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Intégration des demandeurs d’asile : attention à l’effet semi-légalisation
©Reuters

Rapport Taché

Intégration des demandeurs d’asile : attention à l’effet semi-légalisation

Dans un rapport sur l'intégration, le député LREM Aurélien Taché a fait 72 propositions pour améliorer l'accueil et l'accompagnement des réfugiés en France.

Jusqu'à quel point l'image que se font les migrants des pays d'accueil tel que la France (ou l'Angleterre (cf Calais) est-elle déterminante dans le choix des migrants de se rendre dans tel ou tel pays ? Comment l'Etat peut-il prendre en compte cette donnée ? 

 
Les migrants, dont les demandeurs d’asile, dans leur grande majorité, ne se dirigent pas au hasard vers un nouveau pays d’accueil, mais ont fait, assez logiquement étant donné les difficultés de la migration, leur choix de destination finale en amont, avant d’entamer leur long périple. Il s’ensuit que s’il existe des effets d’opportunités liés à des changements législatifs dans les différents pays d’accueil, en l’absence d’une politique d’ouverture totale, comme ce fut le cas temporairement à l’été 2015 pour les réfugiés syriens en Allemagne, le choix et l’image du pays d’accueil reposent sur d’autres critères : la connaissance de la langue, l’existence de liens historiques, la présence d’une communauté de congénères déjà bien établie (en particulier ayant des liens familiaux), le niveau de richesse, le marché de l’emploi… En conséquence, certaines nationalités auront tendance à privilégier certaines destinations au détriment d’autres. On le voit bien, par exemple, avec les irakiens et les soudanais, originaires d’anciennes colonies britanniques, qui veulent absolument se rendre au Royaume-Uni, alors que les algériens ou les congolais, anciennes colonies françaises, souhaitent s’installer préférentiellement en France.
 
L’Etat français doit donc s’interroger sur la pertinence d’essayer de fixer sur son territoire des demandeurs d’asile, qui n’en ont pas fait leur destination finale, pour se concentrer sur l’accueil de demandeurs qui ont choisi la France.
 

Dans son rapport sur l'intégration, le député LREM Aurélien Taché veut permettre aux demandeurs d'asile de travailler plus vite et plus facilement. Et ce, avant même d'être fixé sur leur sort. En quoi ce type de mesure peut-il influer sur l'image qu'ont les migrants du pays où ils choisissent de migrer ? 

 
Comme nous venons de le voir, les évolutions législatives ne jouent qu’un rôle marginal concernant le choix de la destination finale pour la grande majorité des migrants, dont les demandeurs d’asile. Cependant, pour la minorité de migrants indécis, qui souhaitent juste trouver un pays d’accueil européen, quel qu’il soit, la possibilité de travailler plus vite et plus facilement peut éventuellement faire basculer la balance vers la France, ou, tout du moins, donner l’envie d’y rester plutôt que de poursuivre son périple vers le Royaume-Uni. L’image de l’accueil réservé aux demandeurs d’asile s’en verra donc un peu améliorée, mais il ne faut pas surestimer la connaissance précise des évolutions législatives dans chaque pays européen chez les migrants. C’est beaucoup plus la « publicité » qui leur est faite dans les médias de masse qui a le plus grand impact.
 

N'y-a-t-il pas un risque de renvoyer une vision idéalisée du pays et, in fine, de provoquer une forme appel d’air pour les migrants ?

  
Il y a donc peu de risques que l’application des préconisations du rapport du député Aurélien Taché conduise à renvoyer une vision idéalisée de notre pays, pour la simple raison, qu’elle est déjà très largement préexistante, et que le reste du projet de loi Asile-Immigration est perçu très négativement par les « défenseurs » des demandeurs d’asile. Le risque d’un appel d’air de l’ampleur qu’a pu le connaître l’Allemagne à l’été 2015, est donc peu probable, d’autant que les arrivées aux portes de l’Europe se sont grandement ralenties au deuxième semestre de l’année 2017. Rappelons que c’est la « publicité » véhiculée par les médias de masse qui renforce ou atténue l’attractivité d’un pays pour les demandeurs d’asile, or, la couverture médiatique de la loi Asile et Immigration a tendance à donner l’image d’une France moins ouverte que par le passé à l’immigration, rendant plutôt le pays moins attractif.
 

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