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Chine population personnes âgées
Chine population personnes âgées
©FREDERIC J. BROWN / AFP

Evolution

L’espérance de vie des Chinois dépasse désormais celle des Américains. Et ils sont 4 fois plus nombreux... L’Occident peut-il échapper à sa démographie ?

C’est en tout cas l’hypothèse de Robert Anderson qui dirige le département des statistiques du CDC aux Etats-Unis. Il prévoit un recul de deux à trois ans en raison de la Covid-19. Comment expliquer ce phénomène ? La Chine va-t-elle connaître par ce biais un renforcement de sa puissance ?

Laurent  Chalard

Laurent Chalard

Laurent Chalard est géographe-consultant. Membre du think tank European Centre for International Affairs.

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Atlantico.fr : La CDC prévoit un recul de l’espérance de vie des Américains en raison de la crise du coronavirus en 2020. L'espérance de vie en bonne santé des Chinois pourrait alors dépasser cette dernière, une tendance qui semble s’annoncer depuis plusieurs années. Pourtant, en Chine l’espérance de vie n’était que de 35 ans en 1949. À quoi est lié ce bond ? Est-ce à relativiser ?

Laurent Chalard : Le bond constaté est conforme à ce qu’on observe ailleurs dans le monde : une augmentation de l’espérance de vie dans les pays en voie de développement. On observe un rattrapage progressif vers des niveaux élevés. C’est le cas aussi de la Corée du Sud qui avait une espérance de vie très basse à l’époque. Il s’explique par plusieurs facteurs : la généralisation de la vaccination et le recul généralisé des maladies infectieuses. Cela a été le cas à peu près partout sauf en Afrique Subsaharienne. Le deuxième élément c’est l’élévation du niveau de vie qui a réduit la malnutrition en Chine, contrairement à l’Inde. La population chinoise est dans un état de nutrition globalement correct.  Dans le même temps, il ne faut pas tirer de conclusion trop hâtive sur les pays développés à partir des Etats-Unis car c’est celui qui a l’espérance de vie la plus faible. Les Etats-Unis ont une société très inégalitaire avec des différences d’espérance de vie importantes. La moyenne globale y est donc un peu biaisée pour ces raisons. Par ailleurs il y a de l’obésité, du surpoids et du diabète importants, ce qui rend la population en moins bonne santé. En Chine l’obésité est encore faible, même si elle progresse rapidement à cause de l’occidentalisation des modes de vies et on y consomme peu de stupéfiants, contrairement aux Etats-Unis.

Une espérance de vie en hausse et un nombre d’habitants élevé sont-ils déterminants pour une bonne santé économique ? La Chine va-t-elle connaître par ce biais un renforcement de sa puissance ?

L’espérance de vie n’est pas le meilleur indicateur de développement parce que si on regarde l’Europe occidentale, celle-ci est plus élevée en Europe et en Espagne qu’en Allemagne pour des raisons culturelles, d’alimentation. Après, pour la Chine, le fait d’avoir une population en bonne santé c’est forcément un atout économique par rapport au passé. Car si la population est en mauvais état, elle aura une faible productivité et le pays un faible dynamisme économique. Donc pour la Chine, la bonne santé de la population est un facteur positif. C’est un phénomène qui s’auto-entretient. De là à dire que c’est un facteur déterminant de la puissance, je ne pense pas.

 En Chine on est dans un schéma économique qui est assez simple. Il y a une classe moyenne minoritaire, difficile à quantifier car cela dépend du seuil choisi, mais qui constitue entre 15 et 20 % de la population qui a le même revenu moyen que les Occidentaux. La grande masse de la population reste relativement pauvre avec des revenus très faibles. Une main d’œuvre nombreuse et bon marché permet d’entretenir le développement. Elle est payée au lance-pierre et n’a pas de syndicats pour venir se plaindre, c’est ce qui fait que ça marche. C’est le modèle du développement économique de la Chine depuis les années 1980. La question c’est est-il pérenne ? Car dans une situation très inégalitaire, à un moment la population se met à contester. L’enjeu de la Chine c’est de faire rentrer la majorité des Chinois dans la classe moyenne. Mais si elle réussit, y aura-t-il encore de la main d’œuvre bon marché, a priori non. Or la production bon marché était son atout dans la mondialisation. Donc l’interrogation c’est de savoir si la Chine sera capable de passer ce nouveau stade. Rien n’assure que la Chine deviendra la première puissance économique mondiale, mais c’est dans leur intérêt de le faire croire. Les statistiques ne sont pas fiables et son système d’hypersurveillance renforce ce problème. Il y a deux scénarios. Soit le modèle chinois va exploser à cause de la concurrence et la croissance va se stabiliser. La deuxième hypothèse c’est un changement de modèle, avec une classe moyenne innovante dans la technologie de pointe qui permet une poursuite de la croissance. Cela permettrait à la Chine de dépasser les Etats-Unis et pas simplement en termes de PIB global mais en termes de niveau de vie.

Par ailleurs, historiquement, on a constaté que les baisses drastiques de l’espérance de vie correspondaient à un effondrement de l’économie d’un pays, hors pandémies. C’est le signe d’un déclin et on l’a vu au moment de l’effondrement de l’Union soviétique, en URSS et dans les autres pays du bloc communiste. Aux Etats-Unis, nous n’en sommes pas là. L’espérance de vie ne progresse pas voire régresse de 0,1 an. Elle va diminuer plus fortement à cause du Covid en 2020, mais ce n’est que conjoncturel.

L’Occident est-il pris au piège de sa faible démographie ? Est-il condamné au déclin économique au profit de pays plus actifs comme la Chine ?

C’est l’élément primordial pour comprendre le déclinisme de l’Occident. Il est uniquement lié à une seule chose : la prise de conscience de la réduction de la part de la population occidentale dans l’ensemble du monde. On connait un effondrement de la natalité depuis les Trente Glorieuses d’année en année. Cela entraine une crise existentielle parce que les gens ont peur de devenir minoritaires y compris dans leur propre pays. Ils croient voir s’amenuir leurs perspectives de domination. C’est un construction intellectuelle logique, qui s’appuie sur des données objectives qu’il ne faut pas nier. Mais on a tendance à faire du surdéterminisme démographique. Car ce n’est pas qu’une histoire de nombre. Il ne s’agit pas que d’être nombreux pour être puissants. La Chine s’est déjà fait écraser militairement par des Etats bien moins nombreux. A l’inverse, Israël qui est un tout petit Etat, montre que l’on peut être peu nombreux mais faire face à des masses démographiques importantes car on est surs de soi. Si on est dans une logique décliniste, le déclin démographique pourrait entrainer un déclin important de la puissance. C’est une sorte de prophétie autoréalisatrice. Il vaut mieux être moins nombreux et plus performants. En Chine, la masse démographique a été un fardeau. La politique de l’enfant unique a réussi à stabiliser la démographie et à améliorer l’éducation. La croissance économique actuelle de la Chine est le résultat de la politique de l’enfant unique.

La solution pour limiter la casse démographique peut-elle être l’immigration, choix fait par l’Allemagne. Est-ce une solution intéressante et sans danger pour assurer une place dans le monde d’après ?

L’immigration est une solution de cours terme, elle permet de compenser un manque de main d’œuvre temporaire dans un pays avec une faible natalité, comme l’Allemagne. Mais les immigrés vont adopter relativement rapidement la fécondité du pays d’accueil et donc ne plus faire d’enfants. Et donc il faut faire venir de nouveaux immigrés. Sur le long terme, si on poursuit la logique il n’y a plus beaucoup d’autochtones pour finir. Ça ne peut pas être une solution de long terme pour résoudre la question de la démographie. La seule solution pérenne de long terme c’est de remonter à l’équilibre : environ 2,1 enfants. Mais quand les gens s’enrichissent ils n’ont plus trop envie de faire des enfants. Dans une société au niveau de vie élevé, l’enfant devient une charge. 

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