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L'Europe et le retour de la Turquie ottomane
©REUTERS/Murad Sezer

Sublime Porte

L'Europe et le retour de la Turquie ottomane

Dans le brouhaha de la politique française, le retour de la Turquie ottomane, cette puissance musulmane dont les visées politiques menaçaient directement l'Europe, passe inaperçu. C'est bien dommage, car le président islamiste Erdogan est en passe de remporter son bras de fer et d'obtenir un feu vert pour déverser des millions d'immigrés turcs dans nos pays.

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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L'Europe et le retour de la Turquie ottomane
 
Dans le brouhaha de la politique française, le retour de la Turquie ottomane, cette puissance musulmane dont les visées politiques menaçaient directement l'Europe, passe inaperçu. C'est bien dommage, car le président islamiste Erdogan est en passe de remporter son bras de fer et d'obtenir un feu vert pour déverser des millions d'immigrés turcs dans nos pays.
 

La Commission Européenne cède à Erdogan

 

Hier, la Commission a proposé ce qu'elle appelle pudiquement une "réforme du système de Dublin", qui n'est rien d'autre qu'un triomphe politique majeur pour Erdogan.

En voici le résumé, qui est sans ambiguïté ou presque:

The Commission makes legislative proposals to reform the Common European Asylum System. It also opens the way for a decision on visa-free travel for citizens of Turkey by June and takes next steps towards lifting temporary internal border controls.

(La Commission fait une proposition législative pour réformer le système commun européen d'asile. Elle ouvre également la voie à une décision sur la suppression des visas pour les citoyens turcs à compter de juin et elle décide de nouvelles étapes dans l'aménagement temporaire des contrôles aux frontières internes de l'Union).

La proposition de la Commission repose donc sur trois piliers.

  • Le premier est celui de la relocalisation des migrants arrivant en masse dans un pays incapable de supporter cet effort. Les migrants seront automatiquement relocalisés dans un autre pays de l'Union, sauf à ce que celui-ci assume une dépense de 250.000€ par migrant refusé.
  • Le second pilier consiste à supprimer l'exigence de visa pour les Turcs voyageant dans l'Union. Cette porte ouverte à l'immigration de masse des Turcs en Europe, en remplacement des migrants syriens, constitue la principale victoire d'Erdogan.
  • Le troisième pilier consiste à autoriser la prolongation des contrôles aux frontières en dépit de Schengen.
 

L'hallucinant argument sur la Turquie

Pour expliquer la levée des visas pour les Turcs, le vice-président de la Commission Frans Timmermans, dont il ne faut jamais oublier qu'il a effectué son service militaire dans les renseignements, a fourni cette déclaration hallucinante:

"Turkey has made impressive progress, particularly in recent weeks, on meeting the benchmarks of its visa liberalisation roadmap. There is still work to be done as a matter of urgency but if Turkey sustains the progress made, they can meet the remaining benchmarks."

(La Turquie a fait d'impressionnants progrès, particulièrement ces dernières semaines, dans le respect des critères de sa feuille de route pour la libéralisation des visas. Il y a encore du travail qui doit être fait très vite mais si la Turquie confirme les progrès accomplis, elle peut répondre à sa feuille de route)

Les progrès faits ces dernières semaines par la Turquie sont bien connus: expropriation du journal d'opposition Zaman et arrestations en série de journalistes trop résistants. Il faut vraiment que Timmermans veuille beaucoup de mal au continent européen pour mentir à ce point.

Erdogan annonce l'islamo-fascisme en Turquie

Pendant que les autruches européennes se mettent la tête dans le sable pour dire tout le bien qu'elles pensent des remarquables réformes turques, Erdogan ne se cache même plus pour préparer l'avénement d'un parfait islamo-fascisme dans son pays. Un congrès extraordinaire de l'AKP devrait être organisé le 22 mai pour démettre le Premier Ministre Davutoglu de ses fonctions.

Erdogan reprocherait deux points majeurs à Davutoglu. Le premier est d'avoir critiqué la mise en détention provisoire des journalistes inquiétés pour leur délit d'opinion. Le second serait d'avoir unilatéralement accepté l'accord avec l'Europe (pourtant très favorable à la Turquie) sur la réimpatriation des migrants clandestins.

D'ici au mois de juin, Davutoglu pourrait donc être évincé au profit d'une autorité sans limite d'Erdogan. Rien n'exclut que le Président turc soit pressé d'agir pour bloquer un accord avec l'Europe.

Erdogan ou le retour du sultan ottoman

La ligne Erdogan confirme, s'il le fallait, les visées expansionnistes de la Turquie islamiste en Europe (niée avec des cris d'orfraie par les bobos bisounours français) et l'utilisation effrayante de l'arme démographique dans ce conflit qui ne dit pas son nom. La Turquie ne cherche pas à dominer l'Europe par les armes, comme elle le fit il y a quelques siècles, mais par la population.

Erdogan a utilisé les migrants pour déstabiliser l'Europe et lui arracher les décisions utiles en échange d'un contrôle des flux migratoires. Ces décisions utiles sont d'abord d'ouvrir les frontières de l'Union à l'immigration massive des Turcs.

Reste à savoir si les Etats membres de l'Union se laisseront faire... Les manoeuvres d'Erdogan finiront peut-être par provoquer un sursaut de conscience sur les véritables visées turques, qui sont tout sauf pacifiques.

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