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©Philip Pacheco / AFP

Agitateurs

Islamistes, décoloniaux, écolos zozo et autres dangers pour la démocratie : ce continent immergé qui prospère sur le web

Pour quelques figures présentes sur les plateaux télé et qui tiennent des discours radicaux sur l’islamisme politique, le nouvel anti racisme identitaire, la décroissance environnementale ou le rejet de la démocratie libérale, il existe des dizaines de nouveaux influenceurs politiques sur les réseaux sociaux ou sur des chaînes vidéo web. Sans que jamais personne ne les contredise faute d’en avoir connaissance…

Jean-Philippe Moinet

Jean-Philippe Moinet

Jean-Philippe Moinet, ancien Président de l’Observatoire de l’extrémisme, est chroniqueur, directeur de la Revue Civique et initiateur de l’Observatoire de la démocratie (avec l’institut Viavoice) et, depuis début 2020, président de l’institut Marc Sangnier (think tank sur les enjeux de la démocratie). Son compte Twitter : @JP_Moinet.

 

 

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Laurence Allard, maîtresse de conférences en sciences de la communication et chercheuse à l'université Sorbonne Nouvelle Paris 3-IRCAV, avait initialement participé à ce sujet. Elle nous a demandé de retirer ses réponses car pour elle, seule la fachosphère existe et il ne saurait être question de mettre -aussi- en lumière les nouveaux influenceurs qui captent de larges audiences sur les réseaux sociaux ou sur des chaînes vidéos et qui portent une parole décoloniale, pseudo anti-raciste, islamiste, extrémiste de l’environnement ou de la décroissance. Pour Mme Allard, comme elle l’a écrit sur Twitter avant de nous bloquer -what else...- cet article a un titre « putafaf », en français moins woke, cela donne un titre « pour attirer le chaland facho ». Tenez-vous pour dit, seuls les « fachos » méritent d’être étudiés.
 
Idiote utile des nouveaux identitaires, lâche ou complaisante, difficile de départager ce qui l’emporte chez Mme Allard. En revanche, l’Université française se déshonore à compter dans ses rangs des enseignants qui adoptent ce type de postures intellectuelles qui trahissent l’idéal de ce qu’ont toujours été les lieux de savoir et de transmission. La Sorbonne mérite mieux que ces adeptes de la Cancel culture au petit pied.
 

Atlantico : Pour quelques figures présentes sur les plateaux télé et qui tiennent des discours radicaux, il existe sur les réseaux sociaux des dizaines d'agitateurs. Quelle cartographie pourrait-on faire de ce continent immergé du net ?

Jean-Philippe Moinet : Cette caisse de résonance des radicalités, des absurdités et des faussetés aussi (complotistes en particulier) existe malheureusement sur les réseaux « sociaux », qui se transforment parfois en réseaux asociaux, intolérants et inciviques, qui alimentent les pires logiques de haine et d’agressivité, d’exclusion et de négation: à la fois des autres pensées, du principe même de vérité factuelle et des réalités de l’Histoire, qui se trouve aussi malmenée, violentée. Ces phénomènes s’amplifient gravement parfois autour de certains épisodes, de crise notamment, à la fois pour des raisons idéologiques  - aux extrêmes, de tous types, la certitude d’avoir raison et de devoir imposer « sa » raison est un principe moteur (souvent aveugle)  -, et pour des raisons psychologiques : les frustrations, par exemple liées au fait de ne pas réussir comme on veut dans sa vie et de ne pas être reconnu dans son identité, sont des déclencheurs d’agressivité d’abord, de radicalités virulentes plus ou moins construites ensuite, qui peuvent verser enfin dans un activisme de type intégriste de tous les jours : ces gens-là s’enferment alors dans une perception très particulière du monde et des réalités qui nous entourent (du « pouvoir » notamment, fantasmé comme unique et dominant), les réseaux sociaux leur offrant à la fois une frénésie communautaire partagée (les marginaux idéologiquement se sentent nombreux), qui les rassure, les entraîne et peut amplifier, individuellement et collectivement, le syndrome des radicalités « identitaires », comme celles qui basculent par exemple dans la racialisation du débat et de la vie publique : du « kiffe ta race » des « indigénistes » type Diallo ou aux radicaux antisémites qui gravitaient autour du comité Traoré aux tenants de la suprématie « blanche et catholique », qu’on trouve par exemple chez les activistes d’extrême droite de Génération identitaire et les fanatiques de Zemmour.  Au total, ça fait beaucoup de monde, tous ces gens se répondent, s’insultent, la visibilité de leurs thèses sur les réseaux sociaux étant aussi amplifiée par l’anonymat, vecteur de lâcheté dans l’expression des « idées », souvent réduites à des éructations, des injures, voire des menaces. C’est une partie du monde numérique d’aujourd’hui.

Ce relais existe aussi dans les médias, où sont invités les représentants plus ou moins présentables de telles mouvances (à l'instar d'une Rokhaya Diallo ou d'une Houria Bouteldja). Cet intérêt médiatique, qui parfois n'est qu'une façon de surfer sur le buzz ne légitime-t-elle pas aussi les opinions les plus extrêmes, au risque de représenter un danger pour la démocratie ?

Jean-Philippe Moinet : Oui, des logiques médiatiques, notamment sur certaines chaînes TV, s’ajoutent en effet aux éléments d’explication de ces phénomènes de radicalisation qui peut s’amplifier. La recherche du buzz, du « clash » pour le « clash », permet à court terme de faire un spectacle, gratuit, qui a son public. Non seulement dans les sphères des extrémismes mentionnés mais aussi dans une partie du public qui raisonne de manière moins primaire – il est heureusement largement majoritaire, et se répartit en sensibilités contrastées et opposées – public plus large qui peut être une cible élargie de ce type de spectacle médiatique, régulièrement mis en scène. Mais il y a beaucoup d’artifice dans tout cela et le grand public le sait. Les extrêmes deviennent des alliés objectifs, ils s’entretiennent mutuellement dans une conflictualité parfois surjouée, cela crée certes un climat délétère et problématique pour la démocratie mais tout cela a de grandes limites. Les clivages et les confrontations ont toujours existé, et parfois de manière caricaturale et même violentes dans le passé. Mais les radicalités ont toujours du mal, au fond, à convaincre, elles n’ont jamais, jusqu’à présent en France, débordé au point de représenter une majorité de citoyens.

Je pense que les Français, y compris ceux qui assistent en voyeurs aux spectacles des insultes faciles et des idées courtes, sont suffisamment distanciés et restent majoritairement responsables pour ne pas se laisser berner par des systèmes de pensée et des sentiments d’appartenance primaires qui prennent de front tout l’historique, toute la tradition et tout le vécu aussi de la République française. Autrement dit, les émotions et violences ont beau se répandre sur les réseaux sociaux, ils ne produisent pas un projet cohérent et surtout crédible, ni une démarche attractive et responsable aux yeux d’une majorité de Français. En cela, il n’y a pas danger pour la démocratie même s’il faut toujours rester vigilant. Malgré ces phénomènes détestables, je pense que la démocratie française trouve et trouvera, par l’élection notamment, un équilibre plus certain que les idéologies ou les postures radicales qui peuvent se déconsidérer elles-mêmes, et toutes seules. L’exemple des « Gilets jaunes » est d’ailleurs magistral : en 2019, aux élections européennes, après avoir contesté tous leaders issus de leurs rangs, ils se sont autodétruits et ont fait moins de 1% dans les urnes. Et la France Insoumise, qui avait cru pouvoir profiter de ce mouvement prétendument « social », est tombé à 6% des voix (Mélenchon ayant culminé à 19% deux ans avant) ! C’est dire si le bruit de rues ou de réseaux sociaux n’a qu’une force relative.

L'exemple de Jean-Marie Bigard, qui s'est autoproclamé sur le Net porte-parole du peuple mais a été exfiltré de la manifestation parisienne des Gilets jaunes, le 12 septembre, face à l'hostilité de la foule, est-il un exemple de la rupture qui existe toujours entre les réseaux sociaux et le monde réel ?

Jean-Philippe Moinet : Oui, tout à fait. Le cas Bigard est en effet très parlant d’une méprise totale sur la réalité des radicalités « Gilets jaunes ». Ce 12 septembre, ce qui reste de ce mouvement a été un petit résidus que je nomme « jaune glauque », qui mêle des activistes radicalisés, des idéologues intolérants et violents d’extrême gauche, des brutes épaisses agitées et des complotistes illuminés. Ces gens se sont répandus dans les rues pour faire violence et éjecter l’humoriste, qui a même du être protégé et exfiltré. Cette foule, en fait, n’était pas très nombreuse mais très agressive et radicale. Quelques centaines d’individus dans la capitale, près de 2000 environ à Paris (tous n’étaient d’ailleurs pas violents) pour une région parisienne qui comprend 12 millions d’habitants : c’est une ultra-minorité, qui s’est déchainée un moment contre cette figure elle-même un tantinet démagogique, pris au piège du spectacle de la radicalité, et de son engrenage furieux. Pour lui, le spectacle n’a pas été drôle du tout. Cela a fait, là encore, du bruit, sans représenter grand-chose.

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