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La force de Jean-Marie Le Pen aujourd’hui est la cote de popularité dont il jouit auprès des militants.

Papy fait de la résistance

L'ombre du père : Jean-Marie Le Pen reste beaucoup plus central pour le FN que ne le voudrait Marine

Jean-Marie Le Pen sera candidat aux élections européennes dans la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur. A presque 86 ans, le Président d'honneur du Front national oscille entre un rôle de colonne vertébrale idéologique et celui de boulet passéiste.

David Doucet

David Doucet

David Doucet est journaliste et l'auteur de "Histoire du Front National" aux éditions Tallandier.

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Atlantico : Jean-Marie Le Pen, président d'honneur du Front national, âgé de 85 ans, se représentera aux élections européennes en 2014 en région PACA. Alors que Marine Le Pen tente de mettre en place une stratégie de dédiabolisation, cette nouvelle candidature est-elle réellement la bienvenue ? 

David Doucet : Jean-Marie Le Pen reste la figure tutélaire du Front national et Marine Le Pen est contrainte de composer avec lui. Sa légitimité historique et l’autorité morale qu’il continue à exercer au sein du mouvement lui permettent de faire à peu près ce qu’il veut. Il est difficile de juger cette nouvelle candidature de Jean-Marie Le Pen. Elle ne pourra l’être qu’à l’aune des résultats électoraux qu’il réalisera. S’il passe sous le seuil des 10%, il devra sans doute songer à raccrocher les gants. Mais aujourd’hui, le président d’honneur du FN n’envisage pas une retraite politique. Il aime répéter que « la retraite, c’est la mort » donc tant qu’il sera en capacité, il continuera à se présenter à des élections. Il est heureux d’avoir transmis la présidence du FN à sa fille mais il estime qu’il a toujours quelque chose à lui apporter.

Quelle est aujourd'hui l'influence réelle de Jean-Marie Le Pen sur le parti ?

Jean-Marie Le Pen ne pèse plus tellement sur la ligne idéologique du parti mais il aime se poser en gardien du temple. C’est lui qui rappelle la ligne en quelque sorte. C’est d’ailleurs lui qui a convaincu Marine Le Pen de revenir aux fondamentaux du FN (immigration, insécurité) dans la dernière ligne droite de la campagne présidentielle de 2012, alors qu’elle privilégiait jusqu’alors des thèmes économiques et sociaux.

Est-il en train de devenir un "boulet" pour Marine Le Pen ou reste-t-il la véritable colonne vertébrale du FN ? 

La force de Jean-Marie Le Pen aujourd’hui c’est la cote de popularité dont il jouit auprès des militants. Lors des universités d’été du mouvement le week-end dernier à Marseille, le nom du président d’honneur du FN a par exemple été scandé à plusieurs reprises par le public frontiste, au grand dam de certains conseillers de Marine Le Pen. Contrairement à sa fille qui peut paraître plus froide, Le Pen n’a aucun mal à se montrer tactile et chaleureux avec son public. Il sait provoquer l’enthousiasme d’une salle de meeting, il manie avec délectation la langue frontiste, il sait faire rire son auditoire d’une blague paillarde avant de le flatter d’une locution latine. Il ne craint pas le contact direct avec les militants, quand Marine Le Pen éprouve plus de difficultés dans ces domaines.

Dans votre livre, Histoire du Front national, vous rappelez que le FN n’aurait pas vu le jour sans l’apport décisif de la formation néofasciste d’Alain Robert : Ordre nouveau. D’autres leaders extrémistes ont également œuvré dans l’ombre à la construction du parti frontiste. Avec l'arrivée de Marine Le Pen, ces groupuscules extrémistes ont-ils vraiment disparu ?

La défaite de Bruno Gollnisch lors du congrès de Tours en janvier 2011, a sonné le glas de l’extrême droite historique. Peu de temps après sa victoire, Marine Le Pen s’est empressée de mettre à l’écart les militants les plus radicaux, et en premier lieu ceux de L’Œuvre française fondée par Pierre Sidos. Au mois d’avril 2011, dix-sept adhérents frontistes sont passés devant la commission de discipline du parti. Parmi eux, de nombreux militants pétainistes de L’Œuvre dont Alexandre Gabriac ou bien encore Yvan Benedetti. Mises en avant par le parti lui-même, ces évictions ont symbolisé la volonté de Marine Le Pen de rompre définitivement avec l’extrême droite la plus folklorique. Pourtant, des militants radicaux continuent à graviter autour de la direction du FN. On trouve par exemple dans la garde rapprochée de Marine Le Pen des anciens du syndicat d’extrême droite GUD, tels que Frédéric Chatillon, défenseur de la Syrie d’Assad et proche de Dieudonné, ou bien encore Philippe Péninque. Enfin, le militant nationaliste révolutionnaire, Christian Bouchet, a récemment été investi pour être candidat aux municipales dans la ville de Nantes.

Gardent-ils une certaine influence, notamment auprès de Jean-Marie Le Pen ?  

Aujourd’hui, une grande partie de l’extrême droite radicale évolue en périphérie du Front national et non en son sein. Les petites formations d’extrême droite telles que le Parti de la France de Carl Lang ou bien encore le Bloc Identitaire de Fabrice Robert n’exercent aucune influence sur Jean-Marie Le Pen puisqu’ils n’ont aucun poids électoral. Par contre, Marine Le Pen fait parfois des entorses à sa stratégie de dédiabolisation pour recruter des cadres structurés qui lui font cruellement défaut. On raconte ainsi dans notre livre, le flirt poussé entre la présidente du FN et le Bloc identitaire pour débaucher certains de ces leaders tels le patron de Nissa Rebela, Philippe Vardon.

Propos recueillis par Alexandre Devecchio

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