde ce développement plus qu'elle n'y participe.

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