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Mario Draghi, le Premier ministre italien, va tenter de redresser l'économie du pays après les conséquences de la crise sanitaire.
©Alessandra TARANTINO / POOL / AFP

Gouvernement italien

L’arrivée de Mario Draghi aux affaires en Italie : difficultés continues plutôt que solution aux problèmes de l’Italie

Le nouveau chef du gouvernement italien, Mario Draghi, va tenter de remettre l'économie italienne sur de bons rails après les conséquences de la crise sanitaire.

Les Arvernes

Les Arvernes

Les Arvernes sont un groupe de hauts fonctionnaires, de professeurs, d’essayistes et d’entrepreneurs. Ils ont vocation à intervenir régulièrement, désormais, dans le débat public.

Composé de personnalités préférant rester anonymes, ce groupe se veut l'équivalent de droite aux Gracques qui s'étaient lancés lors de la campagne présidentielle de 2007 en signant un appel à une alliance PS-UDF. Les Arvernes, eux, souhaitent agir contre le déni de réalité dans lequel s'enferment trop souvent les élites françaises.

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L’arrivée de Mario Draghi comme Premier ministre italien séduit les Européens et rassure les marchés. Cependant, malgré les milliards du plan de relance européen et la meilleure volonté du monde, il lui sera difficile de compenser les pertes subies pour l’économie italienne et les Italiens, notamment les jeunes. Cette nouvelle étape pourrait n’être qu’un court intermède à un vent de tempête sur la Péninsule qui renforcerait le mouvement fasciste Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni, laquelle a tactiquement choisi de rester en dehors de cette nouvelle coalition et dont les fondamentaux - discours anti-élites, anti-Europe et anti-Euro – pourrait à terme trouver un écho favorable avec l’approfondissement de la crise économique et sociale.

La messe est soi-disant dite : l’Italie sortirait de l’impasse avec Mario Draghi. En effet, le sauveur de l’euro ne serait-il pas l’homme providentiel pour sauver l’Italie ? Les marchés financiers – soit disant efficients – sont d’ores et déjà enthousiastes, comme en témoigne la hausse des indices boursiers italiens consécutive à cette annonce. En réalité, il s’agit d’une vision très court-termite des choses car l’avenir pourrait être bien plus ombrageux pour la Péninsule. Pourquoi cela ?

Apparemment, tout va très bien dans le meilleur des mondes. Tous les partis politiques ou presque se sont rangés derrière « Super Mario » : Forza Italia, de Silvio Berlusconi (afin de revenir dans le jeu politique : ce dernier lorgne par ailleurs sur le poste de président de la République - à pourvoir en janvier 2022  - malgré ses 84 ans - un âge certes relativement jeune pour la politique italienne – le président Napolitano avait quitté le pouvoir dans sa 90ème année…), Matteo Renzi (qui cherche à vendre au plus offrant le soutien au Parlement de son micro parti), le Parti Démocrate, le Mouvement 5 Etoiles de Beppe Grillo (même si celui-ci s’apprête à imploser entre les idéalistes et les pragmatiques – ou opportunistes, qui ont pris goût au pouvoir après l’avoir découvert au cours des trois dernières années passées dans les plus beaux palais romains) et la Ligue de Matteo Salvini, qui a finalement préféré se rallier à l’idée de gouvernement d’union nationale (pour ne pas laisser le champ libre à Forza Italia). Par ailleurs, 8 Italiens sur 10 se déclarent satisfaits du nouveau gouvernement Draghi.

Est-ce pour autant la fin de l’histoire ? Probablement pas, car ce gouvernement technico-politique va devoir affronter une situation économique et sociale extrêmement préoccupante – chute du Pib de 9,2% en 2020 selon le FMI, endettement de près de 160% par rapport au Pib prévu pour 2021, une croissance estimée à seulement 3,0% en 2021 (soit la plus faible de l’Eurozone selon les prévisions du FMI. Rappelons qu’en 2018, le niveau du Pib italien n’avait pas retrouvé son niveau d’avant la crise de 2008…) ; un chômage qui devrait littéralement exploser à partir de mars prochain (avec la fin du gel des licenciements). 

Certes, l’UE a débloqué pour l’Italie d’importants moyens de son plan de relance – plus de 200 milliards d’euros. Mais qui peut sincèrement croire que ces sommes vont compenser les pertes gigantesques occasionnées par l’arrêt de l’économie italienne depuis que l’épidémie de covid-19 a démarré l’année dernière ?

Or comme nous le savons, l’histoire est tragique et se répète souvent. Souvenons-nous : c’était en 2011, un précédent gouvernement technique (lui-même née d’une crise, celle initiée avec la crise de 2008), avec à sa tête Mario Monti – très respecté des élites, très apprécié des Européens et des marchés financiers – devait redresser l’Italie. La suite de l’histoire est connue : décisions fortement impopulaires, rejet par la majorité des Italiens (qui lui voue une véritable détestation aujourd’hui) et renforcement des forces populistes et antisystème de la Ligue et du M5S (rappelons que près de la moitié des moins de 45 ans a voté pour ces deux partis lors des élections de 2018) – lesquelles ont cette fois-ci choisi de soutenir ce gouvernement technico-politique. 

Il y a fort à parier qu’un gouvernement dirigé par un ancien banquier de Goldman Sachs (symbole du pouvoir de l’argent et de la mainmise des financiers de New-York sur le monde selon les théories conspirationnistes qui font florès chez les jeunes Italiens), qui ne parviendrait pas à redresser une situation économique, budgétaire et financière très dégradée, serait contraint de prendre des mesures d’austérité fortement impopulaires. Il est en effet évident que Mario Draghi aura a cœur – notamment en tant que sauveur de l’euro - de préserver l’ancrage de l’Italie dans la zone euro, ce qui a son corollaire : une politique d’austérité (privatisations, réduction à terme du déficit budgétaire,…). 

Une telle politique pénaliserait une jeunesse déjà sacrifiée et ferait à terme le lit de forces politiques encore plus radicales et populistes que le M5S et la Ligue – comme par exemple le parti postfasciste Fratelli d’Italia de Giorgio Meloni (déjà crédité aujourd’hui de près de 16% des voix dans les sondages) - a fortiori si le président de la République est un certain Berlusconi (les jeunes Italiens auront alors quelques raisons d’avoir l’impression d’être les victimes d’un ancien monde politique composé d’élites hors sol qui ne s’intéressent pas à eux mais uniquement à leurs affaires…).

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