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Jean-Pierre Gorges : « Les maires sont en première ligne face à la restructuration qui vise à faire rentrer le pays dans une super nation européenne »
©LUDOVIC MARIN / AFP

Métropolisation

Jean-Pierre Gorges : « Les maires sont en première ligne face à la restructuration qui vise à faire rentrer le pays dans une super nation européenne »

Maire de Chartres, Jean-Pierre Gorges revient sur la "métropolisation" de la France et appelle à lutter contre la désertification rurale.

Jean-Pierre Gorges

Jean-Pierre Gorges

Ancien cadre dirigeant d'entreprise privée, Jean-Pierre Gorges est maire de Chartres depuis 2001. Il est également député de la première circonscription d'Eure-et- Loir depuis 2002.

Son livre La France c'est vous ! vient de paraîtres aux éditions du Cherche Midi. 

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Atlantico: Quel bilan faites-vous de ce congrès des maires ?

Jean-Pierre Gorges (maire de Chartres) : Personnellement je n'y suis pas allé ; je trouve qu'il manque une dynamique à cette organisation. Ça va mal dans les communes, l'action est poussive. C'est pourquoi je boycotte le congrès des maires.  Il se passe pleins de choses contre les communes et nous ne sommes pas défendus. Le positionnement de l'AMF vis-à-vis des gouvernements successifs est incompréhensible.

L'absence d'Emmanuel Macron a été commentée. Que pensez-vous de l'attitude du gouvernement vis-à-vis des maires ?

Le président de la République a peur de se retrouver devant cette association où il y a un vrai mécontentement. Les choses se sont accélérées contre les communes. Une grande partie des communes de France est dans la difficulté. Pourquoi affaiblit-on les communes ? La situation commence à devenir grave. Un maire sur deux veut continuer en 2020. Il y a un phénomène d'accélération assez grave.

Quelle est pour vous la raison de cet affaiblissement du pouvoir des maires ?

Il y a une action pour "métropoliser" le pays : la France va fonctionner sur une petite dizaine de grandes métropoles. On prépare ce pays à la désertification de l'espace rural pour rentrer dans une grande organisation européenne. On le sent bien aujourd'hui avec la baisse de la population dans le monde rural. Or, plus les gens se rapprochent des métropoles et plus il y a de chômage. Tout le monde se déplace vers les villes pour trouver de l'emploi mais en réalité ils ont encore moins de chance de trouver de l'emploi ! Le gouvernement est en train de réduire l'autonomie financière des collectivités locales avec cette décision incroyable qui veut que l'Etat paie aux communes la taxe d'habitation. C'était l'outil principal de communication des mairies avec les populations pour redistribuer les services. Or on fait disparaître tout cela. Cette accélération se fait depuis une dizaine d'années mais M.Macron met désormais au grand jour ce jeu.   

Dans le contexte actuel des gilets jaunes, considérez-vous en tant que maire que vous arrivez à jouer votre rôle d'intermédiaire ?

La politique de proximité est encore possible à jouer mais pour cela il nous faut des moyens, or ils disparaissent. Je suis personnellement dans une agglomération où il y a soixante-six communes, et la moitié d'entre elles peuvent équilibrer leur budget parce que je leur donne une dotation de solidarité communautaire, c'est-à-dire que je redistribue une partie des richesses pour qu'elles survivent financièrement. On sent un mouvement pour faire disparaître la commune et créer uniquement des agglomérations ou des grandes métropoles. Les jacobins ont le pouvoir aujourd'hui ; ils restructurent le pays pour qu'il puisse rentrer doucement dans une "super nation" européenne. On sent que les fonctionnaires de Bruxelles sont en phase avec les fonctionnaires français. Ce sont en fait exactement les mêmes. Ce qui a disparu dans tout cela, c'est le politique. D'ailleurs, si les "gilets jaunes" sont dans la rue, c'est parce que le politique n'est plus là. C'est une jacquerie : le peuple est dans la rue.

Les municipales qui approchent seront-elles l'occasion de replacer les problématiques actuelles des communes au cœur du débat politique ?

Personnellement je milite pour un système décentralisateur pour lutter contre la mondialisation. Il faut avoir des racines solides pour faire face à la tempête qui va se préparer. Or là on fragilise le pays. Les municipales de 2020 doivent être l'occasion de se poser cette question : comment fait-on pour que nos territoires puissent continuer de vivre face à cette volonté de désertification ? On est dans la spirale de l'échec total. Le territoire pourrait abriter beaucoup de monde et proposer une vie apaisée par opposition au modèle de la termitière des métropoles avec les problèmes qu'on connaît : chômage, pollution, circulation, sécurité, logement, etc. On a la chance d'avoir un territoire magnifique avec lequel on peut faire beaucoup de choses. Malheureusement l'aménagement du territoire n'existe plus aujourd'hui ; même le TGV est un outil de désertification puisqu'il ne sert qu'à traverser de très grandes distances sans s'arrêter. Toute cette techo-structure a mis en place des outils qui détruisent le pays.

On parle beaucoup du populisme et d'une crise de la démocratie mais le vrai problème c'est que la France est entre les mains de fonctionnaires sortis de l'ENA qui proposent une politique calquée sur celle de l'Allemagne ou des Etats-Unis. Il faut quitter ce pouvoir technocrate pour mettre en place un grand mouvement décentralisateur. Le salut peut venir des maires à condition qu'ils reprennent leurs affaires en mains. 2020 doit être un temps fort de la vie politique française avec, pourquoi pas, la création d'un parti politique qui s'appuie sur les élus locaux et sur le territoire. Le cumul de mandats a été interrompu pour éviter que les parlementaires deviennent un contre-pouvoir à l'Assemblée Nationale. Les députés aujourd'hui sont des godillots : ils ne connaissent probablement pas le contenu des textes de lois qu'ils votent. L'avantage avec Macron, c'est que le processus de centralisation s'est accéléré au point de devenir visible pour tous : les Français comprennent bien ce qui est en jeu. Les partis politiques étant faibles, les gens seront de plus en plus dans la rue. 

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