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Des manifestants anti-vaccins (entre autres) le 12 septembre à Bordeaux.
Des manifestants anti-vaccins (entre autres) le 12 septembre à Bordeaux.
©Philippe LOPEZ / AFP

Danger démocratique

L’effet écho : 65% des fake news sur les vaccins Covid provenaient outre-Atlantique de… 12 personnes (mais suivies par 59 millions d’autres)

Un rapport du Center for Countering Digital Hate a analysé des contenus anti-vaccin sur les réseaux sociaux. Aux Etats-Unis, une poignée de personnes ont une influence considérable du fait des reprises et partages de leurs messages.

François-Bernard Huyghe

François-Bernard Huyghe

François-Bernard Huyghe, docteur d’État, hdr., est directeur de recherche à l’IRIS, spécialisé dans la communication, la cyberstratégie et l’intelligence économique, derniers livres : « L’art de la guerre idéologique » (le Cerf 2021) et  « Fake news Manip, infox et infodémie en 2021 » (VA éditeurs 2020).

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Atlantico : Un rapport du Center for Countering Digital Hate a analysé des contenus anti-vaccin sur les réseaux sociaux. Sur la masse étudiée, ils ont découvert que plus de la moitié de ces contenus était attribuable à seulement douze personnes. Comment est-il possible que seul un petit groupe de personnes arrive à avoir autant dinfluence ? De quoi est-ce le symptôme ?

François-Bernard Huyghe : C’est un phénomène qui se produit souvent sur les réseaux sociaux car sur ces plateformes, on peut tous créer du contenu. Nous pouvons être des milliards à émettre nos opinions sur la Covid-19 ou tout autre point chaud de l’actualité. Mais le vrai pouvoir des réseaux sociaux se situe quand un discours élaboré, séduisant commence à être repris, commenté et repartagé. Des bulles d’attention commencent alors à gonfler et à répercuter le message.

Nous sommes alors arrivés à un paradoxe où tout le monde peut s’exprimer mais seul un dixième des messages sont présents sur les fils d’actualités. Il s’agit donc d’un monde de la citation et de l’amplification. Ce système est « hyper-démocratique » mais il fait émerger les mêmes courants et les mêmes choses. La liste du Center for Countering Digital Hate en est la preuve. Notons tout de même que ce centre est un groupe de pression, ce n’est pas un centre de recherche, ni un centre de réflexion sur la Démocratie.

Ce centre a attribué 65 % des fausses informations sur la vaccination contre la Covid-19 à douze personnes aux États-Unis. Ces chiffres impressionnants ont été provoqués par un effet miroir ou cascade. Contrairement à ce que l’on pourrait penser de prime abord, ces personnes n’ont pas de caractéristiques immédiates. On reconnait là l’étude sur les anti-masques de la fondation Jean-Jaurès qui signale que les classes populaires, périphériques du Rassemblement National, ne sont pas forcément les plus présentes dans les mouvements « anti » qu’a dragué la crise sanitaire.

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Dans cette situation, on paie quelque peu le prix de la liberté et de la démocratie. Lorsque l’on navigue sur les réseaux sociaux, les médecins peu scrupuleux et autres guérisseurs sont légions. Avec le relai actuel sur les réseaux qu’ont certains, cette liste « d’influenceurs » en est le résultat.

LOMS décrit le phénomène de désinformation autour de la Covid-19 comme une « infodémie ». Comment cela touche notre société ?

Au sein de l’IRIS, nous avons travaillé à ce propos comme d’autres centres de recherches. En travaillant sur le sujet, nous avons trouvé des milliers d’informations fallacieuses avec une sorte de hit-parade sur la Covid-19. Elles sont facilement trouvables en ligne et ce sont souvent toujours les mêmes informations qui reviennent. Il y a des remèdes imaginaires, des propos qui réfutent la pandémie et des thèses complotistes sur les origines de la Covid.

Plus une information va stimuler la peur, l’imaginaire, le désir de trouver des solutions miracles ou un coupables, plus celle-ci va être stimulante et devenir populaire, même si elle est fausse. Elle passe alors de rumeur à un phénomène qui prend de l’ampleur.

Dans le cas précis des douze personnes, on rentre dans un problème de fond de la démocratie. Dans les systèmes totalitaires, une douzaine de personnes à la tête de l’État décident de ce que vous allez croire et dans une démocratie le jeu est ouvert. Les personnes qui trouvent la phrase ou l’idée qui correspond à nos attentes, à notre inconscient peuvent connaître un certain succès sur la scène médiatique. Ces pensées deviennent alors égales avec un discours qui a une vraie autorité scientifique. Cette autorité scientifique n’est jamais unanime, avec un virus qui mute et qui change, ce qui provoque une méfiance vis-à-vis de la population envers tout discours d’autorité des médias et des gouvernants.

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Il y a une méfiance à l’égard des élites, des gouvernants et c’est étonnant. Cela ne date pas de la crise et les anti-vaccins ne sont pas nouveaux. Une partie de la population a des doutes sur cette autorité scientifique qui s’exprime et elle va chercher de nouveaux relais.

La pandémie semble avoir piqué un point sensible de notre démocratie, si cette situation s’est passée aux USA, est-elle la même en France ? Pourrions-nous forcer les GAFAM à ne pas propager de telles informations ?

Le phénomène s’est beaucoup développé aux États-Unis, mais il s’est aussi bien implanté chez nous. L’un des thèmes politiques qui passionnent le plus les Français est le pass sanitaire. C’est pourtant un sujet de santé où nous devons avoir confiance aux scientifiques alors qu’il y a une méfiance envers le discours des experts.

En France, une loi punit la propagation d’informations fallacieuses et une autre interdit les « Fake News » en période électorale. Il faut savoir que faire une distinction entre l’affirmation délibérée d’un fait faux et une opinion est très difficile pour la loi, elle devrait se faire par les GAFAM.

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