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Pré-campagne

Juppé, Sarkozy… Et Bayrou : les candidats de droite face à la tourmente de l’hystérisation des débats sur le terrorisme

Alors que la lutte contre le terrorisme est désormais la préoccupation numéro 1 des Français, Nicolas Sarkozy, dont le discours sécuritaire parle à de nombreux électeurs de droite, pourrait remporter la primaire républicaine au mois de novembre. Dans une campagne présidentielle post primaires qui verrait la réédition du match de 2012 et dans une actualité et un jeu politique bouleversés, François Bayrou pourrait alors représenter une option susceptible de rassembler au-delà.

Xavier Chinaud

Xavier Chinaud

Xavier Chinaud est ancien Délégué Général de démocratie Libérale et ex-conseiller pour les études politiques à Matignon de Jean-Pierre Raffarin.

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Atlantico : L’actualité a des effets sur la primaire de l’opposition, notre sondage récent a montré que la sécurité s’installait en tête des préoccupations des Français et que sur la lutte contre le terrorisme, est crédité davantage N. Sarkozy qu’A. Juppé, pensez-vous que la primaire tourne à l’avantage de l’ancien président ?

Xavier Chinaud : L’élection à la primaire de la droite et du centre aura lieu les 20 et 27 novembre prochain, soit dans près de 4 mois, elle sera ouverte à l’ensemble des Français et non aux seuls membres des partis ; voilà deux raisons qui m’incitent à modérer les jugements définitifs.

L’actualité comme les sondages auront sans nul doute de l’influence sur la primaire, tant en termes de participation que de choix du candidat, mais je veux croire que la trêve estivale comme les 3 mois qui suivront permettront d’écarter les surenchères et les postures sur un sujet aussi sérieux (entre autres) que la lutte contre le terrorisme. L’opposition, à commencer par son chef, s’est enfermée depuis 4 ans dans une critique systématique de tout ce que la majorité dit ou fait, affaiblissant un peu plus la politique avec ce sentiment ancien chez les bonapartistes majoritaires au sein de LR, qu’ils sont les seuls à savoir gouverner. Le concours Lepine de la proposition engendré par cette primaire les rend pour l’essentiel totalement inaudibles et seule semble compter la posture. Pour ne pas laisser trop d’espace au FN, N. Sarkozy occupe celle du sécuritaire à tout va, la séquence récente a montré que cela pouvait lui profiter, mais tout miser sur une actualité dramatique pour tenter de rattraper ses concurrents suffira-t-il à faire oublier celui que les Français ont majoritairement rejeté en 2012 ?

Une fois encore la pré-campagne ressemble à un match de communication, une fois encore on peut espérer après un mandat de F. Hollande que les Français réfléchiront à deux fois avant de donner leur suffrage sur la base du buzz et non du fond.

Si l’actualité dans les mois qui nous séparent de l’élection devait se répéter en matière d’attentats, qui en bénéficiera sur le plan politique ?

Les défis que la France devra relever dans le prochain quinquennat sont bien plus nombreux que la seule question du terrorisme. Cette forme d’hystérisation du débat politique dans laquelle d’aucuns prônent par exemple la mise à disposition de bazooka dans la dotation des forces de l’ordre pour les manifestations publiques est ce qui peut arriver de pire dans le grand rendez vous de la présidentielle. Sur le terrorisme, des choses ont été faites depuis 18 mois, peut-on aller plus loin ? Je le crois, sur la place de l’Islam dans la République comme dans le renseignement pénitentiaire, sur les moyens juridiques de traiter les gens rentrant des zones djihadistes comme dans les moyens à consacrer à nos forces de sécurité, de renseignement et à la justice ; mais la surenchère permanente plutôt qu’une volonté de travailler ensemble de manière trans-partisane pour faire ce qu’il faut dans ce domaine au moins, sans attendre les 9 mois qui nous séparent de la présidentielle est une faute politique.

Le supposé débat entre ceux qui veulent rester dans l’état de droit et ceux qui veulent l’amender est un paravent à ceux bien réels de la posture politique et électorale. Je veux croire que les Français, instruits des erreurs commises depuis 20 ans par leurs dirigeants participeront d’une manière différente à l’élection que celle de la pulsion de l’instantané.

Le climat de rejets et de divisions est au plus haut depuis Notre Dame des Landes jusqu’à une possible victoire de D. Trump aux Etats-Unis en passant par le Brexit, la demande d’une vision pour le pays, pour l’Europe et le courage dans l’action sont une demande majoritaire et nécessaire, préférer nourrir l’abstention par calcul peut conduire à un grand n’importe quoi que la France ne peut plus se permettre pour les 5 ans à venir.

La stratégie de N. Sarkozy semble pourtant efficace et pourrait modifier la donne à droite en remportant la primaire en novembre, quelles en seraient les conséquences pour mai 2017 ?

Nous verrons bien dans près de 110 jours ce que sera le vote à la primaire, si la stratégie droitière permet à l’ancien président de figer dans les médias l’idée d’un match entre lui et Alain Juppé, excluant les autres candidats et lui donnant des chances de l’emporter, je note toutefois que les sondages placent toujours A. Juppé en tête de la primaire et qu’il est le seul dans les intentions de vote présidentielles à passer le premier tour en tête devant Marine le Pen. Peu de gens doivent être dupes que la seule chance de F. Hollande d’être réélu passe par un affrontement avec N. Sarkozy et que la seule chance de M. Le Pen de l’emporter est que cela se passe ainsi.

La stratégie efficace est celle qui donnera envie aux Français de participer aux élections, pour ne pas risquer la délégitimisation d’un président élu avec moins de voix que ceux qui ne voudront l’exprimer ou ne le feront qu’en vote blanc et nul. 

Dans l’hypothèse ou N. Sarkozy remporterait la primaire, comment voyez-vous le rôle de F. Bayrou ?

François Bayrou apporte son soutien à Alain Juppé dans la primaire de la droite et du centre et c’est ce qui permet à ce dernier de sortir en tête des intentions de vote présidentielles. Le président du Modem a par ailleurs indiqué que si c’était Nicolas Sarkozy qui emportait la primaire il serait alors candidat. F. Bayrou bénéficie d’une côte assez élevée aujourd’hui entre 11 et 15% de l’électorat, il est légitime de penser que dans une campagne présidentielle post primaires qui verrait la réédition du match de 2012 et dans une actualité et un jeu politique bouleversé, il pourrait représenter une option susceptible de rassembler au-delà.

La ligne de fracture entre ceux qui veulent construire leur prospérité électorale sur la culture de l’affrontement et ceux qui veulent construire l’avenir du pays sur cette unité existe réellement et il représente avec Alain Juppé cette deuxième ligne dont le pays pourrait avoir réellement envie en mai prochain. A condition de savoir générer un schéma collectif qui lui a manqué dans ses candidatures précédentes, F. Bayrou pourrait incarner une nouvelle forme de gouvernance. Dans la séquence qui nous sépare des primaires, il a un rôle à jouer pour permettre à Alain Juppé de l’emporter, après les primaires il aura un vrai rendez-vous : soit accompagner A. Juppé jusqu’à l’Elysée, soit se présenter pour la 4ème fois devant des Français plus défiants que jamais envers la politique et plus en demande que jamais d’une offre différente et d’un pacte profondément renouvelé les unissant à leurs dirigeants.

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