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Les fonds d’investissement ont-ils perverti l’économie de marché ?

La finance, notre ennemie ?

L'étude qui fait boum aux États-Unis : les fonds d’investissement ont-ils perverti l’économie de marché en étouffant la concurrence ?

Une étude publiée le 15 avril par les économistes José Azar, Martin Schmalz et Isabel Tecu a mis en évidence un affaiblissement de la concurrence lorsque plusieurs entreprises du même secteur étaient détenues par un petit groupe d’investisseurs. Un effet très concret : le prix des billets d'avion.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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En 1890, les Etats-Unis posaient les bases du droit de la concurrence, avec l’instauration du Sherman Antitrust Act, et dont l’objectif était de lutter contre les coalitions d’intérêts et les situations monopolistiques. Mais après plus d’un siècle de législation, selon l’économiste José Azar et ses coauteurs Martin Schmalz et Isabel Tecu, les Trusts sont de retour sous une forme nouvelle, celle des fonds d’investissement.

Dans une étude publiée le 15 avril dernier, les trois économistes ont ainsi pu mettre en évidence un affaiblissement de la concurrence lorsque plusieurs entreprises du même secteur étaient détenues par un petit groupe d’investisseurs. En l’espèce, le secteur aéronautique.

L’observation initiale des auteurs repose sur l’évolution des acteurs de la gestion d’actifs, c’est-à-dire des maisons de fonds d’investissements. D’une part, le secteur gère de plus en plus d’argent, et d’autre part, le secteur est de plus en plus concentré. Le résultat est que certaines sociétés détiennent des pans entiers de l’économie. Ici, des compagnies aériennes.

La problématique soulevée par José Azar est que certains fonds n’opèrent plus de choix au sein d’un secteur économique, c’est l’ensemble du secteur qui se retrouve représenté dans la masse. Ainsi, un gérant d’actifs A pourra détenir des actions des sociétés 1, 2, et 3, alors que celles-ci sont en concurrence directe. L’effet, à terme, est que les effets de la concurrence entre ces différences sociétés va s’atténuer et produire une hausse relative des tarifs, qui attendrait de 3% à 11% du prix du billet d’avion, selon les auteurs.

« Ainsi, nous avons découvert que les prix des produits sont de 3 à 11% plus élevés en raison de l’appartenance commune des société, en comparaison d’une situation ou les sociétés seraient détenues séparément, ou dans laquelle les sociétés ignoreraient l’incitation anti-compétitive causée par leur détention commune »

Le processus est le suivant ; les deux sociétés concurrentes savent que leur actionnaire de référence est identique. Elles constatent, à elles deux, être en situation de monopole sur un certain nombre de trajets donnés. Dans une telle configuration, les sociétés vont faire le choix de ne pas entrer en concurrence entre elles (ce qui provoquerait une baisse des tarifs), elles vont préférer user de leur avantage au profit de l’actionnaire unique et ce, au détriment du consommateur. La situation monopolistique est avérée, ainsi que l’abus de cette position, mais à un échelon supérieur de la société elle-même.

Et cette situation n’a pas besoin d’être explicitée par l’actionnaire pour être réelle. C’est-à-dire que le gérant d’actifs n’a pas besoin de se manifester, de demander expressément aux dites sociétés d’agir de la sorte. Ces dernières le comprennent d’elles-mêmes, simplement en poursuivant l’intérêt exclusif de leur actionnaire.

"En cohérence avec une incitation économique à la concurrence et avec la théorie économique, nous avons découvert que lorsque les sociétés n’ont pas d’incitation à concourir, elles ne le font pas. Spécifiquement, nous avons utilisé 10 années de données de l’industrie aérienne pour démontrer qu’un actionnariat commun a un effet large et significatif sur le prix des produits."

En effet, puisque l’actionnaire détient tout le secteur, il convient d’agir dans l’intérêt du secteur lui-même et non plus dans l’intérêt de la société, c’est-à-dire dans le sens de la concurrence et, au bout de la chaîne, du consommateur.

Dans ce cas d’espèce, la décision de ne pas entrer dans une relation de concurrence avec… un concurrent, prise par le Président d’une société revient donc à renoncer à des gains potentiels individuels afin de préserver les intérêts de l’actionnaire. Qui n’a tout simplement rien à gagner d’une guerre des prix dans un secteur qu’il détient intégralement. Il est préférable de maintenir les marges les plus confortables possibles.

José Azar, Martin Schmalz et Isabel Tecu indiquent alors que le cas exploré du transport aérien est, par définition, partiel, mais qu’il pourrait en être de même pour d’autres secteurs économiques, notamment du secteur bancaire. Et ce, tant la force de frappe des plus grandes maisons de gestion d’actifs est importante.

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