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©ERIC FEFERBERG / AFP

Bonnes feuilles

L’encombrant dossier de la propreté de Paris pour Anne Hidalgo

François Delétraz, Yohan Blavignat et Étienne Jacob publient "La Reine maire de Paris" aux éditions du Rocher. Les dossiers noirs ne manquent pas à la Mairie de Paris. Cette enquête sans concession éclaire les citoyens sur la façon dont Anne Hidalgo a géré la Ville. Extrait 2/2.

François Delétraz

François Delétraz

François Delétraz est rédacteur en chef au Figaro Magazine. Il est l’auteur de « La Reine-maire de Paris» (Ed. du Rocher). 

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Etienne Jacob

Étienne Jacob est journaliste au Figaro. Il est l’auteur de « La Reine-maire de Paris» (Ed. du Rocher). 

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Yohan Blavignat

Yohan Blavignat est journaliste au Figaro. Il est l’auteur de « La Reine-maire de Paris» (Ed. du Rocher). 

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Depuis son vaste bureau en Mairie, Anne Hidalgo a une vue imprenable sur le parvis de l’Hôtel de Ville. Une place impeccable. Rien ne dépasse. Aucun mégot – ou presque – ne jonche le sol. Pas d’excréments de chiens non plus. Il ne faudrait pas troubler la vue de la « Reine-maire ». Pour les visiteurs étrangers, il est bien normal que cette place, au cœur du pouvoir municipal, soit propre. Elle correspond à l’image qu’ils se font de Paris. Mais pour les yeux avertis des riverains, c’est une autre histoire. Il suffit de marcher quelques mètres pour s’en rendre compte. Dans la rue de Lobau, qui longe l’arrière de l’édifice, la magie n’opère plus. Des dizaines de mégots de cigarettes sont amassés à côté de la station Vélib’ et tout le long du trottoir. Cette artère, bien moins fréquentée par les touristes, est symptomatique de la propreté dans la capitale. 

À la tour Eiffel, symbole de la « Ville Lumière », le constat est encore plus alarmant. Des containers bondés sont au milieu des allées du Champ-de-Mars, et des parcs sont fermés pour cause de dératisation. L’image d’Épinal de Paris, ville de l’amour et d’un certain art de vivre cher aux touristes, est loin de la réalité. Quant aux arrondissements moins cotés, la situation est encore pire. Des poubelles pleines à craquer sorties sur le trottoir, des sacs éventrés, des bouteilles en pagaille, des centaines de cadavres de cigarettes et des rats qui déambulent par dizaines dans les parcs. Lorsque l’on circule dans les arrondissements « populaires » de Paris, rien n’indique que l’on se trouve dans une ville réputée être l’une des plus belles du monde. 

Comment Paris est-elle devenue si sale ? Aujourd’hui, le Service technique de la propreté de Paris (STTP) – qui effectue la collecte des ordures ménagères dans la moitié des arrondissements parisiens, les autres étant confiés à des prestataires privés – compte 6 861 emplois équivalents à un temps plein, dont 5 041 éboueurs. Ce service a connu une augmentation de 200 emplois en 2016 et 2017, mais « les moyens humains ont baissé de 1 111 personnes depuis 2001 », souligne la maire du 5e arrondissement, et présidente du groupe Les Républicains à Paris, Florence Berthout. 

Autre cause de la prolifération des déchets dans Paris : l’absentéisme. Son taux dépasse aujourd’hui 13 % en ce qui concerne les éboueurs. « L’impact de ces absences est extrêmement lourd pour l’exploitation, et met à mal le collectif de travail car elle reporte la charge de travail sur les agents présents et suscite alors un sentiment d’incompréhension », note le rapport de la mission d’information et d’évaluation sur les questions de propreté, remis en janvier 2018 par Florence Berthout et cosigné par tous les groupes politiques. 

Dans ce document de 222 pages qui a nécessité sept mois de travail, la cheffe du groupe Les Républicains dresse le constat unanime d’une mauvaise gestion de ces services depuis très longtemps. « La gauche a considéré pendant des années la propreté comme une exigence bourgeoise, le budget propreté est passé de 149 M€ en 2001 à 133 M€ en 2016, alors que dans le même temps l’espace public parisien augmentait de près de 30 %, ce qui explique aussi pourquoi aujourd’hui les rats sont à la fête. » Anne Hidalgo, qui a mis en place plusieurs plans pour résoudre ce problème, a plaidé devant le Conseil de Paris pour une « tolérance zéro » en février 2018. « Cette ville est trop belle pour laisser les comportements inciviques prendre le pas », avait-elle lancé. 

La Mairie de Paris consacre environ 560 M€ par an à la propreté, soit 245 € par habitant. C’est bien plus que Nice, deuxième ville la plus touristique de France, qui y consacre 30 M€ par an, soit 87 € par habitant. Pourtant, la cité azuréenne fait figure de modèle, comparée à la capitale. D’autant que la propreté – ou la saleté – ça rapporte. Pour financer ses missions, la Ville peut compter sur deux recettes fiscales : la taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM), qui a rapporté 467 M€ en 2017, et la taxe de balayage qui a représenté une recette de 104 M€. Par ailleurs, l’Hôtel de Ville engrange le revenu des amendes pour incivilités de 68 €, dont près de 110 000 ont été dressées en 2017, soit une hausse de 149 % en un an. Toutes ces recettes cumulées représentent, pour la seule année 2017, plus de 578 M€. 

Accusée d’avoir échoué à relever le pari de la propreté, la Ville a contre-attaqué dès le début de l’année 2018. Des ramassages en soirée ont été instaurés, des brigades volantes ont également été créées dans chaque arrondissement, et des actions spécifiques sur certains quartiers sensibles ou touristiques ont été mis en œuvre. D’autres mesures sont à l’étude comme le remplacement des 30 000 poubelles installées ces dernières années, et l’installation d’urinoirs pour homme sur les trottoirs.

Mais l’opposition se dit « pessimiste » en voyant que la maire ne propose pas de « calendrier précis ». 

Si, dans un entretien accordé à Libération le 5 mars 2018, Anne Hidalgo nie avoir « sous-estimé le problème », elle juge que « collectivement, nous avons un peu sous-estimé l’évolution des pratiques urbaines ». Près de 5 millions de personnes vivent, travaillent ou sont en visite à Paris chaque jour. « Une ville dont l’espace public est très utilisé demande une attention particulière », plaide encore la maire dans Libération

La maire Les Républicains du 9e arrondissement, Delphine Bürkli, pointe davantage la « pagaille » au sein des services municipaux qui empêche toute efficacité. « On a des services publics totalement désorganisés, notamment à la propreté. Mais Anne Hidalgo doit considérer que ce n’est pas ce qui l’a fait élire. » Même son de cloche du côté de Florence Berthout, qui juge que « le localo-local l’emmerde ». « Elle est à Los Angeles, ou à Honolulu. Quand on tient un commerce et qu’on n’est pas dedans, ce n’est pas tenable », renchérit Delphine Bürkli qui dénonce la délégation de certaines compétences à ses adjoints. « Sous Delanoë, c’était pyramidal. Tout remontait à lui. Les adjoints faisaient ce que leur disait le chef alors que sous Hidalgo, vous avez des petits roitelets qui font ce qu’ils veulent. » 

Conséquence : certains services ne sont pas tenus. Les rats sont passés du sous-sol au macadam et leur nombre grossit au même rythme que les détritus sur les trottoirs. En 2020, le sujet de la propreté sera, à n’en pas douter, un angle d’attaque des opposants à Anne Hidalgo. Là-dessus, l’édile ne pourra répliquer en les accusant de machisme ou de sympathies fascisantes.

Extrait du livre de François Delétraz, Yohan Blavignat et Étienne Jacob, "La Reine maire de Paris", publié aux éditions du Rocher. 

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