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Le président américain Joe Biden s'exprime dans l'auditorium de la Cour sud de la Maison Blanche le 2 juin 2021 à Washington.
Le président américain Joe Biden s'exprime dans l'auditorium de la Cour sud de la Maison Blanche le 2 juin 2021 à Washington.
©MANDEL NGAN / AFP

Sommet du G7

L’Amérique, un ami qui nous veut du bien… ou qui se fiche éperdument de l’Europe ?

Joe Biden arrive en Europe ce jeudi, d’abord au Royaume-Uni pour un sommet du G7 avant d’enchaîner avec Bruxelles, l’OTAN et l’UE. Objectif : convaincre les Européens que les Etats-Unis sont encore là pour eux. Vaste tâche.

Jean-Eric Branaa

Jean-Eric Branaa

Jean-Eric Branaa est spécialiste des Etats-Unis et maître de conférences à l’université Assas-Paris II. Il est chercheur au centre Thucydide et chercheur associé à l’institut l'IRIS. Il est notamment l'auteur de Hillary, une présidente des Etats-Unis (Eyrolles, 2015), Qui veut la peau du Parti républicain ? L’incroyable Donald Trump (Passy, 2016), Trumpland, portrait d'une Amérique divisée (Privat, 2017),  1968: Quand l'Amérique gronde (Privat, 2018) ainsi que Et s’il gagnait encore ? (VA éditions). 

Son dernier livre « Joe Biden : le 3e mandat de Barack Obama » est sorti chez VA éditions en novembre 2019.

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Atlantico : Le président Biden a démarré son premier voyage international lors dune tournée de huit jours en Europe avec en point dorgue la rencontre avec Vladimir Poutine. Arrivera-t-il à convaincre les Européens du retour de lAmérique sur la scène mondiale quatre ans après une approche bien différente de son prédécesseur ? Lintérêt pour lUnion est-elle réelle ?

Jean-Eric Branaa : C’est bien son intention. Il a choisi pour slogan de son élection « l’Amérique est de retour » et il n’a pas cessé de le répéter en boucle depuis qu’il a été élu. Il faut rappeler que Joe Biden est un spécialiste de la politique étrangère, il a occupé à deux reprises la présidence des affaires étrangères du Sénat. C’est d’ailleurs pour son expertise que Barack Obama l’a choisi à la vice-présidence et il a mené la politique étrangère pendant huit années de mandat Obama.

Il souhaite que l’Amérique reprenne sa place sur la scène internationale et reste leader du monde. Avec cette tournée européenne, il vient défendre ce leadership. Donald Trump a voulu s’extirper de cela, il a clairement signifié que les Européens n’étaient plus des alliés, mais de simples partenaires économiques. Il se situait sur un autre paradigme : il n’allait pas expliquer comment chacun devait agir, chacun faisait ce qu’il voulait chez soi. Biden lui revient à l’ancien monde. Il explique que les Américains peuvent être un guide. Il a de vieux réflexes pour construire le monde du futur.

Il faut tout de même rappeler que la bataille ne se passe plus en Europe mais du côté du Pacifique. L’erreur commise par Biden en termes de politique étrangère durant la présidence Obama est d’avoir laissé les Européens de côté. La politique américaine ne s’est occupée que du Pacifique en pensant que l’on pouvait passer les Européens pour « perte et profit ». En réalité, ce paradigme a changé, les Américains se rendent compte que la Chine a tellement progressé qu’ils ne peuvent pas lutter seuls. Ils se rendent compte que les démocraties du monde, qui sont leurs alliés, doivent agir ensemble de concert. Le monde est redéfini en binaire comme les Américains ont toujours fait, d’un côté le bien et de l’autre le mal.

Ils vont proposer aux Européens un contrat de partenariat, mais cela pourrait poser problème car ils pourraient vouloir redéfinir leur politique.

Le Président Biden se rendra aussi au commandement de lOTAN, quelle sera la nouvelle approche pour cette organisation qui semblait encore morte il y a peu de temps ?

La façon de regarder l’OTAN n’est plus aujourd’hui la même à Washington. De nombreuses voix s’élèvent pour que Joe Biden change de cap vis-à-vis de l’OTAN afin que les Européens s’occupent de leur propre défense. On abandonnerait cette idée d’une exigence de 2% du PIB pour les nations européennes avec les tensions qui en découlent. Sortir de cela permettraient aux Européens de suivre leur propre chemin du côté de la défense, une option chère à Emmanuel Macron.

Face à la Chine, le rapprochement entre l'UE et les USA est-il obligatoire ?

Bien évidemment et c’est pour cela que Joe Biden s’est rendu en Europe. Il est venu chercher l’assurance de ce rapprochement. La question de la Russie est aussi importante car tout le monde sait comment se situe Biden vis-à-vis de Poutine. Il disait en février que c’était un assassin ou en 2015 en le regardant dans les yeux qu’il n’avait pas d’âme. Quand il va le rencontrer, contrairement à Trump, personne ne pense qu’il va vendre les États-Unis aux Russes. Biden est le gardien du temple de ce point de vue-là. Pourtant, il ne faut pas oublier que Biden est un diplomate, qu’il est prêt à parler avec ses ennemis. Cela permet d’offrir une porte à Poutine et de faire en sorte qu’il se rapproche moins des Chinois. À trop l’ostraciser, c’est ce qu’il se passerait et cela deviendrait encore plus compliqué pour les Américains.

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